La grève en France : « Pessimis­me de l’intelligence, optimisme de la volonté »

janvier 21, 2020 by

La grève nationale interprofessionnelle a démarré le 5 décembre ; nous sommes le 19 janvier. 46 jours après, comment s’étonner que le mouvement prenne d’autres formes ? Car, telle est bien la situation : il n’est plus juste de parler de grève générale, ni généralisée ; mais gouvernement et patronat seraient bien présomptueux s’ils pensaient que le mouvement est fini.

Les grévistes font l’histoire

Plutôt par décisions d’assemblées générales à la RATP, plutôt par des sortes de non-décisions tacites à la SNCF, beaucoup des camarades en grève depuis le 5 décembre reprennent ces jours-ci le travail. Respect à elles et eux (mais aussi à toutes celles et ceux qui ont fait de même dans d’autres secteurs moins touchés et/ou moins médiatisés) : comme dit dans le précédent article1, mais il faut insister sur ce point, s’il y a un mouvement social aujourd’hui en France, si la contre-réforme des retraites est toujours en débat, c’est grâce aux grévistes, et seulement grâce aux grévistes.
Le choix majoritairement fait est de cibler les « grosses journées » mises en avant par l’intersyndicale nationale. La prochaine est le vendredi 24 janvier, jour où le projet de loi est présenté au Conseil des ministres. A n’en pas douter, ce jour-là, les taux de grévistes remonteront très haut. A la RATP, où pour la première fois depuis le 5 décembre, les lignes de métro retrouvent leur fonctionnement habituel, l’objectif des grévistes est clair : comme l’indique le camarade Alexis du dépôt de bus de Pleyel en Seine-Saint-Denis[*], « le 24 janvier, on va leur refaire le 13 septembre ! » ; Le 13 septembre, c’est la date de ce qui fut une grève historique à la RATP : d’une part, au vu du nombre de grévistes, toutes catégories confondues ; d’autre part, parce qu’elle a été le point de départ du processus aboutissant à l’appel intersyndical interprofessionnel à la grève à compter du 5 décembre. Une grève organisée, dès juillet, par une intersyndicale RATP composée de UNSA, CGC, FO, SUD, Solidaires ; la CGT s’étant jointe à l’appel ultérieurement.

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Jusqu’à la victoire (communiqué intersyndical)

janvier 11, 2020 by

Communiqué du 11 janvier 2020:

com intersyndicale 11 janvier 2020-1
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Caisse de grève ou qu’est-ce la grève ?

décembre 31, 2019 by

Alors que des milliers de salarié.es, quasi-exclusivement de la SNCF et de la RATP, en sont à bientôt un mois de grève, la question de la solidarité financière occupe une place de plus en plus importante dans les débats et les publications militantes. D’une certaine manière, c’est bien normal puisque ce sujet est de plus en plus d’actualité pour les camarades directement concerné.es. Mais justement, ce qui serait vraiment d’actualité serait de pouvoir verser maintenant une somme qui corresponde à une aide substantielle à chacun et chacune, sur des bases connues de tous et toutes; et non d’annoncer des sommes globales sans effet concret pour l’immense majorité des grévistes;; et non de discuter aujourd’hui de comment faire pour avoir les caisses de grève que nous n’avons pas mises en place malgré les bilans des précédentes luttes.

Car il en est de la solidarité comme de tout ce qui touche à la grève : c’est bien avant le mouvement, dans la durée, que ça se prépare et se construit. Vouloir la grève générale mais ne (re)découvrir les liens interprofessionnels qu’au moment de la grève, c’est prendre les moyens de ne pas réussir. Il en est de même pour les caisses de grève : ne se (re)poser la question de leur existence, et des montants disponibles, que lorsqu’arrive un mouvement manque d’efficacité. Pourquoi? Très pragmatiquement, parce qu’il n’est plus temps de récolter les sommes qui seraient nécessaires à un minimum de solidarité partagée, accessible à tous et toutes les grévistes.

Il y a deux types de caisses de grève. Tout d’abord, il y a celles mises en place à l’occasion d’un conflit, dans un périmètre relativement restreint : une entreprise locale, un service d’une entreprise plus vaste, une localité, etc. Ce type de caisse présente plusieurs aspects positifs. Le contrôle en est assez aisé, réalisé via l’assemblée générale des grévistes qui en ont acté la création (et/ou le comité de grève, et/ou les syndicats). Outre le contrôle, la répartition des fonds peut être décidée par les grévistes eux-mêmes et elles-mêmes. L’aspect local permet aussi une dynamique autour de la caisse de grève: collectes publiques, sollicitations du voisinage, repas solidaires, etc. A toutes les étapes, les grévistes prennent ainsi leurs affaires en mains; la caisse de grève est, de fait, autogérée. Les sommes restent souvent assez limitées mais peuvent permettre une aide non négligeable parce que le nombre de grévistes est aussi relativement réduit. L’aspect négatif, non anodin, est que, s’agissant uniquement d’initiatives locales, cela laisse de côté les grévistes qui sont dans des endroits où ce n’est pas fait. Autre point faible;: les sommes collectées seront très différentes selon la notoriété de la grève ou le niveau de rémunération du milieu. Par exemple, l’entourage de nettoyeurs et nettoyeuses en grève amènera probablement moins d’argent que celui de chercheurs et chercheuses en lutte. Pour être plus clair: cela fonctionnera d’autant mieux pour chaque caisse que celles-ci ne seront pas nombreuses: un même conseil municipal, un même commerçant du coin, la même personne sollicitée sur le marché, etc., ne donneront pas dix fois plus s’il y a dix caisses de grève qui les sollicitent au lieu d’une. C’est évidemment un souci dès lors qu’on veut s’attaquer à la question de manière globale.

Des camarades craignent une caisse confédérale, car ce pourrait être un outil pour distribuer, ou non, les ressources, selon l’alignement, ou non, sur la ligne majoritaire;; là encore, paradoxalement, l’exemple de la CFDT et de sa CNAS de 1974 permet de comprendre comment éviter cela. Il faut des règles claires, comme celles évoquées plus haut (ou d’autres) et, surtout, tout doit passer par le syndicat. Vis-à-vis de la caisse de solidarité, c’est la structure syndicale de base qui déclare la grève, qui recueille et donne la liste des membres grévistes à indemniser et le nombre de journées concernées pour chacun et chacune, qui reçoit les fonds et les répartit. Ce n’est pas « la confédération » qui décide que telle grève est indemnisable ou non. Et ce mode de fonctionnement permet aussi aux adhérent.es du syndicat de décider, par exemple, que les fonds reçus pour les «indemniser3» ne leur seront pas remis individuellement mais reversés dans une caisse locale créée spécifiquement à l’occasion d’un conflit. C’est ce que firent des syndicats CFDT lors de la grève des cheminots et cheminotes de décembre 1986 – janvier 1987 ou en décembre 19954.

Mais les caisses de grève doivent-elles servir uniquement à « indemniser » les grévistes Si on considère que le don aux grévistes est un acte solidaire, destiné à aider la poursuite de la grève, alors il faut assumer que l’utilisation est du seul ressort des grévistes;: ce sont elles et eux qui décident de leur grève! Il n’y a rien de scandaleux à ce que ces sommes servent, peut être à un secours financier pour une partie, mais aussi à couvrir d’autres dépenses tout aussi utiles et nécessaires pour la grève;: le charbon de bois du barbecue, les banderoles, etc.

Christian Mahieux, le 30 décembre 2019.

1 Ce qui ne signifie pas que le soutien financier aux grévistes se limite à la CFDT ; loin de là ! Fond de solidarité ou caisses locales existent dans d’autres organisations, mais il ne s’agit pas de caisses nationales, interprofessionnelles et dotées de règles de fonctionnement propres.

2 Extrait du livre Le syndicat, CFDT, Collection pratique syndicale, 1978.

3 Le terme « indemniser » est celui utilisé dans les documents relatifs à la CNAS CFDT ; il semble indiquer que la grève est une sorte de préjudice à réparer ; nous ne partageons évidemment pas ce point de vue.

4 « 1995, Victoire, défaite, perspectives… », Christian Mahieux, Les utopiques n°12, hiver 2019/2020, éditions Syllepse ; « La grève des cheminots 1986/87 vue de l’agglomération rouennaise ; une expérience d’auto-organisation », Les utopiques n°3, septembre 2016 ; « La grève des cheminots 1986/87 à Paris Gare de Lyon : le bilan de la section syndicale CFDT en janvier 1987 », Christian Mahieux, Les utopiques n°3, septembre 2016

5 Pour reprendre l’exemple de la CFDT, 8,6% de chaque cotisation syndicale sont affectés à la CNAS ; de la même manière qu’il existe une part pour la fédération, pour l’union interprofessionnelle, etc. La CNAS dispose aujourd’hui de 126 millions d’euros.

6 Elle est souvent présentée comme gérée aussi par la CGT Goodyear : l’usine Goodyear d’Amiens est fermée depuis 5 ans.

7 Les écrits des groupes qui parlent le plus de caisses de grève mentionnent des chiffres de grévistes bien au-delà des 10 ou 25% ici pris comme exemples.

8 Bien sûr, la généralisation de la grève au-delà des frontières doit être un objectif de notre pratique internationaliste ; mais ce que nous avons construit ne nous permet pas cela pour l’instant ; il faut donc continuer dans cette voie et, pour l’heure, adapter notre internationalisme à nos réalités.

9 Notamment : « Les vertus de l’échec », Pierre Zarka et Christian Mahieux, Les utopiques n°8, été 2018 ; éditions Syllepse ; « Les lois travail dans leur monde », Christian Mahieux, Les utopiques n°6, novembre 2017 ; « Invoquer l’unité, oui … La faire, c’est mieux », Théo Roumier et Christian Mahieux, Les utopiques n°4, février 2017.

Pages de caisses
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Caisse de grève ou qu’est-ce la grève ?

décembre 31, 2019 by

Alors que des milliers de salarié.es, quasi-exclusivement de la SNCF et de la RATP, en sont à bientôt un mois de grève, la question de la solidarité financière occupe une place de plus en plus importante dans les débats et les publications militantes. D’une certaine manière, c’est bien normal puisque ce sujet est de plus en plus d’actualité pour les camarades directement concerné.es. Mais justement, ce qui serait vraiment d’actualité serait de pouvoir verser maintenant une somme qui corresponde à une aide substantielle à chacun et chacune, sur des bases connues de tous et toutes; et non d’annoncer des sommes globales sans effet concret pour l’immense majorité des grévistes;; et non de discuter aujourd’hui de comment faire pour avoir les caisses de grève que nous n’avons pas mises en place malgré les bilans des précédentes luttes. Car il en est de la solidarité comme de tout ce qui touche à la grève : c’est bien avant le mouvement, dans la durée, que ça se prépare et se construit. Vouloir la grève générale mais ne (re)découvrir les liens interprofessionnels qu’au moment de la grève, c’est prendre les moyens de ne pas réussir. Il en est de même pour les caisses de grève : ne se (re)poser la question de leur existence, et des montants disponibles, que lorsqu’arrive un mouvement manque d’efficacité. Pourquoi? Très pragmatiquement, parce qu’il n’est plus temps de récolter les sommes qui seraient nécessaires à un minimum de solidarité partagée, accessible à tous et toutes les grévistes. Il y a deux types de caisses de grève. Tout d’abord, il y a celles mises en place à l’occasion d’un conflit, dans un périmètre relativement restreint : une entreprise locale, un service d’une entreprise plus vaste, une localité, etc. Ce type de caisse présente plusieurs aspects positifs. Le contrôle en est assez aisé, réalisé via l’assemblée générale des grévistes qui en ont acté la création (et/ou le comité de grève, et/ou les syndicats). Outre le contrôle, la répartition des fonds peut être décidée par les grévistes eux-mêmes et elles-mêmes. L’aspect local permet aussi une dynamique autour de la caisse de grève: collectes publiques, sollicitations du voisinage, repas solidaires, etc. A toutes les étapes, les grévistes prennent ainsi leurs affaires en mains; la caisse de grève est, de fait, autogérée. Les sommes restent souvent assez limitées mais peuvent permettre une aide non négligeable parce que le nombre de grévistes est aussi relativement réduit. L’aspect négatif, non anodin, est que, s’agissant uniquement d’initiatives locales, cela laisse de côté les grévistes qui sont dans des endroits où ce n’est pas fait. Autre point faible;: les sommes collectées seront très différentes selon la notoriété de la grève ou le niveau de rémunération du milieu. Par exemple, l’entourage de nettoyeurs et nettoyeuses en grève amènera probablement moins d’argent que celui de chercheurs et chercheuses en lutte. Pour être plus clair: cela fonctionnera d’autant mieux pour chaque caisse que celles-ci ne seront pas nombreuses: un même conseil municipal, un même commerçant du coin, la même personne sollicitée sur le marché, etc., ne donneront pas dix fois plus s’il y a dix caisses de grève qui les sollicitent au lieu d’une. C’est évidemment un souci dès lors qu’on veut s’attaquer à la question de manière globale. Des camarades craignent une caisse confédérale, car ce pourrait être un outil pour distribuer, ou non, les ressources, selon l’alignement, ou non, sur la ligne majoritaire;; là encore, paradoxalement, l’exemple de la CFDT et de sa CNAS de 1974 permet de comprendre comment éviter cela. Il faut des règles claires, comme celles évoquées plus haut (ou d’autres) et, surtout, tout doit passer par le syndicat. Vis-à-vis de la caisse de solidarité, c’est la structure syndicale de base qui déclare la grève, qui recueille et donne la liste des membres grévistes à indemniser et le nombre de journées concernées pour chacun et chacune, qui reçoit les fonds et les répartit. Ce n’est pas « la confédération » qui décide que telle grève est indemnisable ou non. Et ce mode de fonctionnement permet aussi aux adhérent.es du syndicat de décider, par exemple, que les fonds reçus pour les «indemniser3» ne leur seront pas remis individuellement mais reversés dans une caisse locale créée spécifiquement à l’occasion d’un conflit. C’est ce que firent des syndicats CFDT lors de la grève des cheminots et cheminotes de décembre 1986 – janvier 1987 ou en décembre 19954. Mais les caisses de grève doivent-elles servir uniquement à « indemniser » les grévistes Si on considère que le don aux grévistes est un acte solidaire, destiné à aider la poursuite de la grève, alors il faut assumer que l’utilisation est du seul ressort des grévistes;: ce sont elles et eux qui décident de leur grève! Il n’y a rien de scandaleux à ce que ces sommes servent, peut être à un secours financier pour une partie, mais aussi à couvrir d’autres dépenses tout aussi utiles et nécessaires pour la grève;: le charbon de bois du barbecue, les banderoles, etc. Christian Mahieux, le 30 décembre 2019. 1 Ce qui ne signifie pas que le soutien financier aux grévistes se limite à la CFDT ; loin de là ! Fond de solidarité ou caisses locales existent dans d’autres organisations, mais il ne s’agit pas de caisses nationales, interprofessionnelles et dotées de règles de fonctionnement propres. 2 Extrait du livre Le syndicat, CFDT, Collection pratique syndicale, 1978. 3 Le terme « indemniser » est celui utilisé dans les documents relatifs à la CNAS CFDT ; il semble indiquer que la grève est une sorte de préjudice à réparer ; nous ne partageons évidemment pas ce point de vue. 4 « 1995, Victoire, défaite, perspectives… », Christian Mahieux, Les utopiques n°12, hiver 2019/2020, éditions Syllepse ; « La grève des cheminots 1986/87 vue de l’agglomération rouennaise ; une expérience d’auto-organisation », Les utopiques n°3, septembre 2016 ; « La grève des cheminots 1986/87 à Paris Gare de Lyon : le bilan de la section syndicale CFDT en janvier 1987 », Christian Mahieux, Les utopiques n°3, septembre 2016 5 Pour reprendre l’exemple de la CFDT, 8,6% de chaque cotisation syndicale sont affectés à la CNAS ; de la même manière qu’il existe une part pour la fédération, pour l’union interprofessionnelle, etc. La CNAS dispose aujourd’hui de 126 millions d’euros. 6 Elle est souvent présentée comme gérée aussi par la CGT Goodyear : l’usine Goodyear d’Amiens est fermée depuis 5 ans. 7 Les écrits des groupes qui parlent le plus de caisses de grève mentionnent des chiffres de grévistes bien au-delà des 10 ou 25% ici pris comme exemples. 8 Bien sûr, la généralisation de la grève au-delà des frontières doit être un objectif de notre pratique internationaliste ; mais ce que nous avons construit ne nous permet pas cela pour l’instant ; il faut donc continuer dans cette voie et, pour l’heure, adapter notre internationalisme à nos réalités. 9 Notamment : « Les vertus de l’échec », Pierre Zarka et Christian Mahieux, Les utopiques n°8, été 2018 ; éditions Syllepse ; « Les lois travail dans leur monde », Christian Mahieux, Les utopiques n°6, novembre 2017 ; « Invoquer l’unité, oui … La faire, c’est mieux », Théo Roumier et Christian Mahieux, Les utopiques n°4, février 2017.

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Dépôts et exemplaires gratuits

décembre 31, 2019 by

Nous ne proposons actuellement que quelques dépôts suivis par des militants. La RP est ainsi disponible (en petite quantité) dans les librairies suivantes:

♦ Librairie Publico, 145 rue Amelot, 75011 Paris.
♦ Librairie Quilombo, 23 rue Voltaire 75011 Paris.
♦ Librairie Transit, 45 Bd de la Libération 13001 Marseille.
♦ Librairie l’Odeur du temps, 35, rue Pavillon 13001 Marseille
♦ Librairie L’Hydre aux mille têtes, 96, rue Saint-Savournin 13001 Marseille.

Les librairies militantes intéressées par un dépôt de la revue (éventuellement géré par correspondance) et les syndicats souhaitant recevoir un numéro gratuit nous le disent en envoyant un mail à redactionrp@gmail.com.

(Nos finances ne nous permettent pas actuellement d’envoyer d’exemplaire gratuit aux particuliers.)

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Lutte contre la réforme des retraites : quelques caisses de grève

décembre 26, 2019 by

◆ Caisse de grève de la Fédération SUD-Rail:

https://www.papayoux-solidarite.com/fr/collecte/solidarite-grevistes-federation-sud-rail

◆ Caisse de grève de la CGT Paris :

https://www.lepotsolidaire.fr/pot/k352mful

Caisse de grève de l’A.G. éducation Ile-de-France:

https://www.lepotcommun.fr/pot/8jm3p9hu

Caisse de grève intersyndicale de la Bibliothèque Nationale de France:

https://www.leetchi.com/c/caisse-de-soutien-bnf

Caisse de grève Solidaires RATP :

https://www.lepotsolidaire.fr/pot/s0bvz7hp

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Guía del exilio libertario en Francia

décembre 21, 2019 by

Pour celles et ceux qui comprennent un peu l’espagnol, voici une belle petite brochure co-réalisée par la CGT espagnole :

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Adresse aux révolutionnaires d’Algérie et de tous les pays

décembre 15, 2019 by

Extrait de La RP N°807

Internationale situationniste, Adresse aux révolutionnaires d’Algérie et de tous les pays (et autres textes). Textes rassemblés et présentés par Nedjib Sidi Moussa, Libertalia, août 2019, poche, 116 p.

Plus encore avec internet qu’avant, de nombreux textes sont accessibles (1), mais le risque est grand que tout cela devienne de l’archivage délaissé au nom de l’immédiateté des réseaux sociaux, qui raréfie la réflexion théorique. L’art d’une sélection devient de permettre une lisibilité, une évidence retrouvée, et c’est, dans cette tonique anthologie de textes « situ » ou « post-situ » sur l’Algérie, ce que fait Nedjib Sidi Moussa dont les lecteurs avaient déjà remarqué la part d’influence situationniste, assumée dès sa Fabrique du Musulman (2) ou dans son entretien dans La RP n°799. Il y avait un angle mort que constatait Nedjib Sidi Moussa en visitant l’exposition consacrée par la BNF à Guy Debord en 2013 : le silence sur les liens entre Debord et les émigrés algériens, sur les positions précises et étayées des situationnistes sur les problèmes de l’Algérie, et du coup la nécessité de montrer la continuité à travers les décennies d’une pensée révolutionnaire lucide sur la bureaucratie en Algérie.

Dans un premier texte paru dans Internationale situationniste en 1963, un élément de diagnostic est posé sur la jeune Algérie indépendante : « Les conditions extrêmement dures et la longueur de la lutte isolée des Algériens ont facilité ce sous-développement du projet explicite de la révolution, sans lequel le courage de la lutte immédiate, qui contient en lui-même la totalité de l’espoir, mène à des victoires grandement décevantes. » La formulation n’est pas sans faire écho au précédent livre de Nedjib Sidi Moussa, qui nous montrait le messalisme se disloquer et être marginalisé devant un impératif de guerre délaissant la réflexion politique (3).

Lire ou relire ensuite l’Adresse qui donne son nom au recueil est, là aussi, éclairant : bien que le texte ait été écrit en 1965, il pose des principes théoriques généraux clairs (« La domination du capitalisme bureaucratique d’État sur les travailleurs est le contraire du socialisme, c’est la vérité que le trotskisme a refusé de voir en face ») et garde une part d’actualité surprenante même lorsqu’il parle d’un panarabisme presque oublié : « Le mouvement qui entraîne les peuples arabes vers l’unification et le socialisme a obtenu des victoires contre le colonialisme classique. Mais il est de plus en plus évident qu’il doit en finir avec l’islam, force contre-révolutionnaire manifeste, comme toutes les idéologies religieuses ; il doit admettre la liberté du peuple kurde ; il doit en finir avec le prétexte palestinien qui justifie la politique dominante dans les États arabes, puisque cette politique se propose avant tout de détruire Israël, et qui la justifie à perpétuité, puisque cette destruction est impossible ». Enfin, les leçons proposées sont universelles : « Les prochaines révolutions sont placées devant l’effort de se comprendre elles-mêmes. Il leur faut réinventer totalement leur propre langage ; et se défendre contre toutes les récupérations qu’on leur prépare ».

La dénonciation par les situationnistes du coup d’État de Boumediene est développée dans un tract qui considère les secteurs autogérés comme une base de résistance possible contre la formation d’une « nouvelle bureaucratie technocratico-militaire » : « De l’ autogestion maintenue et radicalisée peut partir le seul assaut révolutionnaire contre le régime existant » (4). C’est ce qui peut sembler une contradiction du discours situ : seule l’autogestion non telle qu’elle est, dans une forme de « compromis », mais « radicale », élargie et anti-hiérarchique, telle qu’elle doit devenir, peut vaincre les bureaucrates FLN, alors même que sa forme actuelle, insuffisante, est directement attaquée par l’involution dictatoriale desdits bureaucrates. Sauf à surestimer la capacité révolutionnaire de la base, on est plutôt dans ce qui aurait dû être ou ce qui n’a pas été assez plutôt que dans une riposte immédiate. Les situationnistes semblent ici avoir trouvé ce distinguo (certains diront cette gymnastique) entre l’autogestion existante à défendre et l’autogestion généralisée et radicale à conquérir pour se démarquer des trotskystes et des staliniens qui, face au coup d’État, défendent les « acquis » de la période Ben Bella. Ce secteur autogéré, d’ailleurs, semble surtout être le fait de confiscations par en bas de biens abandonnés par la bourgeoisie pied-noir et évoque celle, également précaire, d’entreprises mises sous séquestre ou expropriées sur un patronat collabo à la Libération (comme Berliet). Ces autogestions d’après-guerre finissent toujours par un retour à l’ordre de la propriété sous la houlette de l’État reconstruit. Dans le cas de l’Algérie s’ajoutent les inévitables désillusions du nationalisme au sortir du processus de libération nationale. Vaincre le colonialisme n’est pas vaincre le capitalisme et ses sbires de rechange. Il y a toujours, tôt ou tard une indépendance de classe à construire face à l’État, et ici face au nationalisme qui fonde et justifie son autoritarisme et permet sa corruption.

Le livre permet enfin de présenter quelques personnalités « à la marge » comme Mohammed Saïl, Mezioud Ouldamer ou Mohammed Dabou. L’Algérie n’est pas un désert politique pour les révolutionnaires, une sorte de vide attendant d’être comblé par les bonnes paroles de ces courants dominants de l’extrême gauche française qui soutinrent Ben Bella et espérèrent un retour aux jours heureux du nationalisme de gauche. « Certes, les membres de l’IS ainsi que ceux qui ont cherché à poursuivre cette expérience n’ont jamais eu le monopole de la critique sociale. Mais ils la formulèrent avec intransigeance, malgré quelques illusions ou en surestimant les potentialités subversives. (…) il y a urgence à se réapproprier un tel legs… » Et les manifestations de masse ont ouvert cette année de nouveaux possibles.

S. J.

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(1) L’intégrale des 12 numéros d’Internationale situationniste est numérisée sur le site https://www.larevuedesressources.org.

(2) Voir La RP n°797 (extrait et note de lecture).

(3) Algérie, une autre histoire de l’indépendance. Trajectoires révolutionnaires des partisans de Messali Hadj, PUF 2019, note de lecture dans La RP n°805).

(4) Voir aussi Damien Hélie, Les débuts de l’autogestion industrielle en Algérie, éditions de l’Asymétrie 2018, introduction dans La RP n°804 et note de lecture dans La RP n°805), ainsi qu’une compilation d’articles parus dans La RP dans les années 60, mise en ligne à : https://www.dropbox.com/s/c8fkybz07s1r70v/larevolutionproletarienne-n193%20extrait.pdf (avec notamment Daniel Guérin, A l’écoute de l’autogestion en Algérie, La RP n°494, mai 1964).

La Révolution prolétarienne N° 807 (décembre 2019)

novembre 27, 2019 by

Le numéro de décembre 2019 contient 36 pages, avec :
→ Dans la lutte et par la lutte (éditorial, S.J.)
→ Retraites et régimes spéciaux sont dans la même galère (Ronan, militant CGT)
Solidarité internationale avec le peuple iranien en lutte
→ Barcelone et la question nationale (S.J.)
→ Communiqués de syndicats de Barcelone
→ Luttes nationales (Christain Mahieux)
→ Non à l’invasion du Rojava
→ Algérie-France : Affirmer un internationalisme révolutionnaire (Nedjib Sidi Moussa)
→ Incendie de Lubrizol : catastrophe(s) industrielle, écologique et sanitaire (Z. Leroy)
→ Camillo Berneri, antifasciste (Miguel Chueca)
→ Paritarisme : une mort programmée (Michel Kerling)
→ L’humanité divisée (Jacques Demorgon)
→ Racisme, religions et syndicalisme émancipateur (Christian Mahieux)
→ Portfolio : Campement de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OWFI) au sein des manifestations (depuis le 1er octobre) de la place Tahrir à Bagdad. | Régularisation des grévistes de KFC avec l’UL CGT Paris 13ème.
→ Morceaux choisis : Alan Sillitoe, Samedi soir dimanche matin | Robert F. Williams, Negroes with Guns – Des noirs avec des flingues
→ Livres : Internationale situationniste, Adresse aux révolutionnaires d’Algérie et de tous les pays (et autres textes)| Victor Serge, L’École du cynisme | Jacques Rougerie, Eugène Varlin. Aux origines du mouvement ouvrier
→ Document : Grèves et résistance (Eugène Varlin)
→ Revues : Libre pensiamento
→ Lettre d’Amérique : Luttes syndicales aux États-Unis (David Ball)
→ AG 2020 des Amis de La RP

L’abonnement est toujours de 23 €. Les librairies militantes intéressées par un dépôt de la revue et les syndicats souhaitant recevoir un numéro gratuit nous le disent en envoyant un mail à redactionrp@gmail.com.

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Défendre les manifestations en Iran, en Irak et au Liban

novembre 27, 2019 by

Source : siawi.org
traduit de l’anglais par Marieme Helie Lucas

Défendre les manifestations en Iran, en Irak et au Liban

(22 novembre  2019)

Des protestations à l’échelle nationale ont lieu en Iran ces derniers jours déclenchées par l’augmentation de 50% du prix du carburant ; elles ont été largement réprimées par les forces de sécurité du régime islamique iranien, faisant au moins 200 morts, des centaines de blessés et plus d’un millier d’arrestations. A l’utilisation écrasante de la force par les organismes de sécurité s’est ajouté un black out d’internet pour empêcher les nouvelles du soulèvement et de sa répression de parvenir au monde extérieur. Les manifestants ciblent le pouvoir islamique et la dictature cléricale, s’attaquant aux institutions religieuses et aux séminaires, aux banques, aux commissariats de police et aux représentations du leadership clérical.

Les protestations en Iran font suite aux manifestations de masse qui ont eu lieu en Irak et au Liban au cours du mois dernier. En Irak, plus de 300 personnes ont été tuées et au moins 15 000 blessées. Au Liban, les manifestants ont remporté des victoires en dépit de tentatives de répression violente, dont la dernière fut l’annulation de la session parlementaire pour la deuxième fois d’affilée, après que les manifestants aient bloqué toutes les routes menant au parlement.

Dans les trois pays, les manifestants exigent du travail, de meilleurs services publics, la fin de la corruption, du sectarisme et des interventions du régime islamique d’Iran dans la région. En Irak, beaucoup criaient : ’ ni sunnisme ni chiisme, mais la laïcité’. En Iran, des slogans proclamaient ’ nous ne voulons pas d’un régime islamique’, et au Liban des manifestants exigeaient la déposition des hommes au pouvoir en criant « ’tous’, cela veut dire ’tous’, Nasrallah en fait partie », en référence au leader islamique. Les manifestations sont profondément laïques, et les jeunes et les femmes y tiennent un rôle dirigeant.

Nous en appelons à toutes et à tous pour faire preuve d’une solidarité et d’un soutien sans faille vis à vis des manifestations et pour défendre les droits et les libertés universels et l’exigence de laïcité. Nous en appelons aussi au public pour se mobiliser autour de la condamnation des forces gouvernementales – y compris les milices islamiques- qui veulent étouffer les légitimes soulèvements populaires qui tentent de faire advenir un avenir meilleur.

Signataires

Maryam Namazie, Political Activist, Iran/UK
Sami Abdallah, Co-founder of Freethought Lebanon
Ahlam Akram, Basira for Universal Women’s Rights
Ali Rizvi, Author
Armin Navabi, Atheist Republic
Ashkan, Ex-musulmani d’Italia and Republica degli atei
Barry Duke, Editor of The Freethinker and Pink Humanist
Cemal Knudsen Yucel, Founder of Ex-Muslims of Norway
Cinzia Sciuto, Editor of MicroMega and Journalist
Dan Barker and Annie Laurie Gaylor, Co-Presidents, Freedom From Religion Foundation
Ensaf Haidar, Raif Badawi Foundation for Freedom
Ex-Muslims of India
Ex-Muslims of Tamil Nadu
Fauzia Ilyas, Founder of Atheist & Agnostic Alliance Pakistan
Gita Sahgal, Spokesperson, One Law for All
Halaleh Taheri, Founder, Middle Eastern Women and Society organisation
Kongra Star Womens Movement in North and East Syria
Halima Salat, Ex-Muslim Somali Voices
Harris Sultan, Author and Activist
Ibtissame Betty Lachgar, Co-founder of Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles – Morocco
Iman Soleymani Amiri, Researcher and Writer
Irreligious Community of Sri Lanka
Jenny Wenhammar, FEMEN Sweden
Karrar Al Asfoor, Iraqi Liberal Activist
Keith Porteous Wood, President, National Secular Society
Lars Alm, Ateistene Norway
Lisa-Marie Taylor, CEO, FiLiA
Maria MacLachlan, Women’s Rights Campaigner
Marieme Helie Lucas, Algerian Sociologist and Founder of Secularism is a Woman’s Issue
Marwa Radwan Wain, Youtuber
Mersedeh Ghaedi, Spokesperson, Iran Tribunal London
Mina Ahadi, Worker-communist Party of Iran
Nacer Amari, President and Founder of Prometheus-Europe
Nadia El Fani, Filmmaker
Nahla Mahmoud, Human Rights Campaigner
Nastaran Goodarzi, Ex-Muslims of Scandinavia
Nina Sankari, Vice President of Kazimierz ?yszczynski Foundation
Patty Debonitas, Activist
Peter Tatchell, Human Rights Campaigner
Pragna Patel, Director, Southall Black Sisters
Rahila Gupta, Writer and Journalist
Rishvin Ismath, Council of Ex-Muslims of Sri Lanka
Rumana Hashem, Director, Community Women Against Abuse & Phulbari Solidarity Group
Sadia Hameed, Spokesperson, Council of Ex-Muslims of Britain
Samir Noory, Left Worker communist party of Iraq
Sanal Edamaruku, President, Rationalist International
Shakila Taranum Maan, Filmmaker
Soad Baba Aissa, Activist and Feminist
Stephen Evans, Executive Director, National Secular Society
Steven Pinker, Cognitive Psychologist, Linguist, and Science Author
Taher Djafarizad, President, Associazione Neda Day
Taslima Nasrin, Writer
Usama al-Binni, Administrator, Arab Atheist Network and Editor, Arab Atheists Magazine
Waleed Wain, Youtuber
Wissam Charafeddine, Co-Founder, Muslimish
Women Defend Rojava
Yasmin Rehman, Women’s Rights Campaigner
Yoeri Albrecht, Director, De Balie
Yukthivadi Sangham India
Zara Kay, Faithless Hijabi
Zehra Pala, Activist of the Atheism Association of Turkey