Iran : campagne internationale pour la libération d’Esmaïl Abdi

mai 10, 2021 by

Esmaïl Abdi, enseignant de mathématique et membre du conseil d’administration du Syndicat des enseignants de Téhéran est emprisonné depuis presque 6 ans pour ses activités de défense des droits fondamentaux des enseignants, notamment le droit de former une organisation indépendante.

A noter que le pouvoir judiciaire de la République islamique d’Iran l’a condamné (pour un autre motif, aussi absurde que le premier) à une autre peine de prison de 10 ans. Il resterait donc en prison 16 ans rien que pour ses activités syndicales.

Esmail Abdi s’est vu confisquer son passeport par des responsables de la sécurité le 23 juillet 2015, alors qu’il tentait d’obtenir un visa au nom du Conseil de coordination des syndicats d’enseignants d’Iran pour assister au Sommet mondial sur l’éducation internationale (septième congrès d’Education internationale au Canada). Très rapidement, on lui a fait comprendre qu’il n’a pas droit de quitter l’Iran. Quatre jours plus tard, il s’est fait arrêter et a été détenu à l’isolement pendant 40 jours et a passé 10 mois dans les quartiers 7 et 8 de la prison d’Evin.

Puis, en novembre 2016, Esmail Abdi a été condamné à six ans de prison pour des accusations stéréotypées de « propagande contre le système et collusion en vue d’agir contre la sécurité nationale », Mais ce n’était pas la fin de la persécution d’Esmail Abdi. En 2016, alors qu’Esmail Abdi purgeait une peine de six ans de prison, les autorités judiciaires et de sécurité de la République islamique ont lancé une autre accusation contre lui, un nouveau dossier contre Abdi pour pouvoir le condamner à 10 ans de prison supplémentaire pour, cette fois-ci, « propagande contre l’Etat et relation avec les Etats hostiles ».

Esmail Abdi a entamé à plusieurs reprises une grève de la faim pour protester contre ces peines sans fondement, injustes et inhumaines et contre les conditions intolérables de la prison ainsi que pour dénoncer les conditions insupportables des prisons iraniennes et les persécutions des agents de sécurités du régime à l’intérieur de la prison contre lui-même et toutes et tous les militants ouvriers et de l’enseignement. La réponse des dirigeants de la prison était claire, ils ont intensifié les peines et les conditions injustes de ces militants emprisonnés.

Diverses campagnes d’organisations d’enseignants d’Iran et d’organisations ouvrières et de défenseurs des droits de l’homme internationaux ont eu lieu en faveur d’Abdi. Bien que ces comités n’aient pas encore abouti à la libération d’Ismail Abdi, ils ont fait connaitre la demande de libération d’Abdi dans la sphère publique et en même temps exercé des pressions sur la République islamique d’Iran. Les lourdes peines de prison répétées pour Esmail Abdi, le non-respect de ses droits fondamentaux d’enseignant activiste et de prisonnier d’opinion, et son harcèlement par les responsables de la sécurité des prisons indiquent tous que les autorités de la République islamique se vengent d’Esmail Abdi. Esmail Abdi est devenu l’un des symboles de la résistance, de l’effort et de la lutte des enseignants pour réaliser leur syndicat et leurs droits humains

Les responsables gouvernementaux tentent faire peur à Abdi et aux autres enseignants et militants syndicaux en appliquant de longues peines. Derrière les murs de la prison, Abdi paie le prix de ses efforts persistants pour garantir les droits bafoués des enseignants et pour créer des organisations d’enseignants indépendantes, ainsi que pour son engagement inébranlable en faveur de la liberté, de la dignité humaine et de l’éducation gratuite et universelle. En Iran, des campagnes sont en cours pour la libération d’Esmail Abdi, notamment de la part des organisations d’enseignants et de son épouse, Monira Abdi.

International Alliance in Support of Workers’ in Iran Alliance internationale de soutien aux travailleurs en Iran

Après les agressions du 1er Mai : Solidarité et soutien

mai 5, 2021 by

Solidarité et soutien aux travailleurs syndicalistes attaqués dans les manifs du 1er mai à Paris et Lyon (jets d’acide, coups dans la tête, insultes racistes, sexistes, etc.).

Guadeloupe : des jeunes en formation condamné∙es pour désertion

avril 19, 2021 by

En Guadeloupe, l’armée française a condamné une trentaine de jeunes parce qu’elles/ils avaient interrompu une formation. C’est possible lorsque celle-ci s’appelle Service militaire adapté (SMA)…

Un dispositif au service des patrons
Comme le dit un texte officiel « le SMA assure la délicate adéquation entre l’accomplissement personnel des jeunes volontaires et les besoins des entreprises d’outre-mer et de l’hexagone. »

Une réponse coloniale aux révoltes populaires

Le SMA a été mis en place en Guadeloupe, Martine et Guyane en 1961 ; puis, à La Réunion en 1965, en Kanaky en 1986, à Mayotte en 1988, en Polynésie « française » en 1989. Une chronologie qui montre à quel point, loin de vouloir répondre à un besoin des jeunes, ce dispositif est une des réponses coloniales aux révoltes populaires, dans ces pays où le taux de chômage est exorbitant.

SMA, SNU, l’armée toujours présente !
En France, le Service militaire a été suspendu en 1997 (avec un Service militaire volontaire réinventé en 2015). Certes, l’actuel gouvernement – rejoignant en cela des forces dites « progressistes » – entend imposer le Service national universel. Le SNU, dont le Collectif national Non au SNU rappelle que c’est :
- Une opération de soumission de la jeunesse
- La remise en cause des droits des travailleurs et travailleuses
- Des dépenses considérables
- Le renforcement de la militarisation

« L’accomplissement personnel des jeunes » passe par la prison ?
Régulièrement, des jeunes s’aperçoivent que leur « accomplissement personnel » n’est le souci ni de l’armée, ni de l’Etat qui a mis en place ce dispositif au service du patronat. Une partie cesse alors cette « formation » qui n’en n’est pas une et tente de se réorienter. Quoi de plus normal, même si cela est bien difficile compte tenu du contexte social, du chômage, de l’absence de moyens pour l’éducation et la formation professionnelle pour adultes, etc.

Mais on ne quitte pas l’armée comme ça ! Ces jeunes doivent rendre des comptes au Tribunal militaire, qui peut les condamner jusqu’à trois ans de prison ferme ! Une trentaine de jeunes de Guadeloupe ont ainsi comparu à Pointe-à-Pitre il y a quelques semaines. Ils et elles avaient mis un terme à cette « formation » pour des motifs divers : travail trouvé ailleurs, nécessité de garder ses enfants incompatible avec l’internat, dépression et même une tentative de suicide liées à « l’accomplissement personnel » vu par l’armée !


Campagne unitaire contre le SNU : https://solidaires.org/Non-au-Service-national-universel-22642. Pour rejoindre le collectif : nonsnu@lists.riseup.net

Etats-Unis : après la défaite chez Amazon, la voie à suivre

avril 17, 2021 by

Que peuvent retenir les syndicalistes de tous les pays de la défaite très médiatisée du vote pour la reconnaissance d’un syndicat chez Amazon en Alabama ?
Le National Labor Relations Board a annoncé le 9 avril que les travailleur·euses du centre d’Amazon à Bessemer, près de Birmingham, avaient voté contre l’adhésion au syndicat Retail, Wholesale, and Department Store Union.
Le résultat était de 71 % de non et 29 % de oui – bien qu’il soit possible que la répartition réelle soit plus proche de 60-40, si l’on tient compte du grand nombre de bulletins de vote qui ont été déposés mais qui n’ont jamais été comptés parce qu’ils ont été contestés par Amazon.

Que pouvons-nous en conclure ?

Les espoirs étaient grands. La campagne avait bénéficié d’une énorme couverture médiatique favorable et même du soutien de la Maison Blanche. Néanmoins, la défaite n’a pas été une surprise pour de nombreux travailleur·euses. Amazon est l’une des entreprises les plus puissantes du monde et il est notoirement difficile de s’y organiser dans le cadre du droit du travail américain.

Certains aspects de la campagne ont donné à réfléchir aux observateurs, comme le manque de leader·euses sur le lieu de travail prêts à s’exprimer publiquement. Cependant, des années de campagnes syndicales gagnées et perdues ont permis d’accumuler un certain nombre d’expériences. En même temps, il faut se méfier de ceux qui prétendent que la victoire est garantie si l’on suit toutes les étapes. Syndicaliser a toujours été un combat difficile.

Il nous serait utile pour tous d’en savoir plus sur la façon dont cela s’est déroulé, d’autant plus que la reconnaissance syndicale chez Amazon risque de nécessiter de nombreuses autres tentatives.

Bien trop souvent, il y a un vide de réflexion à la suite d’une défaite syndicale. Des travailleur·euses et des dirigeants syndicaux, comme Stuart Applebaum du RWDSU, expliquent « Lundi matin, on remet ça » aux observateurs qui tentent de comprendre pourquoi les choses ont mal tourné.

Mais qu’attendent-ils ? Les travailleur·euses ne peuvent pas se permettre de gaspiller l’occasion d’apprendre quelque chose sur la façon dont une stratégie particulière ici ou là a pu fonctionner dans des conditions particulières.

Cela exige une réflexion honnête de la part de ceux et celles qui sont directement concerné·es, qu’il s’agisse de la base ou responsables syndicaux. Je me réjouis de voir certains signes précurseurs de cette réflexion.

Droit du travail hostile

Amazon a combattu la campagne syndicale comme le font de nombreux employeurs, avec des réunions devant un public contraint et des communications directes musclées. Elle a peut-être enfreint la loi en installant une boîte aux lettres dans l’entreprise même pour les bulletins de vote par correspondance avec l’aide du service postal, car cela peut être considéré comme un acte de surveillance des votes ; une nouvelle élection pourrait même être ordonnée.

À l’exception de la boîte aux lettres, tout ce qui s’est passé est malheureusement assez banal. Nous n’avons pas entendu parler de menaces, de mesures disciplinaires ou de licenciements de la part de l’entreprise à l’encontre des organisateurs (pour l’instant), ce qui est pourtant courant dans les campagnes syndicales, ce qu’Amazon a notamment fait ailleurs. Mais les travailleur·euses ont eu, comme partout, peur de s’exprimer par crainte d’être licenciés ou sanctionnés.

La loi sur la protection du droit d’organisation (PRO) , qui fait actuellement son chemin au Congrès, aurait empêché Amazon de faire certaines de ces choses. Les réunions avec un public contraint auraient été interdites. Amazon n’aurait pas eu son mot à dire dans le comité d’organisation du vote (le syndicat s’est retrouvé avec près de quatre fois le nombre d’électeurs éligibles qu’il avait prévu, quelques semaines seulement avant le début du scrutin). Les pressions courantes, telles que les mesures disciplinaires, les menaces et le licenciement de sympathisants syndicaux, feraient alors l’objet de sanctions réellement significatives. La loi créerait également une procédure d’arbitrage pour les premières conventions collectives, ce qui dissuaderait les employeurs de faire traîner la procédure en longueur.

Notre part

Tout cela aurait-il changé le résultat de ce vote particulier ? C’est impossible à dire. Les travailleur·euses auraient-ils eu moins peur d’agir et de se présenter comme leaders dans l’entrepôt ? C’est possible.

Cela signifie-t-il qu’ils pouvaient obtenir une convention collective solide et applicable qui pourrait inspirer d’autres travailleur·euses d’Amazon à s’organiser ? Peut-être, mais pour obtenir des concessions importantes de la part d’Amazon, il faudrait probablement exercer une pression importante sur plus d’un site, étant donné la redondance du modèle de distribution de l’entreprise.

La loi PRO pourrait changer la donne, avant et après une élection. Elle faciliterait incontestablement une victoire aux élections et pour les premières conventions, et ouvrirait un espace pour construire des syndicats plus forts. Les syndicats devraient se battre bec et ongles pour une législation comme celle-ci qui donne aux travailleur·euses un droit significatif de s’organiser.

Mais nous devons encore construire des organisations fortes et démocratiques qui engagent de larges pans de travailleur·euses dans la construction d’un pouvoir sur le lieu de travail – des syndicats qui donnent envie aux travailleur·euses de s’y joindre. La loi PRO ne fera pas ce travail ; c’est à nous de le faire.

Une seule bataille

La défaite de la semaine dernière est certainement un revers. Mais elle ne doit pas être comprise comme un test raté pour savoir si Amazon peut être organisé syndicalement ou non. L’histoire du mouvement syndical aux États-Unis est remplie de défaites qui ont précédé – et se sont déroulées au milieu – de grandes victoires.
Il est vrai qu’une défaite importante et publique peut décourager les travailleur·euses de s’organiser. Il est de notre devoir d’être intelligent et minutieux, et de nous battre pour gagner à chaque fois. Cependant, nous ne devons pas nous laisser prendre par la frénésie des médias à propos de la signification historique écrasante d’une seule élection. Si nous laissions la presse de l’establishment nous dicter les leçons à tirer, le mouvement ouvrier aurait plié bagage depuis longtemps.

Tenter d’organiser syndicalement a des effets d’entraînement que nous ne pouvons pas toujours percevoir lorsque nous sommes au milieu d’une campagne. Ces effets peuvent être positifs (sentiment de « Hé, on pourrait faire ça ici ! »), négatifs (vague de désespoir), et tout ce qui se trouve entre les deux. Il est difficile de prédire ces effets.
Cette défaite peut provoquer une vague de déception – bien que, à en juger par les conversations anecdotiques que j’ai eues avec des travailleur·euses d’Amazon dans d’autres établissements, elle ne semble pas avoir eu beaucoup d’effet. Quoi qu’il en soit, nous savons toujours que de nombreux travailleur·euses veulent se battre pour de meilleures conditions de travail et faire face à la mesquinerie sur leur lieu de travail. De nombreux travailleur·euses veulent des syndicats. Cela ne va pas disparaître parce que l’entreprise a gagné cette fois-ci.

Une vue à long terme

Vous allez perdre plus souvent que vous ne gagnerez. Une dure réalité de l’organisation : vous allez souvent échouer. Cela ne signifie pas que vous vous y prenez mal. Vous allez commencer beaucoup de choses qui n’iront nulle part. En fait, si rien ne se produit pas, c’est que vous n’essayez pas assez de choses. Une seule action ne suffit généralement pas ; il faut de la persévérance. Et même une campagne bien planifiée, avec un enjeu fort, de bons leaders et des tactiques d’escalade, se termine souvent par une défaite. Si vous grattez sous la surface de toute grande victoire, vous constaterez qu’elle a été précédée d’une série de défaites. Vous continuez à perdre jusqu’à ce que vous gagniez.
Courage. Apprenez tout ce que vous pouvez de chaque défaites. Trouvez les bons côtés, comme les nouveaux militants et sympathisants que vous avez recrutés. Voyez chaque combat comme une chance de mettre en pratique le conseil du dramaturge Samuel Beckett : « Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux. »

Les luttes syndicales contre des mastodontes comme Amazon peuvent prendre des décennies à se construire, essayer différentes choses, organiser, se réorganiser et se ré-organiser.

Dans l’excellent livre Rank and File – une collection d’histoires orales d’organisateurs syndicaux impliqués dans les campagnes syndicales de masse des années 1930 et 1940 – Stella Nowicki, une ouvrière d’un centre d’emballage de Chicago, explique comment l’échec des campagnes de syndicalisation et des grèves dans les secteurs de l’acier et de l’emballage de viande immédiatement après la Première Guerre mondiale a contribué aux victoires remportées des décennies plus tard.

Les travailleur·euses ont demandé aux responsables syndicaux de discuter de ce qui avait fonctionné et de ce qui n’avait pas fonctionné. Les travailleur·euses qui avaient pris part à cette discussion étaient toujours là au début des années 1930, ce qui leur permettait d’assurer la continuité de leur expérience. Et pourtant, ce n’est qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale – quarante ans après l’échec de la grève de 1904, vingt ans après l’échec de la grève de 1921-1922 et près de dix ans après la fondation de l’organisation par Nowicki – que les travailleur·euses des entreprises de conditionnement ont obtenu la reconnaissance syndicale.

La grève sauvage de 1970 au sein du service postal américain, qui a conduit à la légalisation de la négociation collective pour les postiers, est survenue 65 ans après la formation du prédécesseur du syndicat des postiers (APWU). Les syndicats postaux existaient depuis des décennies, souvent sous forme d’organisations de lobbying et d’organisations de services, avant que la confluence du mouvement des droits civiques, des attentes politiques accrues et de la détérioration des conditions permettent aux travailleur·euses à se mobiliser pour une grève nationale.

Plus récemment, pour des milliers de travailleur·euses de l’abattoir Smithfield de Tar Heel, en Caroline du Nord, il a fallu 16 ans et trois élections pour obtenir un syndicat. Les travailleur·euses ont lutté contre les violations du droit du travail, les divisions raciales, les intimidations intenses de l’employeur et les décisions douteuses en matière d’organisation pour finalement remporter une élection syndicale massive dans un État où la densité syndicale est l’une des plus faibles du pays.

Ce qui est prometteur, c’est que de nombreux organisateurs syndicaux qui s’attaquent à Amazon – depuis le groupe de base Amazonians United jusqu’aux syndicats disposant d’un important trésor de guerre comme les Teamsters – se préparent pour le long terme. Ils prennent le temps de comprendre comment l’entreprise fonctionne et où elle est vulnérable, et explorent des moyens d’organisation qui n’impliquent pas de passer immédiatement à une élection.

Il y aura probablement plus d’échecs que de grandes réussites, et il y aura probablement encore des défaites, même au milieu des victoires que nous espérons voir. Comme le dit Labor Notes dans son livre Secrets of a Successful Organizer : « Grattez sous la surface de toute grande victoire, et vous découvrirez qu’elle a été précédée d’une série de défaites. Vous continuez à perdre jusqu’à ce que vous gagniez ».

14 avril 2021, Joe DeManuelle-Hall, publié sur le site de Labor Notes.
Traduction Patrick Le Tréhondat pour https://www.laboursolidarity.org

Deux poids, deux mesures

avril 13, 2021 by

Il a beaucoup été question de George Orwell ces derniers temps, mais, à une ou deux exceptions près, il a été fait rarement mention de l’utilité de le relire au présent pour souligner, malgré le passage du temps, l’actualité politique de son œuvre. En effet, hier comme aujourd’hui, ce sont les mêmes mécanismes qui stérilisent la réflexion, conduisent les beaux esprits qui font l’opinion à se transformer en gramophones rayés et à nier que 2+2 = 4. Parmi lesdits mécanismes, l’un des plus répandus et des plus redoutables est celui du deux poids, deux mesures contre lequel il s’éleva sa vie durant. Ainsi en juin 1945, dans une lettre jamais publiée à l’époque au journal de la gauche travailliste Tribune auquel il collaborait, Orwell écrivait :

« En ce moment, nous appliquons tous plus ou moins ouvertement ce système de deux poids deux mesures en morale. Nous ne pouvons pas nous écrier que la déportation de masse, les camps de concentration, les travaux forcés et la suppression de la liberté d’expression sont des crimes atroces, alors que dans le même temps nous proclamons que ces choses-là sont parfaitement normales si elles sont faites par l’URSS ou ses États satellites : et là où c’est nécessaire, nous rendons ceci plausible en tripatouillant les informations et en éliminant les faits difficiles à accepter. On ne peut certainement pas construire un mouvement socialiste sain si l’on est obligé de fermer les yeux sur n’importe quel crime dès lors qu’il a été commis par l’URSS. Personne ne sait mieux que moi qu’il est impopulaire de dire quoi que ce soit contre la Russie en ce moment. Et alors ? Je n’ai que 42 ans, et je me souviens de l’époque où il était tout aussi dangereux de dire quoi que ce soit en faveur de la Russie que ça l’est aujourd’hui de parler contre elle. […] Ces modes passent, mais on peut être certain qu’elles ne disparaissent que si des personnes qui réfléchissent acceptent d’élever la voix contre les sophismes du moment. Ce n’est que parce que, au cours des cent dernières années, de petits groupes et des individus solitaires ont accepté de faire face à l’impopularité que le mouvement socialiste a fini par exister. »

George Orwell, Une vie en lettres. Correspondance (1903-1950), traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, Marseille, Agone, 2014.

Hommage aux insurgé·es du Ghetto de Varsovie

avril 7, 2021 by

Rassemblement Dimanche 18 – 14h Place de l’Hôtel de Ville (Paris)
Conférence en Ligne Lundi 19 Avril – 19h30

Pour la première fois, cet hommage se déroulera dans l’espace public.
Le 19 avril 1943 démarre l’insurrection du Ghetto de Varsovie. C’est à la fois un symbole de la lutte contre le nazisme et d’une mémoire de la Shoah particulièrement importante et actuelle en ces temps de montée des droites extrêmes, des idées fascisantes, de l’antisémitisme, des négationnismes et de tous les racismes.
La date du 19 avril s’inscrit dans le souvenir des génocides du 20e siècle dont les dates de commémoration sont proches, Arméniens de l’empire Ottoman le 24 avril 1915, Tutsi du Rwanda le 7 avril 1995.

C’est pourquoi le Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) organise un hommage public aux insurgé·es du Ghetto le dimanche 18 avril à 14h, lors d’un rassemblement sur la Place de l’Hôtel de Ville à Paris. L’hommage sera composé d’interventions d’associations et de personnalités, de lectures de textes et poèmes sur l’insurrection du ghetto de Varsovie et sur la Shoah.
Des moments musicaux et un hommage à toutes les victimes de génocides et crimes contre l’humanité accompagneront le rassemblement.

Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/1147250749123684/
Affiche : https://ibb.co/D8gZvw0
Texte d’Appel : https://ibb.co/4YHt3pk

Le RAAR organise également le Lundi 19 avril à 19h30 une conférence en ligne avec l’historienne Audrey Kichelewski (co-directrice de la Revue d’Histoire de la Shoah) sur l’insurrection du Ghetto et sa mémoire depuis 1943. Participation gratuite sur inscription à raar-ghetto-varsovie-2021@gmail.com
Nous appelons le public à participer à ce double hommage.
Le rassemblement de la place de l’Hôtel de Ville est déclaré et autorisé et se tiendra dans le strict respect des règles sanitaires.

Capitalisme et Syndicalisme sont-ils solubles dans la pandémie ?

avril 6, 2021 by

Article paru dans La RP n°809 (juin-juillet 2020):

(cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf)

Manifestation antifasciste à Lyon le samedi 3 avril

mars 27, 2021 by

Le samedi 20 mars à 14h, la librairie la Plume Noire située au 8 rue Diderot sur les pentes de la Croix-Rousse, a été attaquée par une cinquantaine de militants d’extrême-droite cagoulés…

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Les Utopiques n°16

mars 24, 2021 by

Description du dernier (et très bon) numéro de la revue Les Utopiques:

1871-2021, la Commune a 150 ans. Un siècle et demi ! Deux écueils possibles : la commémoration acritique, à grand renfort d’images sacrées, de récits hagiographiques (souvent préconçus) ; l’ignorance d’un pan d’histoire ouvrière inconnue car vieille, combattue par l’ordre, mal ou non enseignée, masculinisée … Dans les deux cas, ce serait ne pas servir nos réflexions et actions d’aujourd’hui, et de demain, pour l’émancipation sociale.

Roger Martelli, co-président des Amis et amies de la Commune de Paris (1871) nous invite à croiser les regards sur ces 72 jours, leurs significations, conséquences et enseignements. Finalement, « tout dépendra d’abord de ce que ses héritiers et héritières voudront faire de l’événement Commune de Paris » ! Dans une conversation à quatre voix, Ludivine Bantigny, Maryse Dumas, Christian Mahieux et Pierre Zarka explorent ce qui, depuis 1871 tisse ce fil rouge : Communs, Commune, se fédérer, autogestion, révolution.

Que fut l’œuvre de la Commune ? Gérard Coste retrace l’importance des services publics. Anouk Colombani réhabilite les femmes au travail, puis laboure les étranges résonances entre les débats sur le travail des ouvriers-boulangers et nos débats contemporains sur la démocratie du travail. Jean-François Dupeyron met en lumière les apports des communard·es dans le domaine de l’éducation. Georges Ribeill nous raconte le chemin de fer et les cheminots de 1871. Christian Mahieux exhume le caractère novateur des décisions prises en matière de laïcité.

Assiégée par l’armée prussienne, affamée et attaquée par la bourgeoisie versaillaise, la Commune n’a pas bénéficié d’un contexte favorable aux expériences sociales. C’est peu de le dire ! Cela ne l’empêcha pas de prendre des mesures qu’aucune institution républicaine n’a renouvelé depuis 150 ans ; ainsi des décrets permettant la réquisition d’entreprises que présente Christian Mahieux. Il nous rappelle aussi que la Commune n’échappe pas à son temps : la lutte contre le colonialisme ne fait pas partie des préoccupations. Entre membres de la Commune, débats et divergences ont existé : quels enjeux autour de la définition d’une minorité et d’une majorité ?

Patrick Le Tréhondat nous explique la démocratie en armes, autre innovation communarde que la bourgeoisie s’empressa de faire disparaitre pour laisser la place à « la grande muette ». La Commune, comme tous les mouvements collectifs, ce sont des femmes et des hommes qui s’associent librement, pour lutter, revendiquer, rêver, construire … « Parmi les insurgé·es, se trouvaient des femmes qui sont invisibilisées. » Avec Eliabeth Claude, sortons-les de l’ombre et faisons connaissance ! Christian Mahieux nous propose de découvrir un homme et une femme de la Commune : Eugène Varlin et Léodile Bera, dite André Léo.

Malgré les circonstances tragiques, les arts furent si au cœur des préoccupations révolutionnaires. N’est-ce pas somme toute logique, que ce soit au travers d’eux aussi que se joue une guerre d’interprétation de la Commune mais aussi les possibilités de sa perpétuation ? Un CD accompagne ce numéro. Il mêle des voix militantes d’aujourd’hui, pour la Commune. En italien, en français, en occitan, a capella ou instrumental, enregistré à distance ou ensemble, pris en manif, chanteurs des soirées militantes ou chanteuses professionnelles, chanter la Commune c’est aussi continuer à la faire. A partir des chansons de la Commune, Mymytchell entend « questionner le lien inestimable entre l’expérience politique et le fait de chanter – avec la seule idée de participer à le faire perdurer dans notre esprit et le ranimer dans nos pratiques ! » Tandis qu’Anouk Colombani nous livre une interview d’une communarde contemporaine, Dominique Grange. Gérard Gourguechon montre le lien qui unit les écrivains contre la Commune aux éditorialistes contre nos grèves : la haine et le mépris de classe. Barbara Issaly montre la place de la Commune dans la Bande dessinée.

On prête parfois à la Commune des décisions, des actes, voire mêmes des intentions qu’elle n’a pas eu. C’est l’objet d’une des rubriques du blog de Michèle Audin, qui nous confie ici que, non, la Commune n’a pas brulé la guillotine. La Commune : de Paris ? Oui, mais pas seulement. Bernard Régaudiat analyse celles de Marseille en 1870 et 1874, Matthieu Rabbe raconte Lyon, les camarades de la revue Solidaritat nous décrivent Nîmes, et Christian Mahieux évoque Saint-Etienne, Narbonne, Toulouse, Grenoble, Le Creusot, et Limoges ; et aussi Montereau ou Brest.

L’internationale sera le genre humain… Les militant·es de la Fundación Salvador Segui explique le retentissement de la Commune en Espagne. Nara Cladera nous fait découvrir les communards en Uruguay. Cybèle David nous parle de l’autonomie zapatiste et Richard Neuville de la Commune d’Oxaca, au Mexique.

Quelques repères sont nécessaires, pour mieux appréhender tout ceci. C’est ce que nous proposent Philippe Barrre et Alice Rodrigues, avec deux chronologies : de 1789 à 1871, en passant par 1792, 1830 et 1848 ; de la Commune proprement dite. Renvois vers le dictionnaire biographique Maitron et plusieurs sites internet consacrés à la Commune, ainsi qu’un court lexique complètent cet ouvrage. Enfin, Charles Jacquier revient sur les 100 ans d’une autre Commune, celle de Cronstadt.

Les dessins originaux de Tardi et d’Hélène Maurel, ainsi que deux textes de Jacques Prévert participent de la réussite de ce numéro. Une fois de plus, Serge D’Ignazio nous a généreusement offert plusieurs de ses photos. Merci aussi à Jihel.

L’insurrection algérienne de 1871

mars 19, 2021 by

Article de Louis Bercher (J. Péra) paru dans La R.P. n°53 (mars 1928):

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