Iran: courrier des organisations syndicales

janvier 28, 2016 by

Courrier commun des organisations syndicales au Président de la République et au ministre des Affaires étrangères pour qu’ils interviennent auprès du président Rohani afin de faire libérer les militants syndicaux en danger.

 

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A propos de trois collections d’intervention

janvier 16, 2016 by

Article publié dans la RP n° 788 (mars 2015).

Depuis une petite dizaine d’années, le paysage éditorial s’est profondément transformé avec, d’une part, une logique financière et managériale de plus en plus accentuée de la part des grands groupes éditoriaux intégrés, ou non, à des multinationales, de l’autre une floraison de petites structures indépendantes qui conjuguent engagement social et créativité tous azimuts. Il serait trop long d’en dresser un panorama, même partiel, mais, à titre d’exemple, examinons ici trois collections de trois éditeurs différents qui embrassent un large spectre des préoccupations et des problématiques des principales composantes de la gauche radicale actuelle, du trotskisme classique aux milieux de la décroissance en passant par le mouvement libertaire1.

Pour le premier, l’organisation trotskiste l’Union communiste, plus connue sous le nom de son hebdomadaire Lutte ouvrière, est à l’initiative des éditions les bons caractères, fondées en en 20042. L’objectif général est le suivant : « Nous voulons faire découvrir ou redécouvrir des documents, des romans historiques et sociaux, des témoignages et des ouvrages théoriques qui contribuent à la défense des idées progressistes, laïques, sociales, antiracistes et anti-xénophobes. » Le catalogue comprend cinq collections. Il y a d’abord « Classiques » (avec des auteurs comme Karl Kautsky, Paul Lafargue, David Riazanov, Alfred Rosmer et Trotski) et « Histoire » qui comprend cinq titres parmi lesquels on retiendra tout particulièrement De l’Oncle Tom aux Panthères noires de Daniel Guérin et le classique de Jacques Danos et Marcel Gibelin, Juin 36. Il y a ensuite « Roman » où figurent entre autres Les Damnés de la Terre de Henry Poulaille, La Paix d’Ernst Glaeser et la monumentale trilogie du Finlandais Väinö Linna, Ici sous l’Étoile polaire, sur l’histoire de son pays de la fin du XIXe siècle aux années 1950, à travers une famille de la région de Tampere. La collection « Témoignages » présente les indispensables Moscou sous Lénine d’Alfred Rosmer avec la belle préface que lui consacra Albert Camus et Autobiographie de la syndicaliste et socialiste américaine Maman Jones. C’est à la dernière, sans doute la plus originale, que nous allons nous intéresser ici. Dénommée « Éclairage », cette collection a démarré en juin 2010 avec l’« ambition de contribuer à la compréhension de la marche de l’histoire et d’apporter son éclairage sur les éléments du passé, lointain ou proche, dont l’influence se propage dans l’actualité politique ou sociale ». D’un format de 115/162 pour environ 150 pages et 8,20 euros, elle compte douze volumes à ce jour et on ne connait pas encore les prochains titres. Ceux-ci sont essentiellement historiques et concernent majoritairement l’histoire contemporaine. On y trouvera donc La Première Guerre mondiale, particulièrement utile en cette année de commémorations pour avoir un point de vue dissident sur les causes d’un conflit pour le repartage du monde entre puissances impérialistes, Proche-Orient 1914-2010 sur les origines et les évolutions du conflit israélo-palestinien, Italie 1919-1920. Les deux années rouges, sur la péninsule entre fascisme et révolution au sortir du premier conflit mondial, sur La Russie avant 1917, ou encore sur La question coloniale dans le mouvement ouvrier français. Les deux derniers titres parus abordent, en deux parties chronologiques, L’Opposition communiste en URSS à propos de la lutte des trotskistes contre le stalinisme à partir de 1923. Sur le long terme, deux ouvrages présentent une Histoire de la mondialisation capitaliste, de 1492 à nos jours. Deux titres remontent plus loin dans le temps : l’un traite de l’essor et des apports de La Civilisation arabe du VIIIe au XIIIe siècle ; l’autre aborde Les philosophes des lumières. Enfin, dans un domaine différent, le neurobiologiste Marc Peschanski examine les rapports entre Le Cerveau et la pensée. D’un tirage moyen de 2000 exemplaires, le tome I de Histoire de la mondialisation capitaliste en est à sa 3e édition, tandis que ceux sur La Première Guerre mondiale, L’Opposition communiste en URSS ou Proche-Orient 1914-2010 dépassent les 2000 exemplaires vendus. Cette jeune maison d’édition militante aspire à créer une sorte de Que-sais-je ? d’extrême gauche avec une collection de poche présentant des synthèses claires et abordables sur des grands sujets historiques et politiques, voire scientifiques, qui conditionnent notre présent.

Dans un tout autre style, les éditions le passager clandestin3 ont été créées en 2007 sur une problématique liée à l’écologie et à la critique sociale contemporaine : « Tandis que le réel nous glisse entre les doigts, affirme cet éditeur, nous voulons arracher à l’histoire quelques fragments de vérité, interroger sans complaisance l’ordre présent des choses… et rappeler à toutes fins utiles que cet ordre-là ne s’impose pas à nous comme une évidence. » Connues d’abord pour sa collection de rééditions de textes classiques du mouvement social (d’Auguste Blanqui à Elisée Reclus en passant par Jaurès, Lafargue, Thoreau, Tolstoï, Zo d’Axa et bien d’autres) commentées par des auteurs contemporains engagés, et par la collection « Désobéir » du mouvement des désobéissants (on retiendra tout particulièrement les titres sur le nucléaire, la publicité ou la voiture), ces éditions s’imposent depuis le début de 2013 avec une nouvelle collection, « Les précurseurs de la décroissance », dirigée par Serge Latouche. Un petit texte, qui figure au début de chaque titre, résume les intentions de la collection : « Le concept de décroissance est relativement nouveau. Le terme même de « décroissance », réactualisé en 2001 pour dénoncer l’imposture du développement durable, est volontiers provocateur. Il s’agit de mettre l’accent sur l’urgence d’un constat : une croissance infinie de la production et de la consommation matérielles ne saurait être tenable dans un monde fini. Mais derrière cette idée de décroissance, il y a plus qu’une provocation. Une réflexion et une pensée sont en effet en cours d’élaboration. Dans un travail de recherche collectif, portant tout autant sur l’économie que sur la philosophie, l’histoire ou la sociologie, des intellectuels et des universitaires un peu partout dans le monde entreprennent de mettre au jour les principes et les contours de la société d’abondance frugale qu’ils appellent de leurs vœux. La collection [….] a pour ambition de donner une visibilité à cette réflexion en cours. À travers la présentation de certaines figures de la pensée humaine et de leurs écrits, elle prétend, en quelque sorte, faire émerger une nouvelle histoire des idées susceptibles d’étayer et d’enrichir la pensée de la décroissance. Elle fournira ainsi à un large public aussi bien qu’au lecteur averti un état des lieux du travail en cours, en même temps qu’un répertoire commun de références parfois vieilles comme l’humanité, mais exposées ici sous un nouveau jour. Une collection qui veut montrer que la notion de décroissance est très éloignée de sa caricature – un tissu d’élucubrations de quelques arriérés sectaires désireux d’en « revenir à la bougie ». Une collection qui souhaite surtout contribuer au développement de l’un des rares courants de pensée capable de faire pièce à l’idéologie productiviste qui structure, aujourd’hui, nos sociétés. »

Chaque volume est au format 110/170 ; il comporte une centaine de pages pour 8 euros. Il comprend, sur le même modèle et dans les mêmes proportions, une introduction d’un chercheur contemporain, suivie d’extraits de textes de l’auteur, traité sous l’angle de son apport à la décroissance. La collection comprend à ce jour douze titres. Les six premiers auteurs abordés (Jacques Ellul, Epicure, Charles Fourier, Lanza del Vasto, Léon Tolstoï et Jean Giono) ont fait ici même l’objet d’une recension en lien avec la remise des grands projets inutiles qui, depuis le drame de Sivens et la contestation du projet de Center Parcs de Roybon, dans l’Isère, font depuis des mois la une de l’actualité, parallèlement à la contestation du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes4. Les derniers titres sont consacrés à l’écologiste libertaire américain Murray Bookchin et au philosophe grec Diogène. Les deux prochains à paraître reviendront sur Lewis Mumford (par Thierry Paquot) et Theodore Roszak (par Mohammed Taleb). Parmi ceux à venir, sont prévus Georges Bernanos, Elisée Reclus, John Stuart Mill, Françoise d’Eaubonne…

Les auteurs les plus attendus sur la décroissance (Ellul, Castoriadis, André Gorz) n’ont pas eu de peine à trouver leur public avec des ventes comprises entre 1500 et 2000 exemplaires, en particulier quand Serge Latouche en a été le présentateur (Ellul, Castoriadis). Parmi les classiques, Lao-tseu et Epicure tirent leur épingle du jeu, un peu en dessous des premiers (environ 1000). Les auteurs les plus éloignés a priori de l’idée de décroissance (Tolstoï, Fourier, Giono) ont plus de mal à percer, malgré l’intérêt de leur relecture à cette aune…

La force de la collection réside dans son adéquation avec les attentes du public en matière de pistes de réflexion sur des courants de pensée ignorés ou méconnus pour penser la critique du capitalisme dans un format concis et accessible.

Terminons avec Libertalia fondée en 2007 dans la mouvance libertaire5. « À boulets rouges » a été créée l’année suivante comme une collection d’agit-prop. À ce jour, elle compte quinze titres. Les livres sont au format 165/110 (poche), cousus en cahiers de 16 ou de 32 pages sur papier Munken crème. La pagination ne peut excéder 200 pages et le prix de vente est inférieur ou égal à 8 euros. La charte graphique est visuellement agressive. Inaugurée avec les Propos d’un agitateur de l’anarchiste mexicain Ricardo Florès Magon, elle s’est poursuivie avec, entre autres, le Manuel du guérilléro urbain de Carlos Marighela, La Terrorisation démocratique de Claude Guillon, Même pas drôle (sur la lamentable dérive de Philippe Val, de Charlie Hebdo à Sarkozy) et Editocrates sous perfusion de Sébastien Fontenelle, Les Marchands de peur de Mathieu Rigouste sur les promoteurs de l’idéologie sécuritaire autour d’Alain Bauer, ou Les Prédateurs du béton de Nicolas de la Casinière sur la multinationale Vinci. Plusieurs ouvrages ont été portés par des collectifs (La Force du collectif, entretiens avec Charles Piaget / Feu au centre de rétention / Manifeste des chômeurs heureux). Dans ce cas, les bénéfices ou les nombreux exemplaires vendus directement ont pour objet de nourrir les luttes, intellectuellement et financièrement. Libertalia publie en moyenne deux titres par an dans cette collection, parfois trois. Les prochains à paraître en 2015 seront Lire la première phrase du Capital (John Holloway) ; Face à la justice, face à la police, un guide juridique écrit par un collectif anti-répression qui reprend en une version revue et actualisée le livre paru en 2007 aux éditions de l’Altiplano. Enfin, en septembre 2015, paraîtra une petite enquête de Nicolas de la Casinière sur les PPP (Partenariats public-privé). Les tirages initiaux sont compris entre 1500 et 3000 exemplaires. Certains titres, comme Feu au centre de rétention, Les Marchands de peur, Manuel du guérillero urbain ont été réimprimés (trois fois dans le cas de Feu au centre de rétention). D’autres, comme Propos d’un agitateur (Ricardo Flores Magon) ou Les Prédateurs du béton sont en passe de l’être. Cette collection est diffusée dans les circuits classiques (librairies) comme dans des lieux plus militants (manifestations de rue, concerts, squats, infoshops…).

Ces trois collections d’intervention au format poche attestent de la vitalité de l’édition indépendante et de sa capacité à proposer de vrais petits ouvrages pour un large public dans des domaines très différents. Qu’il s’agisse de donner un nouvel éclairage sur de grands événements de l’histoire contemporaine, mettre à jour des idées méconnues ou oubliées rompant avec la logique productiviste du capitalisme ou proposer des petits brûlots sur des questions cruciales d’actualité, elle réussit le pari de s’adresser à un public qui dépasse, semble-t-il, ses réseaux habituels, en espérant qu’elle puisse élargir encore le cercle de ses lecteurs et toucher enfin le plus grand nombre auquel la plupart de ces livres sont destinés.

Louis SARLIN

1 Tous nos remerciements pour les renseignements fournis à Dominique, Marc et Nicolas.

4 Simon Charlier, « Grands projets inutiles et précurseurs de la décroissance », La Révolution prolétarienne, n° 783, décembre 2013, p. 20-21.

Faux voyous et vrais assassins

décembre 15, 2015 by

Editorial de la R.P. N°791 (décembre 2015):

Les massacres de vendredi 13 novembre à Paris, revendiqués par Daesh, ont fait 130 morts et plus de 350 blessés, des gens innocents, abattus aux terrasses des cafés ou dans un concert, une horreur. Un terrorisme fascistoïde a encore frappé. Nous ne pouvons qu’être écoeurés et indignés devant de tels actes. Notre solidarité est totale avec les victimes et leurs proches.

Il nous faut combattre Daesh avec nos méthodes et nos principes. Cela ne se fera pas en suspendant en quoi que ce soit la lutte de classe, mais en soutenant les kurdes et la gauche irakienne qui sont sur place, en dénonçant l’islam politique comme réactionnaire, et en aidant les réfugiés, premières victimes de la terreur.

L’état d’urgence a commencé en ne visant visiblement pas les seuls djihadistes puisque dès le mardi 17 novembre le RAID était envoyé contre… un squat à Lille, tandis que les manifestations étaient interdites puis des militants assignés à résidence.

L’évolution du gouvernement était déjà préoccupante. Il a suffi que début octobre, dans un mouvement de colère des salariés face au mépris et au chantage aux licenciements, deux membres de la direction d’Air France doivent s’enfuir avec la chemise déchirée d’un comité central d’entreprise pour qu’une campagne de criminalisation prenne une tournure surprenante, le premier ministre parlant de «voyous». Dans la foulée, les syndicats étaient attaqués parce qu’ils refusaient de signer des protocoles d’accord hallucinants. On apprenait trois semaines plus tard que la compagnie aérienne venait de réaliser les plus gros bénéfices trimestriels de son histoire. Il ne s’agissait pas de sermonner une bousculade pendant un mouvement de grève mais de décourager les luttes pour défendre son emploi, son salaire, sa dignité. Le gouvernement «a soutenu la direction» (dixit E. Macron sur CNN) et a choisi «ses» voyous.

Stéphane JULIEN

La caisse de solidarité avec l’intersyndicale Air France est en ligne à https://www.lepotcommun.fr/pot/h8micqm8

RP 791_1

Face à la guerre d’Algérie: transactions anticoloniales et reconfigurations dans la gauche française

novembre 23, 2015 by

Article de Nedjib Sidi Moussa paru dans Diacronie N°9 en 2012 qui évoque la R.P. des années 1950.

Résumé: Face à la répression visant Messali Hadj, des militants de la gauche française, souvent en opposition aux directions du PCF et de la SFIO, se regroupent en 1954 dans un comité en vue de la libération du pionnier du nationalisme algérien. Ces militants (communistes, libertaires, socialistes, trotskystes, etc.) sont également partie prenante de divers regroupements sur les plans politique (CLADO), syndical (PUMSUD) ou intellectuel (Arguments). Certains s’engagent sur l’agenda de la décolonisation et d’autres répondent davantage à celui de la déstalinisation. En évoquant ces trois initiatives soutenues par des outsiders français, l’article se propose de mettre en relief ce qui se joue dans les transactions avec d’autres outsiders: les messalistes progressivement marginalisés par le FLN.

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Communiqué intersyndical

novembre 18, 2015 by

Communiqué intersyndical CGT- CFDT – CFE CGC – CFTC – UNSA – Solidaires – FSU:

14 novembre 2015 – Après les attentats effroyables commis cette nuit à Paris, les organisations signataires CGT – CFDT – CFE CGC – CFTC – UNSA – Solidaires – FSU assurent de leur solidarité toutes les personnes et leurs proches qui en ont été victimes.

En frappant indifféremment la population, en ciblant des lieux de culture, de sport ou tout simplement de loisirs et de rencontres amicales, fréquentés par beaucoup de jeunes, les terroristes envoient un message clair : c’est bien toute la société qui est aujourd’hui visée.

C’est pourquoi le mouvement syndical, tout comme il s’était rassemblé après les attentats de janvier dernier, exprime ensemble son émotion mais assure aussi que rien ne saurait remettre en cause sa détermination à lutter contre toute les atteintes à la démocratie, à la paix et aux libertés.

Comme elles l’avaient fait au début de l’année 2015 en décidant de travailler sur toutes les incidences pour le monde du travail, matérialisé par le texte « Vivre ensemble, Travailler ensemble », les organisations syndicales se retrouveront très prochainement pour poursuivre leurs échanges sur la situation créée par ces attentats et poursuivre leur engagement pour lutter contre les replis, les stigmatisations, les divisions, contre toutes tentatives de terreur dans lesquelles veulent nous enfermer les terroristes, afin de continuer à faire société ensemble.

L’Europe des naufrages

octobre 27, 2015 by

éditorial du N°790 (septembre 2015):

Les rives de la mer Egée, berceau de la « civilisation européenne », ont constamment fait parler d’elles cet été, entre l’austérité imposée une fois de plus aux Grecs et l’image choc du corps du petit Aylan Kurdi qui semble réveiller bien tardivement quelques consciences. A moins que quelques larmes de crocodiles ne servent qu’à faire passer un épisode médiatique aux politiciens, confrontés à l’irruption d’un mouvement de l’opinion publique. L’Europe c’est aussi cela: celle des gens, leur capacité à s’outrager devant l’horreur et l’injustice, ici celle faite aux migrants.

L’Europe empêtrée dans la crise du capitalisme fut longtemps celle de guerres meurtrières à une échelle inégalée. Il y a tout juste un siècle, les militants qui animaient La Vie ouvrière et qui devaient fonder notre revue retrouvaient un peu d’espoir avec la conférence de Zimmerwald, premier jalon d’une renaissance de l’internationalisme. Plus l’adversité sera forte, plus la tentation du découragement sera grande, et plus s’avèrera nécessaire de retrouver  une lueur d’espoir dans un effort collectif comme ce fut le cas en 1915.

L’Europe des capitalistes est une calamité, mais ne l’a-t-elle pas toujours été ? Faudrait-il y répondre par un retour des nationalismes, de leurs frontières et de leurs démagogies mortifères ? Un de nos contributeurs de ce numéro le dit: La question européenne, c’est la question de la révolution prolétarienne. Des naufrages d’aujourd’hui, essayons de tirer les bonnes leçons et de discerner les bons objectifs.

Stéphane JULIEN

40 ANS – 500e NUMÉRO (1964)

octobre 21, 2015 by

Extrait du numéro de décembre 1964:

Née en janvier 1925, la « R.P.» achève avec ce cinq centième numéro sa quarantième année d’existence. De 1925 à 1939, la «R.P.» d’abord mensuelle, devint bi-mensuelle (sauf en 1931, pendant la parution du « Cri du Peuple » hebdomadaire). Nous avions publié 301 numéros, lorsqu’éclata la guerre 1939. Le dernier numéro de septembre 1939 ne contenait qu’un article de Robert Louzon sur la signification du conflit. La censure de Daladier ne laissa subsister ni le texte, ni le titre, ni le nom de la revue, pas même la signature. Ne disposant pas d’une organisation facilitant des publications, clandestines, le noyau dispersé, nous avons suspendu la publication de la « R.P.» pendant quatre-vingt-onze mois. Il nous a fallu attendre pour reparaître que l’attribution de papier ne soit plus soumise à l’agrément gouvernemental.

Ceux qui survivent parmi les fondateurs et les premiers collaborateurs de la « R.P. » ont quelque peine à réaliser qu’ils portent sur leurs épaules un passé presqu’aussi long que celui qui sépare la guerre de 1870 de celle de 1914. Le temps ne fait rien à l’affaire sans doute. La valeur d’une institution ne se mesure pas à son ancienneté. Dans le mouvement ouvrier, le cas est cependant unique, il n’est pas une revue ou un journal qui ait vécu si longtemps, sous même format, même présentation et… même esprit – et sans plus de rédacteur ou d’employé rétribué en 1964 qu’en 1925.

Mais ici ce n’est pas le chemin parcouru, c’est le point de départ qui marque l’importance historique de la publication de la « R.P.». Jusqu’en 1924, le groupe issu de la Conférence de Zimmerwald, qui avait fourni à la Révolution russe ses premiers dirigeants et ses premiers défenseurs, malgré d’importantes défections, formait encore le noyau de l’ Internationale Communiste. Dans l’opposition à l’Union Sacrée, dans la fidélité à l’internationalisme prolétarien et révolutionnaire, des syndicalistes révolutionnaires avaient retrouvé les bolcheviks et des marxistes de gauche, comme Trotsky, Liebknecht et Rosa Luxembourg. Au lendemain de la guerre, on avait espéré une révolution s’étendant de Russie en Allemagne et en France. En 1921, les défaites de la Révolution avaient déterminé la fin du « communisme de guerre » en Russie et une nouvelle stratégie communiste, favorable au Front Unique, hostile aux scissions syndicales. Lénine et Trotsky pensaient sans nul doute que les syndicalistes français, héritiers de la C.G.T. de 1906, formeraient « l’épine dorsale » d’un parti révolutionnaire, essentiellement différent des vieux partis sociaux-démocrates. Au reste, dominant ses répugnances, Monatte en 1923 avait adhéré au Parti Communiste, encore assez peu solide et il était appelé, presque immédiatement, au Comité Directeur. Moins d’un an après, il était exclu, frappé d’anathème, avec A. Rosmer, Victor Delagarde… C’est en effet en 1924 que se produisit la rupture. Le stalinisme naissant s’installait au pouvoir en URSS et transformait l’Internationale Communiste en masse de manœuvre encadrée bientôt par des robots fabriqués à Moscou.

Il faut le dire. C’est à cette époque que naquit la conception du parti « monolithique ». Aucun des membres du noyau initial ne l’acceptait, pas plus que les plus éminents militants de l’Internationale.

Après les premiers numéros, Léon Trotsky, en affirmant sa confiance en ses amis Monatte et Rosmer, leur demandait de liquider la « R.P.» afin de reprendre leur place dans le Parti. Le noyau répondait tranquillement: « Il y a place aujourd’hui pour des révolutionnaires, hors de l’Internationale Communiste ». Le maintien de la « R.P.» désola de bons camarades qui, parce qu’ils étaient lucides et honnêtes, rompirent plus tard avec le Parti ou en furent exclus. Ils reconnurent alors qu’il était heureux que la « R.P. » pût leur offrir un refuge et une tribune. Quant à ceux qui, docilement, répétèrent, après l’ I.C. et le Parti que « Monatte, Rosmer et Louzon étaient devenus objectivement contre- révolutionnaires », nous n’aurons pas la cruauté de chercher ce qu’ils sont devenus en 40 ans… Ce serait cependant une bien édifiante rétrospective.

L’originalité des fondateurs de la « R.P. », c’est d’avoir prévu un processus qui fut, pour beaucoup d’autres, une longue, progressive et douloureuse révélation.

***

Nous évoquerons tous les artisans de l’entreprise menée depuis quarante ans contre le courant. Nous aurons peut-être à en retracer les étapes. L’année 1924 qui se termina, lorsqu’on composait le premier numéro de la R.P., se présente à l’historien avec une succession d’événements apparemment sensationnels. Elle débuta par la mort de Lénine (janvier 1924). Elle en offrit les premières séquelles : l’isolement de Trotsky à Moscou. L’aventure provocante de la Rühr s’achevait par une véritable faillite. On reprochait, à tort ou à raison, aux chefs communistes allemands de ne pas avoir profité des possibilités révolutionnaires de 1923. Pour la première fois, la Grande-Bretagne s’offrait un gouvernement travailliste, d’ailleurs minoritaire. En France, le Cartel des gauches victorieux portait au pouvoir un gouvernement Edouard Herriot assuré du soutien socialiste. La finance américaine, avec le plan Dawes, intervenait en Europe et sauvait l’Allemagne de la banqueroute. En fin d’année, le Riff marocain se soulevait contre l’Espagne, avant de s’attaquer aux colonialistes francais…

En France : la scission syndicale cristallisait les deux fractions: la C.G.T.U. colonisée par le Parti Communiste, – la C.G.T. dite réformiste, déjà atteinte en son rayonnement, revigorée par la victoire électorale des gauches… Il fallait recréer une opinion ouvrière, préparer la réunification syndicale, lutter contre le colonialisme et le nationalisme, liquider les séquelles de la guerre…

La « R.P. » devenait donc, dès sa fondation, tout autre chose qu’un simple organe d’opposition communiste. Elle reprenait la tâche menée de 1909 à 1914 par « la Vie Ouvrière » de Monatte. A-t-elle rempli la mission que se proposaient ses fondateurs ? Certes non. Nous n’entonnons pas de chant triomphal. Mais nous pouvons, en tournant la tête, remonter jusqu’au point de départ, sans éprouver de regret, ni de honte…

Les jeunes qui viennent à nous savent que nous ne leur demandons pas de nous imiter, pas même de nous suivre – nous désirons simplement qu’ils puissent concevoir librement et réaliser ce qu’ils ont conçu par leurs propres moyens. Ce qu’il y avait d’exceptionnel et d’insolite, chez nos deux grands disparus : Monatte et Rosmer, ce n’étaient ni les certitudes doctrinales, ni les inventions stratégiques, c’était essentiellement une morale à peine formulée qui s’affirmait par le refus de parvenir, par le refus de compromettre la fin en avilissant les moyens, par la volonté de former des militants ouvriers et révolutionnaires, fidèles à leur classe et dignes de la Révolution.

Nous n’avons pas l’outrecuidance de prétendre les remplacer. Mais nous savons qu’en maintenant la « R.P. », qu’en renouvelant et en rajeunissant son public et sa rédaction, nous prolongeons leur présence, l’œuvre, au delà de ce qu’ils ont atteint mais dans l’esprit de ce qu’ils furent

R. HAGNAUER

J.P. Finidori: le « Tunisien », Esquisse du portrait d’un militant

octobre 14, 2015 by

Extrait de la R.P. N° 688 du 1er trimestre  1990:

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Vers un nouveau Congrès d’Amiens (1929)

octobre 11, 2015 by

Brochure reprenant un discours de Maurice Chambelland avec une préface de Pierre Monatte, emblématique du travail syndical des animateurs de notre revue entre les deux guerres.

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La révolution par l’État (Louis Mercier Vega)

octobre 4, 2015 by

Note de lecture extraite de la R.P. N°790 (septembre 2015).

La révolution par l’État
Louis Mercier Vega
(Petite Bibliothèque Payot, 2015, 268 p.)

Militant libertaire d’origine belge – il fut, en 1936, l’un des fondateurs du Groupe international de la Colonne Durruti en Espagne -, Louis Mercier Vega (1914-1977), de son vrai nom Charles Cortvrint, s’intéressa à l’évolution des sociétés latino-américaines dès la Seconde Guerre mondiale et leur consacra nombre d’articles, d’études et de travaux durant les décennies suivantes.

Dans l’esprit des analyses de Jan Waclaw Makhaïski, Ante Ciliga ou B. Rizzi sur le « socialisme des intellectuels » et la « nouvelle classe », il rédigea  ce livre, juste avant son suicide, pour défendre l’idée qu’une technobureaucratie civile et militaire, distincte aussi bien de l’oligarchie traditionnelle que de la bourgeoisie industrielle ou financière, était en train de s’installer à la tête des Etats d’Amérique latine. Suivant la progression de cet État-moteur, propriétaire et entrepreneur, il analyse ses répercussions dans l’Université, les églises, l’armée. Il pointe aussi les transformations des classes moyennes face à des bases ouvrières et paysannes muettes, instrumentalisées par les différents aspirants au « pouvoir sur les autres », puis vérifie ses hypothèses générales sur les cas de Cuba, du Chili, du Pérou et du Brésil.

La préface de Jean-Pierre Lavaud souligne les lignes de force du livre tout en actualisant son propos, notamment aux pays regroupés dans l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA).

C.J.

(Nous publions un court extrait dans les «Morceaux choisis» page 11)

9782228912044


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