Archives d’un auteur

Soirée Varlin à la librairie Quilombo le 23 mars

mars 19, 2019

EN - Eugène Varlin-1_Page_2

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L’Algérie est au bord de l’éclosion

mars 11, 2019

Texte de Mohammed HARBI et Nedjib SIDI MOUSSA :

2019-03-11 Lettre ouverte_Page_1

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

N° 804 (mars 2019)

mars 2, 2019

Le N°804 de mars 2019 (36 pages) est parti chez l’imprimeur (ne nous contactez pas de suite : il faut attendre la livraison et le routage). L’abonnement est toujours de 23 €.

Au sommaire :

– Les Gilets jaunes (éditorial)

– Un siècle après : retraite, Sécu, il faut unifier !
Une nouvelle bataille sur les retraites s’engage (Michel, secrétaire d’Union Locale CGT)

– Ces gilets bruns qui polluent les gilets jaunes
Extraits du dernier dossier de VISA (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes)

– Venezuela : ni Maduro, ni Guaidó !
Déclaration du Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes

– Le centenaire de la mort de Rosa Luxemburg
Le 15 janvier dernier a marqué le centenaire de l’assassinat de Rosa Luxemburg, en 1919 à Berlin. Sa pensée a encore beaucoup à nous apporter. (J. Chuzeville)

– Réflexions sur le syndicalisme
Le syndicalisme a « une double besogne, quotidienne et d’avenir » (Michel KERLING, syndicaliste FO retraité)

– Deux victoires dans l’hôtellerie
Victoire des grévistes du Park Hyatt Vendôme et des femmes de chambre sous-traitées aux Kyriad et Golden Tulip Marseille Provence Aéroport (Vitrolles) (Communiqués CGT & CNT)

– Assemblée générale 2019 (compte-rendu)

– Dossier Murray Bookchin :

  • Présentation (L. Sarlin)
  • À propos de la vie de Murray Bookchin (D. Harpagès)
  • Principaux écrits en français de, et sur, Murray Bookchin
  • Morceaux choisis : Murray Bookchin pour une écologie sociale et radicale | Un autre futur pour le Kurdistan ?

– Filature et féminisme : 1905 Les femmes en grève de Mélancolie ouvrière (J.-K. Paulhan) |Témoignage : Vizille, 1951 (C. Fillon) | Annie Kenney (J.-K. Paulhan)

– Les débuts de l’autogestion industrielle en Algérie
Introduction à un livre de Damien Hélie (M. Hélie Lucas)

– Livres : Victor Serge & Laurette Séjourné, Écris-moi à Mexico – correspondance inédite 1941-1942 | Michael Gold, Juifs sans argent | Françoise Donnadieu, Histoires de Lily Pastré (La Dame de Montredon) | Vivre ma vie (à propos des mémoires d’Emma Goldman)

Mener le public à la réfléxion politique, Un entretien avec Jérémy Beschon du « Collectif Manifeste Rien

– Féminisme, lutte de classes et antiracisme
Après le 8ème congrès international des recherches féministes dans la francophonie tenu fin août 2018 à l’université de Paris-Ouest (N. Sidi Moussa)

– Lettre d’Amérique : chronique d’une crise
L’Amérique sous Trump vit dans un état de crise permanente (D. Ball)

– Morceaux choisis : « Épître aux Marseillais » | Vive la syndicale ! Le Père et d’autres histoires

– Brèves : La manif anti-IVG | Non aux flashballs et lanceurs de balle de défense (LBD) | Rassemblement à Ménilmontant contre l’antisémitisme et son «instrumentalisation» | 80ème anniversaire de la Retirada | Le Maitron en accès libre.

– Sur internet

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Des enjeux de la formation professionnelle…

mars 1, 2019

Article paru dans La R.P. N°803 (décembre 2018)

Cela fait bientôt une année que la loi sur la « formation professionnelle », l’un des chantiers du gouvernement libéral Macron, est passée… et les informations qui ont été transmises par le ministère du Travail et par les syndicats manquent souvent de clarté pour le salarié lambda… Il est donc nécessaire de revenir sur différents aspects de cette réforme.

1/ L’enjeu politique de la formation professionnelle

La formation professionnelle voit s’affronter deux visions diamétralement opposées, celle du patronat contre celle des salariés.
– Le patronat a toujours voulu rémunérer le salarié au poste de travail, que ce soit selon la quantité qu’il produit ou selon le temps qui lui est imparti pour produire.
Les luttes syndicales et politiques, notamment celles du PCF de l’après-guerre, ont permis d’imposer les conventions collectives nationales et d’instaurer des grilles de qualifications, qui servent de socle auxdites conventions.
Jusqu’aux années 90, la formation professionnelle s’est faite dans un cadre collectif relativement favorable au salarié. C’est ainsi que des possibilités de reconversion professionnelle lui étaient proposées à travers le CIF (Congé Individuel de Formation), y compris sur une durée de formation longue (allant jusqu’à un an et 100 % du salaire). Le financement était assuré par les entreprises (la loi du 16 juillet 1971 obligeant les entreprises de plus de 10 salariés à cotiser pour 0,8 % de la masse salariale, le financement augmentant jusqu’à 1,6 % – soit quelque 32 milliards – avant de descendre en 2014 à 1 %), sans que la formation fût forcément en rapport avec l’emploi occupé par le salarié. L’intérêt du salarié primait.
– à partir des années 90, le principe va s’inverser avec l’arrivée du DIF (Droit Individuel à la Formation), qui totalise 20 heures par an sur 6 ans. Cela signifie que, même si le CIF demeure, désormais le temps de formation est grandement réduit. Surtout, le DIF revient à former le salarié une semaine tous les deux ans, et au maximum un mois tous les six ans, soit la période moyenne pour que les entreprises forment leur personnel aux nouvelles technologies. L’intérêt de l’entreprise prime.
Par ailleurs, les mises en cause de malversations tant patronales que des confédérations ouvrières dans la gestion des organismes collecteurs de la cotisation et distributeurs des rétributions pour formations professionnelles (FONGECIF et OPACIF) vont permettre à l’État d’apparaître comme « l’arbitre impartial »… et renforcer le diktat libéral sur la formation professionnelle, ce d’autant plus que les promesses politiques de baisse du chômage s’appuient systématiquement sur l’adaptation de la formation des salariés aux besoins des entreprises.
La dernière loi sur la formation professionnelle marque une avancée sans commune mesure dans la régression des droits sociaux.

2/ Le projet global de l’actuelle loi de la formation professionnelle

L’actuelle loi sur la formation professionnelle s’accompagne d’une remise en cause de l’ensemble du processus de la formation.
– La disparition des CIF est prévue pour la fin 2019, les FONGECIF disparaîtront avec. Les heures du DIF sont encore utilisables jusqu’en 2021, date à laquelle le reliquat horaire sera reconverti en Compte Personnel de Formation. L’objectif du gouvernement est clairement de supprimer tout droit des salariés à la formation. Seul le bon vouloir de l’entreprise primera pour gérer le plan de développement des compétences et financer les formations… dans les limites floues d’une loi qui astreint l’employeur à « assurer le mantien et l’adaptation de l’emploi au poste de travail »…
Le compte personnel de formation, à l’instar du système de la retraite par points, individualise chaque salarié, et monétise le droit à la formation. Ainsi, ce système est présenté par le gouvernement comme laissant la liberté au salarié de se former lorqu’il le souhaite, et lorsque ses crédits formation le lui permettent… Bien entendu, il peut le faire sur son temps libre via des plateformes numériques validant des compétences à durée plus ou moins brève, et sur ses fonds propres. Cette « responsabilisation » reprise en boucle sur tous les tons par le gouvernement prétend favoriser l’équité, notamment à travers la numérisation qui mettrait au même niveau les territoires où vivent les salariés. La notion de compte épargne induit aussi l’idée d’un capital initial égalitaire. Le gouvernement peut donc prétendre qu’un salarié ayant quitté plus tôt l’école aura plus de points pour lui permettre de se former tout au long de sa vie professionnelle. Quel cynisme ! L’ensemble des statistiques démontre au contraire que plus un salarié a un niveau d’études élevé, plus il se forme au cours de sa carrière !
– Pour ce qui est de la formation professionnelle initiale, c’est-à-dire les établissements scolaires, les branches professionnelles ont désormais la main sur la carte des formations. Les Régions ne conservent plus qu’un rôle dans l’orientation, en plus de financer bien entendu l’immobilier. Ce nouveau système de décision entraîne de fréquents heurts entre le Medef et les Régions au sein des CREFOP (Comités Régionaux de l’Emploi, de la Formation et de l’Orientation Professionnelles, une instance paritaire). En effet, même si les Régions sont acquises à l’idéologie libérale qui consiste à adapter les formations aux besoins immédiats des bassins d’emploi, le musellement des Régions face au patronat passe mal, d’autant plus mal que les politiques seront visées par les populations en cas de fermeture de structures professionnelles et d’inégalités territoriales en terme d’emploi.
– L’assèchement de la cotisation chômage, sous prétexte d’augmenter le pouvoir d’achat, fragilise encore davantage les systèmes sociaux d’accompagnement des chômeurs, au profit d’une politique culpabilisatrice et d’un flicage, associant le chômeur à un fainéant qui refuse de « traverser la rue pour trouver du boulot ». Dans cet état d’esprit, les formations proposées n’auront qu’un but utilitariste : former le demandeur d’emploi aux besoins immédiats des entreprises avec une pression accrue sur les droits aux allocations en cas de refus de l’allocataire d’accepter n’importe quel job.
– Les agences régionales AFPA sont fragilisées depuis plusieurs années par le système d’appels d’offres des formations. Ce système entraîne un nivellement vers le bas des formations, les moins chères étant privilégiées par des Régions soucieuses d’économies; et dans certains cas comme les régions PACA ou Auvergne-Rhône-Alpes, Pays-de-Loire, elles se trouvent fragilisées par le volonté politique d’en finir avec un service public de la formation pour adultes. C’est ainsi qu’actuellement 38 sites sur 206 (13 centres et 25 centres associés) sont en passe d’être fermés, avec plusieurs milliers de licenciements annoncés sur le territoire national (1541 postes en CDI supprimés d’ici 2020 et 600 départs en retraites favorisés, avec une promesse de création de 603 postes CDI d’ici 2020 dans des métiers « d’avenir »).
– La refonte complète de la voie professionnelle des lycées professionnels veut instaurer une mixité des parcours et des publics, généralisant l’intégration d’apprentis et de salariés ou/et de privés d’emplois dans les classes au maximum des effectifs possibles. L’objectif est que ces publics divers soient formés à un nombre déterminé de compétences qui aujourd’hui composent les référentiels validant les diplômes. Cette mixité est d’autant plus injonctive que la baisse des financements publics va obliger les établissement publics locaux d’enseignement à démarcher les entreprises pour obtenir de la taxe d’apprentissage nécessaire à leur fonctionnement (acheter de la matière d’œuvre comme par exemple des tubes métalliques pour que les élèves s’entraînent à souder, etc.). Bien entendu, la mixité des publics risque aussi d’entraîner de fait l’annualisation du temps de service des personnels, avec à la clé la casse du statut de fonctionnaire pour les 80 000 profs de LP (lycées professionnels). Cette évolution comprend également une remise à plat des familles de métiers, la diminution encore plus forte des heures consacrées aux disciplines professionnelles comme générales, et l’arrivée de nouveaux programmes induisant une paupérisation de la formation, donc une fragilisation du diplôme CAP et surtout Bac pro, initialement instaurés pour que le jeune puisse travailler une fois son diplôme en poche. Le fléchage des BTS réservés aux seuls titulaires d’un bac pro montre également l’objectif de pousser les jeunes à poursuivre leurs études afin de combler une formation professionnelle déficiente. Sans parler du fait que cela permet au gouvernement de freiner le nombre de jeunes demandeurs d’emploi !
– Les organismes d’apprentissage que sont les Chambres consulaires et les Chambres de Métiers sont très inquiets quant à leur avenir, car l’arrivée de l’Éducation nationale comme concurrent direct va les fragiliser, avec à la clé des fermetures de centres et des licenciements massifs. Le statut des personnels des Chambres de Métiers est d’ailleurs actuellement attaqué avec leur passage d’un système para-public offrant quelques garanties à un système complètement privé. Le  » recasage  » des personnels des Chambres consulaires chargés de la formation  » pro  » dans l’URSAFF est également envisagé, preuve que nous sommes à la veille d’un raz-de-marée dans le secteur de la formation par apprentissage.

En conclusion, il est logique que le gouvernement Macron, dans la continuité des gouvernements successifs des 30 dernières années, s’attaque à la formation professionnelle. Il s’agit bien d’un dessein politique clair : fragiliser la qualification et la certification afin que le patronat puisse revenir sur les droits sociaux, qu’il puisse contrôler les salariés (via le livret de compétences – une compétence pouvant être attribuée sur une période donnée et nécessitant de repasser régulièrement des habilitations délivrées par des organismes dépendant plus ou moins directement du patronat) et ne payer que le poste de travail. L’enjeu est donc considérable ! Encore faut-il que les confédérations ouvrières se saisissent vraiment de ce thème en se donnant réellement les moyens d’alerter l’opinion publique sur les enjeux de classe et les enjeux sociétaux contenus dans la formation professionnelle.

Ronan, enseignant et militant syndical CGT

Les Jeannette

février 26, 2019

Note de lecture parue dans La R.P. N°802 (septembre 2018)

Franck Merouze, Les Jeannette, Éditions Cahiers du temps, novembre 2017 (208 p.)

La biscuiterie Jeannette, dernière usine dans Caen même, employant 37 salarié-e-s, fut mise en liquidation judiciaire en décembre 2013. F. Merouze, secrétaire de l’U.L. C.G.T. de Caen, raconte ici leur lutte : l’occupation, d’abord pour empêcher la vente aux enchères, puis la relance de la production avec vente sur le marché et aux portes de l’usine, le soutien massif des habitants, etc. L’objectif est clairement de repousser les échéances en cherchant un repreneur : « nous démontrons aux repreneurs potentiels que l’outil de travail peut fonctionner, que les Jeannette ont acquis un savoir-faire incontestable et qu’elles font preuve d’une motivation incroyable ». L’absence d’intersyndicale et le fort soutien d’une union locale située à quelques mètres de l’usine pourraient suggérer une lutte quasiment « sous tutelle » CGT malgré les A.G. décisionnelles; la narration pourrait même un peu agacer quand Franck Merouze reconnaît que les ouvrières le surnomment « le patron » ou utilise des tournures de phrases qui, dans quelques excès de sincérité ou élans de volontarisme, pourraient parfois le faire passer à tort comme un petit peu crâneur. Mais cette impression est à relativiser par la prise en considération de la taille très petite de l’entreprise ou de la mobilisation humaine et financière du milieu militant caennais, toutes tendances confondues. Dans une agglomération lourdement frappée par la désindustrialisation (fermetures de la SMN en 1993 et de Moulinex en 2001, plan social chez Philips en 2008) et située plus largement dans une Normandie qui perd chaque année 4000 emplois industriels (source INSEE), la lutte des Jeannette était ressentie comme emblématique, presque héroïque, suscitant une très large solidarité. Le spectre du chômage rôde, à Caen comme ailleurs. Françoise, ouvrière, déclare ainsi à une journaliste : «  Tant que je suis ici dans l’occupation, je ne suis pas sans emploi, madame, je continue d’être quelqu’un, je lutte ».

Certains moments sont savoureux, comme quand, pendant une vente aux portes de l’usine, une ouvrière dit : « Franck, il y a les flics devant la porte, c’est sûr, ils viennent nous déloger » alors qu’il s’agissait d’un policier venu faire, lui aussi, ses achats. Toutes les monographies de luttes ouvrières sont utiles, et lorsqu’elles sont comme ici de première main, elles ne sont plus seulement un témoignage mais sont des outils de formation et des supports de réflexion.

S.J.jeannette

Lumière sur mairies brunes

février 2, 2019

Note de lecture parue de La R.P. N°801 (juin 2018).

Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (VISA), Lumière sur mairies brunes, tome 2, Syllepse, 2017, 232 p.

Au soir du second tour des élections présidentielles de 2002, le candidat du Front national (FN) obtenait 17,79% des suffrages exprimés, soit 5,5 millions de voix. Quinze ans plus tard, une autre candidate du même parti néo-fasciste, également au second tour, réunissait 33,90% des mêmes suffrages avec 10,7 millions de voix. Alors que, en 2002, l’arrivée d’un candidat d’extrême droite au second tour avait provoqué un séisme politique, une importante mobilisation spontanée et d’énormes manifestations le 1er mai, le même cas de figure quinze ans plus tard ne mobilisa et ne troubla quasiment personne, les journalistes et commentateurs attitrés n’ayant que le mot de « dédiabolisation » à la bouche… Bref, pour les médias, le FN était devenu un parti en voie d’être « respectable », voire quasiment fréquentable, tandis que la société civile était amorphe.

Depuis, évoquant la piètre performance de la candidate du FN durant le débat télévisé de l’entre-deux tours, l’échec (relatif) aux législatives suivantes et les tensions internes du parti d’extrême droite, il est de bon ton parmi ceux qui « font l’opinion » de se gausser du danger représenté par l’extrême droite française. Pourtant, il suffit de regarder les chiffres ci-dessus pour constater que le FN a quasiment doublé son score en quinze ans à l’élection considérée comme majeure de la vie politique en France.

Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (VISA) est « une association intersyndicale composée d’une cinquantaine de structures syndicales » : « FSU et plusieurs de ses syndicats, l’Union Syndicale Solidaires et plusieurs de ses syndicats, des fédérations et des syndicats de la CGT, de la CFDT, de la CNT, de l’UNEF et le syndicat de la Magistrature »[1]. Parmi ses nombreuses activités d’analyses et de formation, l’association propose des brochures et des livres qu’il importe de mieux connaître, le dernier étant consacré à une évocation précise des méfaits de l’extrême droite dans la quinzaine de villes où elle a conquis la direction de municipalités. À juste titre, il n’est pas question des seules mairies FN, mais aussi de celles dirigés par des personnalités d’extrême droite comme à Bollène et Orange dans le Vaucluse, ou encore à Béziers dans l’Hérault). Du 3e trimestre 2015 au 1e semestre 2017, l’ouvrage passe en revue en cinq parties chronologiques les méfaits de l’extrême droite dans les villes qu’elle dirige. Sur le fond, nulle surprise, on y trouve partout les mêmes ingrédients : attaques contre la culture, les syndicats, les politiques sociales ; racisme et discrimination ; autoritarisme (le maire FN des 13e-14e arrondissements de Marseille est surnommé le « dictateur nord-phocéen »), voire mégalomanie. Les informations données sur le maire de Béziers sont particulièrement édifiantes et l’on y vérifie, s’il en est besoin, que la politique-spectacle, la communication et les effets d’annonce (sans suite) ne sont pas l’apanage des partis de gouvernement qui, pourtant, en usent et en abusent. Comme quoi ceux qui se prétendent comme des « anti-système » ne sont en tout et pour tout que de médiocres et dangereux prétendants à la gestion ultra-autoritaire dudit système… Sur la forme, on regrettera le caractère haché des différentes séquences chronologiques qui n’évite pas quelques redites. Plutôt que d’aborder les principales villes en cinq moments consécutifs, il serait préférable pour la clarté et la cohérence de la démonstration de traiter chaque ville sur la longue durée. Cela aurait renforcé l’accablante mise à nu des pratiques autoritaires et réactionnaires de l’extrême droite dans les principaux aspects de la vie quotidienne où interviennent les municipalités. Ajoutons que l’ouvrage est parsemé d’encadrés reproduisant des articles ou des tracts syndicaux contre l’extrême droite et, surtout, de brefs argumentaires de VISA démontant les prises de position du FN sur l’école, la santé, le logement, l’immigration, les 35 heures, la loi travail, les retraites. Loin d’y trouver une quelconque dédiabolisation et des propositions éventuellement favorables au plus grand nombre, on y vérifiera que, derrière les phrases ronflantes, il n’y a que des mensonges dont les salariés son t les premières victimes. À l’heure où l’extrême droite espère élargir sa base sociale et accroître son influence locale à la faveur des élections intermédiaires, il importe de continuer à braquer les projecteurs sur ses méfaits quotidiens dans les villes qu’elle occupe. Ce livre y contribue et appelle une suite…

LS

[1] http://www.visa-isa.org/

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Dépôts en librairies

janvier 23, 2019

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De la précarité en milieu universitaire

janvier 12, 2019

Article paru dans La R.P. N°802 (septembre 2018).

Le trimestriel Frustration – partenaire du « nouveau média télévisuel engagé » Le Média, proche de la France insoumise – a évoqué la question de la précarité des enseignants de l’université. S’adressant aux étudiants, le magazine annonce : « Une grande partie de vos enseignants sont des doctorants qui galèrent sur leur thèse et enchaînent des CDD d’un an ou des vacations (souvent payées une fois tous les six mois) »[1]. C’est là une réalité, aussi indéniable que dissimulée ; sans doute faudrait-il ajouter que cette situation n’est pas réservée aux seuls doctorants mais concerne aussi de nombreux docteurs ayant parfois soutenu leur thèse depuis des années et qui sont payés à moindre coût selon le bon vouloir de l’administration.

Pour vendre légalement leur force de travail, les vacataires sont tenus de respecter certaines conditions comme celles que l’on retrouve sur le site d’un établissement. S’ils sont étudiants, leur contrat ne peut « excéder 96 heures équivalent TD » par année, ce qui est insuffisant pour vivre de son travail. S’ils sont auto-entrepreneurs, ils doivent « justifier d’une activité professionnelle qui [leur] permet de retirer des moyens d’existence réguliers depuis au moins trois ans », ce montant devant « être au moins équivalent à 900 h de travail par an au taux du SMIC », soit 7 069 euros ou plus en 2017. Dans cette université, les vacataires « peuvent, sous conditions, enseigner jusqu’à 187 heures par année universitaire ». Le taux horaire de rémunération des vacations est de 41,41 euros, sachant qu’une heure de TD correspond à 4,2 heures de travail effectif. Comme le rappelle l’Association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP), les vacataires sont « actuellement payés en dessous du SMIC à l’heure de travail effectif »[2].

Frustration ajoute : « la plupart des travaux dirigés sont assurés par des vacataires qui n’ont aucune visibilité à long terme sur la durée de leurs contrats et ne sont généralement pas associés à l’organisation et la préparation des cours, qu’ils maîtrisent donc peu. Cela implique du relâchement dans leurs enseignements qui ne permet pas toujours aux étudiants d’acquérir les savoirs nécessaires à la validation des connaissances et conduit parfois à l’échec. » [3]

Précisons que les vacataires – la main-d’œuvre la plus fragilisée, souvent la plus jeune ou la plus pauvre parmi les travailleurs du supérieur – ne s’occupent pas uniquement des TD, même si des titulaires rechignent à prendre en charge ces enseignements et les attribuent d’autorité, comme des cours magistraux en premier cycle – jugés plus « épuisants » et moins « intéressants » –, à cette catégorie taillable et corvéable à merci. Si les vacataires n’ont « aucune visibilité à long terme » et sont parfois recrutés in extremis pour combler un manque, ils peuvent, ici ou là, être associés à la préparation de cours – notamment ceux désertés par les titulaires – et se voir attribuer arbitrairement la surveillance d’examens ou la correction de copies afin d’alléger la charge de travail de leurs collègues mieux installés, même s’il existe des institutions où la coopération se passe moins mal entre des personnels aux statuts concurrents. Le problème n’étant pas individuel mais structurel.

Quant à l’échec des étudiants, surtout en première année, il paraît difficile de l’expliquer par le « relâchement » des vacataires qui, pour beaucoup, enseignent depuis plusieurs années dans les pires conditions matérielles ou psychologiques, dans l’espoir d’être un jour titularisés ou, d’une façon plus pragmatique, dans l’optique de décrocher un contrat temporaire moins dégradant. Il convient plutôt de regarder du côté de la bureaucratie universitaire – et il n’existe pas de bureaucratie sans bureaucrates – qui fonctionne comme une machine à reproduire les inégalités sociales que retrouvent les enfants des populations ouvrières et immigrées, souvent nombreux à échouer en Licence 1. Et cela sans toujours susciter d’empathie de la part de titulaires, plutôt d’extraction bourgeoise ou petite-bourgeoise, de plus en plus écrasés par les tâches administratives au détriment de leurs responsabilités pédagogiques, confrontés à la stagnation de leur pouvoir d’achat et exprimant leur souffrance au travail.

La précarité fait l’objet d’une nouvelle attention en raison des transformations rapides qui affectent ce milieu, conséquences des contre-réformes successives poussant à davantage de concurrence entre établissements, composantes, laboratoires, personnels, étudiants, etc. Ces éléments ont conduit à la création, en avril 2016, du « Collectif national des travailleur-e-s précaires de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche » qui revendique, entre autres, la « titularisation de tou-te-s les contractuel-le-s et vacataires de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche travaillant sur des fonctions pérennes ». Le SNESUP, mensuel du Syndicat national de l’enseignement supérieur, a publié un supplément en mars 2017 « contre la précarisation des travailleurs scientifiques » dans lequel le responsable du secteur Agents non titulaires se prononce pour « la création massive de postes et concours réservés »[4] .

Cette question a été abordée lors des Rencontres de la science politique, organisées en juillet 2018 à Saint-Denis par l’Association française de science politique. Lors d’un atelier portant sur les « libertés académiques et [l’]engagement militant », une post-doctorante, qui s’estimait « sortie de la précarité », a déclaré que, si l’on ne pouvait pas se faire licencier en France pour ses travaux, la précarité pouvait toutefois nuire aux libertés académiques. Elle appelait les précaires à profiter de ces rencontres pour « faire du réseau » et se rendre visibles. Elle remarquait cependant que l’université française était peu transparente et que depuis l’affaire Harvey Weinstein, il n’y avait eu aucune révélation concernant des cas de harcèlement sexuel – preuve d’une certaine omerta. Un enseignant-chercheur a souligné les effets de la précarisation sur le choix des objets de recherche ainsi que sur le rapport engagé au savoir que cela pouvait engendrer. Enfin, un « universitaire engagé » a lancé des pistes de réflexion sur les conditions d’engagement des chercheurs en pointant un « paradoxe magnifique » : on ne serait pas forcément disqualifié dans ce milieu en étant « radical ». Selon lui, on assisterait à une forme de « démocratisation » de l’université mais il convient de savoir ce qui est fait « aux non-blancs, aux LGBT et aux femmes ».

Quand la parole a été donnée à l’assistance, j’ai tenté à mon tour de formuler quelques remarques. Le fait d’avoir obtenu un contrat post-doctoral ne signifie en aucune façon que l’on soit sorti de la précarité puisqu’il s’agit d’un CDD et non d’une titularisation. Il s’agit sans doute là d’une confusion entre pauvreté et précarité. De plus, exhorter les précaires à « faire du réseau » ne peut en aucune manière constituer une solution et cela n’aura pour autre conséquence que l’entretien de mécanismes opaques, surtout quand on connaît les logiques du recrutement discrétionnaire, notamment pour les contrats de recherche souvent attribués en dehors de procédures publiques, loin d’être toujours transparentes. La précarité n’est pas toujours synonyme d’autocensure, dans la mesure où certains universitaires – malgré les appels à la prudence de leurs collègues titulaires qui sont autant de recruteurs potentiels – n’estiment pas devoir attendre une hypothétique titularisation pour défendre publiquement leurs convictions, quitte à s’aliéner une partie de ce milieu. Certains travailleurs précaires participent d’ailleurs du renouveau de la pensée critique et s’engagent résolument dans une perspective socialiste comme c’est le cas aux États-Unis [5]. Enfin, il convient de s’interroger sur ce que l’on entend par la « démocratisation » de l’université – qu’il ne faut pas confondre avec sa massification et encore moins avec la parité ou la diversité. L’université publique est toujours aussi sévère avec les classes populaires. Sait-on combien d’enfants d’ouvriers sont aujourd’hui professeurs des universités ?

Un autre atelier était spécifiquement consacré à la « précarité des jeunes chercheur-e-s ». De nombreuses données ont été livrées par les intervenants : 45% des doctorants travaillent gratuitement ou sans le déclarer ; les sciences humaines et sociales sont les disciplines les plus féminisées et les plus précaires ; 10% des heures d’enseignement en science politique sont dispensées par des vacataires ; augmentation des postes de maître de conférences en CDD, etc. Une universitaire a rapporté le nombre important d’abandons chez les doctorants en début de thèse ou lors de la rédaction en raison de leur isolement et du manque de débouchés. Un responsable de formation s’est demandé « contre qui il fallait lutter » – en déplorant que des titulaires soient rendus responsables de la situation par des précaires alors qu’ils gèrent du mieux possible – et s’est interrogé sur la « précarisation de la situation des titulaires ». Dans son département, 38% des cours en science politique sont assurés par des vacataires et 36% par des titulaires. Un enseignant-chercheur a exposé la situation en Allemagne où des syndicalistes revendiquent la création de postes de titulaires en-dessous du grade de professeur ainsi que la suppression des chaires ou de l’habilitation à diriger des recherches. Enfin, un membre de l’ANCMSP a présenté les travailleurs précaires comme une « armée de réserve » en pointant la responsabilité des syndicats dans la cogestion et a conclu en invitant à se mobiliser contre cette situation afin de « mieux vivre sa précarité ».

Lors de la discussion, je suis intervenu pour rappeler que la souffrance au travail des titulaires était un phénomène différent de celui de la précarité. En effet, il paraissait difficile de mettre sur le même plan l’indéniable dégradation des conditions de travail des fonctionnaires – qui disposent par définition d’un statut, d’un salaire régulier et de droits sociaux – avec l’impossibilité pour les précaires – qui peuvent être au chômage, survivre avec le RSA, cumuler plusieurs petits boulots, compter sur le soutien de leurs proches, etc. – d’avoir des projets dans la vie, aussi banals soient-il, surtout quand ils dépassent la trentaine ou approchent la quarantaine : se projeter au-delà d’un semestre ou d’un an, partir en vacances ou avoir une famille pour ceux qui le souhaitent. J’ai demandé s’il n’était pas judicieux – en Allemagne comme ailleurs – de s’orienter vers la création d’un corps unique pour mettre fin à la concurrence des statuts, au-delà de la création massive de postes d’enseignants-chercheurs afin d’assécher cette armée de réserve des travailleurs que constituent les précaires. Enfin, il me paraissait fondamental de considérer l’université comme un lieu d’exploitation et de reproduction des inégalités – y compris en terme de sexisme et de racisme. Par conséquent, les meilleurs moyens d’action demeuraient à mes yeux les armes classiques du mouvement ouvrier comme la grève ou l’occupation, avec tous les personnels et usagers, sur un pied d’égalité.

Nedjib SIDI MOUSSA

[1] « Pourquoi il faut supprimer les grandes écoles », Frustration, n° 14, été 2018, p. 51.

[2] « La galère du vacataire », ancmsp.com, 11 février 2018.

[3] « ‘Parcoursup’, vers des études à prix d’ORE », Frustration, n° 14, été 2018, p. 53.

[4] Jean-Luc Godet, « Vacataires : pérennisation d’une situation intenable ? », supplément au mensuel Le SNESUP, n° 653, mars 2017, p. 8.

[5] Laura Raim, « Aux États-Unis, du nouveau à gauche », La Revue du Crieur, n° 8, octobre 2017.

[6] Voir par exemple : « En Allemagne, un autre syndicalisme est possible », Le Combat Syndicaliste, n° 436, juin 2018.

Solidarité avec le Rojava

janvier 1, 2019

Déclaration de l’Union syndicale Solidaires :
rojava

Victoire de la grève du Hyatt Vendôme

décembre 22, 2018

Sécurisation du statut des salarié.e.s sous-traité.e.s, droit à des représentant.e.s du personnel, alignement des salaires vers le haut : victoire exemplaire des grévistes du Hyatt Vendôme, au bout de 87 jours d’une grève dont nous avons parlé dans notre dernier numéro.
hyatt