Aux abonné-e-s

mai 24, 2020 by

Exceptionnellement le N° 809 aura du retard. Nous attendons notamment d’être en capacité d’imprimer pour relancer nos contributeurs. Dans l’hypothèse où ce retard serait important nous en tiendrions bien évidemment compte dans la gestion de vos abonnements.

Amicalement

S.J.

L’école n’est pas une mascarade

mai 18, 2020 by

Les enseignantes de l’école maternelle François Mitterrand de Saint Jean de la ruelle seront toutes en grève le 18 mai jour prévu de réouverture de l’école.

Elles entendent pouvoir ainsi dénoncer l’hypocrisie d’un protocole sanitaire qui, si il est indispensable à la sécurité de tous, est impossible à faire respecter concernant les gestes barrières et la distanciation sociale par de jeunes enfants.C’est donc en toute connaissance du risque de contamination entre enfants, et entre adultes et enfants, que le gouvernement a pris la décision d’ouvrir les écoles contre l’avis du Conseil scientifique. (L’éloignement des enseignantes à risque qui jusqu’ici assuraient leur mission en est bien la preuve.)

Elles veulent faire savoir que les conditions d’application du protocole conduisent à l’installation d’une école très éloignée des besoins de l’enfant et souvent contraire aux objectifs de socialisation, d’épanouissement, et de recherche d’autonomie poursuivis par l’école maternelle.Elles veulent dire la souffrance que cela représente pour elles d’imposer ces contraintes qui maintiendront les enfants dans une vigilance soutenue bien peu propice aux apprentissages ni mêmes aux activités éducatives.

Elles regrettent que ce temps de fin d’année n’ait pas été entièrement consacré à la réflexion sur les modalités de la rentrée de septembre, à la recherche des actions à mener pour prendre en compte ce temps sans école lors de la reprise de tous et des moyens à mettre en œuvre pour construire des conditions sanitaires et pédagogiques compatibles.Cette reprise à marche forcée, dans la précipitation et le mépris des valeurs essentielles de la maternelle n’apportera aucun des bénéfices qu’on veut bien lui faire porter, la réduction des inégalités scolaires nécessite bien plus qu’un bricolage hâtif qui met à mal enfants et enseignantes.

Elles sont conscientes des difficultés des familles, de leurs inquiétudes pour la réussite scolaire de leurs enfants, elles souhaitent elles aussi reprendre le chemin de l’école et retrouver leurs élèves, tous leurs élèves ; mais pas à n’importe quel prix! Ni celui de la santé de tous, ni celui du mal être des enfants et des enseignantes.

L’école n’est pas une mascarade.

Les enseignantes grévistes

sjr1

Laïcité de l’école et émancipation

mai 10, 2020 by

Notre ami et camarade Quentin Dauphiné présente brièvement la tendance Émancipation et parle de laïcité sur France Culture. Il est interviewé par Christophe Bitaud, de la Libre Pensée.

L’affaire Anthony Smith

mai 10, 2020 by

Le comité de soutien à Anthony Smith (dont notre directeur est dans les 200 premiers signataires) publie ce visuel :

affaire smith2

La destruction de la nature (Anton Pannekoek)

mai 10, 2020 by

Extrait de La RP N°806:

« Les ressources naturelles sont exploitées comme si les réserves étaient infinies et inépuisables. Avec les néfastes conséquences de la déforestation pour l’agriculture, avec la destruction des animaux et des plantes utiles, apparaît au grand jour le caractère fini des réserves   disponibles et la faillite de ce type d’économie. »

pannekoekrp806_Page_1

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

Voir aussi:

Entretien avec Sandra Iriarte

mai 2, 2020 by

Entretien avec Sandra Iriarte, secrétaire aux relations internationales de la CGT espagnole.

Quelle est la situation sanitaire à ce jour ?

Cela dépend des différents points de vue. Le patronat et les banques incitent le gouvernement à normaliser au plus vite l’activité des entreprises, comme si les risques d’infection par le coronavirus avaient été éliminés. En biaisant, ils transforment la « stabilisation » des nouvelles infections en « disparition », alors que toutes les recommandations sanitaires publiques renouvellent des appels à la prudence et à ne sortir de chez soi que pour ce qui est vital : s’approvisionner. Le gouvernement s’appuie sur le fait que, par rapport aux plus des 1 000 morts quotidiens d’il y a un mois, il ne meurt plus « que » 400 personnes par jour du Covid-19. Le pire, est que le taux de nouveaux cas diagnostiqués s’élève à plus de 4 000 personnes par jour. Cela montre que, même si les chiffres ont été réduits de moitié, le Covid-19 continue à être une réalité présente dans notre quotidien, qui, tous les jours, prend la vie de plus de 400 personnes.
Qui sont, majoritairement, ces morts ? La classe laborieuse, qui a été contaminée dans l’exercice de son travail ou pendant les trajets domicile-travail ; et aussi les personnes dépendantes, les personnes âgées, parquées dans des maisons de retraite, qui se font du fric sur les soins. Cela veut dire que l’État a cessé de donner le minimum vital à celles et à ceux qui ont trimé comme des bêtes et encaissé toutes les crises sociales tout au long de leur vie : arrivé.es dans une situation de dépendance, il les abandonne au marché. L’absence de centres garantissant la santé physique et sociale de ces personnes, qui ne soient pas motivés uniquement par les bénéfices privés, explique que 65 % des décès touchent cette catégorie de la population.
C’est pourquoi, la CGT a demandé au gouvernement que les malades de la classe ouvrière touchés par le coronavirus soient considérés comme victimes d’accidents du travail. De plus, nous avons demandé que le gouvernement garantisse, pour toutes les personnes qui devront sortir de chez elles pour rejoindre leur poste de travail, la mise à disposition des équipements de protection de base. Nous nous sommes également adressé.es au gouvernement pour qu’il veille aux mesures de protection et prévention des risques professionnels et plus particulièrement ceux associés au Covid-19.
D’un point de vue syndical, nous nous sommes engagé.es solidairement avec les travailleuses et les travailleurs de la santé : non seulement les médecins, les infirmiers ou infirmières et assimilé.es, mais aussi le personnel d’entretien, de transport et les aides à domicile. Malheureusement, beaucoup continuent à être infecté.es et à mourir, jour après jour. Il est important de préserver leur mémoire avec tous ces chiffres.
Aujourd’hui, la prévention s’est légèrement améliorée, grâce à davantage de moyens, mais toutes les travailleuses et tous les travailleurs ne disposent pas en permanence à disposition d’un masque, de gants et de gel. C’est pourquoi, nos sections syndicales doivent intervenir dans chaque entreprise pour que la protection du personnel soit assurée. De son côté, l’inspection du travail se doit d’aller sur les lieux de travail en cas de signalement syndical.
Enfin, d’un point de vue plus global, je pense que grâce au confinement, nous sommes en train de réduire les émissions et la pollution. C’est un tournant qui démontre qu’il est possible d’améliorer la santé en réduisant réduisons réellement les émissions de dioxyde de carbone, les plastiques et en cessant de polluer l’eau. La crise du Covid-19 a mis en avant un modèle de décroissance possible qui réduit le taux de mortalité annuel dû à la pollution.

Quelles mesures a-t-on prises pour les travailleuses et les travailleurs ?

Comme je l’indiquais auparavant, en théorie, on part du principe qu’il est possible, pour les travailleuses et les travailleurs, d’éviter les transports publics et de maintenir les distances de sécurité. Également, toujours en théorie, dans tous les lieux de travail qui sont ouverts, on fournit au personnel le matériel quotidien de prévention. Mais la réalité est tout autre. En mars déjà, nous dénoncions les entreprises qui, sans être des centres de productions essentiels, ne voulaient ni faciliter le télétravail ni fermer temporairement. Ces mêmes entreprises, qui n’ont pas été sanctionnées, continuent à mettre en danger la santé des travailleuses et des travailleurs sans aucune mesure de prévention, en particulier dans les secteurs du transport ou dans les centres d’appel.
Par ailleurs, on nous avait annoncé que tous les centres de production qui devaient fermer temporairement, garantiraient le salaire, à hauteur de 70 % au moins, versés par la prise en charge du service public de l’emploi [l’Inem, l’équivalent de Pôle emploi]. Or, les familles ne toucheront leurs allocations que d’ici à deux ou trois mois. Et, nous parlons là, uniquement de travailleuses et travailleurs couvert.es par l’Estatuto general de los trabajadores [équivalent duCode du travail].
Par exemple, les aides à domicile, sous un régime discriminatoire, ne sont considérées ni comme des travailleurs et des travailleuses indispensables, ni ne peuvent prétendre aux prestations versées aux autres salarié.es. Les travailleuses et les travailleurs indépendant.es ont aussi un régime spécial qui les laisse sans revenus pour une durée encore inconnue. Le gouvernement a adopté des moratoires pour repousser les délais de paiement des cotisations, factures et crédits, mais ces travailleurs.euses restent soumis.es aux dépenses liées à l’endettement et l’absence de revenus.

Quelles sont les conséquences pour les travailleuses et les travailleurs ? Pour la population la plus pauvre en général (les sans-emploi, les sans-domicile-fixe, celle des secteurs informels, etc.) ?

Le premier risque auquel sont exposé.es toutes et tous les travailleur.euses est surtout l’infection : aussi bien lorsqu’ils et elles doivent se rendre sur leur lieu de travail, sans mesure de protection, que pendant le trajet. On a, encore une fois, connu une division entre le personnel en « col blanc » et celui en « col bleu », entre le personnel qui sans occuper des emplois essentiels se voit obligé de se rendre sur son lieu de travail et celui qui a eu la possibilité de travailler à distance. Cela divise la classe ouvrière au moment de s’engager pour l’amélioration de ses conditions de travail, vu que chaque partie se compare avec l’autre … et non avec les conditions de travail du patronat.
Mais la plupart des entreprises, autres que les services non essentiels, ont cessé momentanément leurs activités en prenant des mesures de chômage partiel (ERTE) ou de licenciement. Nous avons exigé qu’on ne tolère aucun licenciement tant que durera la crise sanitaire.
Par ailleurs, un grand nombre de personnes payées à l’heure ou à la journée ou qui travaillent sans être déclarées, comme employé.es de maison ou encore dans les commerces, ne bénéficient actuellement d’aucun revenu et d’aucune prestation. La CGT considère que c’est le moment ou jamais de réclamer un revenu universel (RBI) pour pouvoir couvrir les besoins de base de tout un chacun.
Le drame social se retrouve dans le fait, qu’avant cette crise sanitaire, il y avait déjà, en Espagne, 5 millions d’enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté ; 1 million de familles qui n’ont plus aucune entrée d’argent depuis la précédente crise financière ; plus de 3 millions de personnes sans emploi… Soit des millions de personnes dans une absolue précarité qui vivotaient, et qui, aujourd’hui, n’arrivent même plus à survivre dans cette situation extrême qui les oblige à avancer des économies qu’elles n’ont pas.
L’ autre conséquence est que les services sociaux, tout comme le système de santé publique et « la protection du bien-être « , se sont écroulés par manque d’investissement dans tous les secteurs publics fondamentaux : la santé, les prestations sociales, les services publics pour l’emploi, l’aide aux personnes dépendantes, etc., réduisant le personnel, réduisant les ressources et les investissements, réduisant les salaires, réduisant les budgets de la recherche et les mesures de prévention, tout en laissant au marché le soin de subvenir aux besoins de la population en fonction de son pouvoir d’achat. Nous nous trouvons aujourd’hui avec des familles qui mangent chaque jour en dépendant de la « charité », des banques alimentaires, des ONG et des soupes populaires ; ainsi qu’avec des familles brisées qui ne peuvent plus payer, depuis plus d’un mois (plus de 3,4 millions de salariées et de salariés au chômage partiel et des centaines de milliers de travailleuses et de travailleurs qui œuvraient dans des secteurs informels : migrant.es, employé.es et employés de maison, nourrices, etc.), ni leur loyer, ni leurs crédits, ni les factures d’énergie de base, ni la nourriture ou les biens de première nécessité.
Dans ce contexte, non seulement il y a eu une recrudescence du niveau des violences faites aux femmes et aux mineur.es, mais aussi une augmentation des diagnostics de troubles psychologiques en relation avec l’anxiété, la dépression, l’abus de certaines substances, la prise de médicaments…
La capacité de résilience et le #todovabien (« tout va bien ») de la classe ouvrière a ses limites ; elle en a fait la démonstration au cours de la crise de 2008 et, dans cette nouvelle crise sanitaire, elle atteint rapidement les limites, du point de vue de la santé, de ce qui est supportable, vivable.

Quelle est la résistance organisée par les mouvements sociaux et syndicaux ?

Les mouvements sociaux, au-delà des débats, réflexions, visioconférences, etc., n’existent pas dans la vraie vie par leur incapacité à peser avec la force nécessaire pour que l’on prenne en compte, tant les revendications essentielles, et non seulement sanitaires, face à cette pandémie, mais aussi sociales, pour une autre forme de vie. Avec le confinement, une partie du tissu social de base, le voisinage, s’est reconstitué pour s’entraider matériellement et humainement. Cependant, nous ne pensons pas qu’il évolue, a posteriori, vers une structure revendicative avec des incidences politiques.
À la CGT, le nombre d’adhérent.es n’a pas diminué, et donc les sections syndicales et les syndicats se maintiennent sur les lieux de travail. Cependant, l’interdiction de rassemblement rend difficiles les assemblées et les moyens d’action, comme cela a été le cas dans le secteur sidérurgique après l’annonce d’un retour à l’activité professionnelle. De notre côté, déjà avant la crise sanitaire, nous avions ouvert un espace de travail commun avec d’autres organisations nationales de base et combatives. À partir de cette plate-forme unitaire, on proposera les futures mobilisations après le confinement.
Plus vite qu’on ne le pense, nous connaîtrons des explosions sociales, vu que la crise sociale qui découle de la crise économique et politique prend des dimensions encore plus dramatiques qu’en 2008. Les groupes alternatifs, tout comme les mouvements sociaux, nous « devons organiser et faire partie de la gestion de l’explosion sociale » car, sans cela, l’écofascisme « prendra d’assaut le ciel » et on cherchera des boucs émissaires (migrant.es, féministes, écologistes, communistes, etc.), qui seront montrés du doigt, et poussés vers des « issues »… vers l’abîme.

Avez-vous connaissance de revendications de réappropriations collectives, d’autogestion, de contrôle de la part des travailleuses et des travailleurs ?

Au début de la crise, face au manque de masques, de gants, de gel hydroalcoolique et à la fermeture de tant d’entreprises de productions non indispensables il y eut, en effet, des propositions de la part des sections syndicales de récupérer la production en passant par la reconversion des entreprises. En fait, nous avons produit une liste d’entreprises pouvant se reconvertir, dont les sections faisaient le pari de l’autogestion collective, mais cela ne s’est pas concrétisé. Le temps a manqué pour permettre un minimum d’organisation en vue d’une reconversion. Après la mort de plus de 22 500 personnes tuées par le Covid-19, la réouverture des lieux de travail, autres que ceux essentiels, a été autorisée il y a plus d’une semaine. Le patronat s’est empressé de reprendre le contrôle absolu.
La peur de la contagion, les risques réels pour la santé, ont conditionné et conditionnent notre capacité d’organiser par nous-mêmes l’autogestion et le contrôle des entreprises, particulièrement celles qui sont vitales : alimentation, eau, gaz, électricité, services de santé ; nous nous sommes centrés sur des politiques de protection de la santé, parce que la vie et la santé ne nous sont garanties que si on les impose. Nous n’avons pas de conscience sociale ni une organisation suffisamment musclées, c’est-à-dire de contrepouvoir, pour concrétiser le contrôle et l’autogestion, du moins dans les entreprises de services essentiels.

La crise actuelle, permet-elle de reposer publiquement la question de la rupture avec le capitalisme, quelles perspectives y voyez-vous ? Avec quelles forces populaires ?

Au début de la crise sanitaire et avec la rapidité à laquelle se succédaient les événements, il y a eu de nombreuses protestations dénonçant la privatisation du système de santé, la précarité du travail des doctoresses, des infirmières et du reste du personnel chargés de notre santé. À cela s’ajoutait le mouvement écologiste : en décembre, il demandait un ralentissement des activités pour réduire les émissions de dioxyde de carbone et le réchauffement global ; la crise a porté cette réflexion jusqu’au grand public, en partant de chiffres réels, permettant de débattre sur la possibilité qu’ont tous les pays, gouvernements et États, de réduire la pollution.
Nous pensons qu’avec tout cela, on aboutira à une conscience de classe et, bien entendu, à la remise en question du capitalisme en tant que système injuste et prédateur, incapable de se mobiliser collectivement pour arrêter une épidémie. Cependant, les faits se sont déroulés avec une telle rapidité et à un tel rythme, au sein du confinement, que ni l’élaboration collective à travers des rencontres ni les échanges personnels n’ont été possibles. Bien que la ligne suivie par la CGT vise à favoriser les conditions d’une révolution sociale et que nous ayons exigé du gouvernement des changements courageux, réels et concrets, nous n’espérons pas que le tant attendu effondrement du système capitaliste se produise. C’est pourquoi, par exemple, le 1er Mai nous sortirons sur les balcons virtuels des réseaux sociaux pour publier les discours et tenir les concerts programmés. Nous continuerons nos appels à la mobilisation après le confinement : nous avons de nombreux droits à récupérer. La santé en est un des premiers.

Réseau syndical international de solidarité et de luttes

http://www.laboursolidarity.org, 1er mai 2020

Sandra Iriarte

Iran : Libération immédiate et sans condition des militants syndicaux emprisonnés !

avril 30, 2020 by

Courrier intersyndical aux autorités iraniennes :

2020-04-30_collectif_syndical_iran

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

Réédition de Nestor Makhno, La lutte pour les soviets libres en Ukraine 1917-1921

avril 29, 2020 by

Les éditions des Amis de Spartacus rééditent Nestor Makhno La lutte pour les soviets libres en Ukraine 1917-1921 d’Alexandre Skirda.

Nous renvoyons à la note de lecture de Charles Jacquier dans le Diplo en 1999 : ici

Spartacus_Nestor_Makhno_premiere_de_couverture

4ème de couverture :

Nestor Makhno est né en 1888 à Gouliaï-Polié, un gros bourg situé au sud-est de l’Ukraine, où avaient vécu autrefois des communautés de cosaques zaporogues. Son père, ancien serf, meurt alors que Nestor, le dernier de ses cinq fils, n’a que 11 mois. À dix ans, il quitte l’école à regret pour travailler chez un paysan aisé. Il y fait l’apprentissage de l’injustice, de l’humiliation et, bientôt, de la révolte. La révolution de 1905 lui donne l’occasion de s’engager dans l’action politique et il rejoint bientôt un groupe anarchiste local. Ayant participé à des « expropriations » au cours desquelles un gendarme et un garde sont tués, il est arrêté quelque temps après et condamné à mort en 1910.

Mais à cause de son jeune âge, sa peine est commuée en peine à perpétuité. Il est transféré à Moscou, dans une prison de Moscou pour prisonniers politiques, d’où la révolution de février 1917 le fera sortir. Il y a approfondi ses connaissances, notamment celle des doctrines anarchistes. Rentré à Gouliaï-Polié, il prend immédiatement une part active à la mise en place de comités autonomes de paysans et d’ouvriers et appelle à la collectivisation des terres et des usines.

Mais bientôt, la région deviendra le champ de bataille d’armées successives qui veulent y établir leur pouvoir : au début de 1918, les armées allemandes et austro-hongroises, qui veulent rétablir les anciens propriétaires et se livrent au pillage le plus systématique ; puis les forces du nouveau gouvernement nationaliste ukrainien, ainsi que les armées « blanches », contre-révolutionnaires, de Dénikine, et plus tard de Wrangel. Et l’Armée rouge, qui s’empare de l’Ukraine et veut y imposer le pouvoir du parti communiste comme en Russie.

Pendant quatre ans, jusqu’à l’écrasement du mouvement insurrectionnel par le pouvoir bolchevik, Nestor Makhno sera à l’avant-garde des luttes de la population pour conserver les acquis de la révolution et s’organiser librement. Meneur d’hommes de premier ordre, combattant toujours au premier rang de ses compagnons, il sera aussi un organisateur et un propagandiste de l’autogouvernement des travailleurs, pour une société « sans maîtres ni esclaves, sans riches ni pauvres », une œuvre sans cesse à recommencer en raison des massacres et dévastations causés dans la région par les invasions successives.

La défaite le contraignant à l’exil, il gagnera Paris et, avec d’autres anarchistes exilés, il cherchera à tirer les leçons de cette défaite, une réflexion qui débouchera sur la rédaction d’un Projet de plateforme organisationnelle.

Longtemps calomnié, objet de rumeurs ou de récits insensés, Nestor Makhno a été l’un des acteurs les plus remarquables d’une des très rares tentatives des travailleurs de se libérer de toute autorité qui leur serait extérieure. Dans ce récit très documenté du mouvement insurrectionnel auquel fut immédiatement donné le nom de mouvement makhnoviste se révèlent également des aspects généralement méconnus de la révolution russe et ukrainienne.

Ce livre est l’ouvrage de référence en français sur Nestor Makhno. Pour un aperçu du mouvement makhnoviste, voir Piotr Archinov, La makhnovchtchina.

Alexandre Skirda, historien spécialiste du monde slave, met au jour depuis plus de quarante ans des épisodes occultés de son histoire.

Spartacus, 498 pages – mars 2020

ISBN 979-10-94106-36-5

Prix : 23 €

Memoria libertaria N°1

avril 28, 2020 by

MEMORIA LIBERTARIA est animé et publié par le collectif “Mémoire pour le futur”, composé de membres fondateurs de l’association 24 août 1944, en rupture avec ceux qui, aujourd’hui, s’arrangent du collaborationnisme avec le gouvernement espagnol…

À travers ce bulletin, le collectif souhaite mettre à disposition des textes et des analyses sur l’histoire des mouvements d’émancipation, sur l’exil libertaire, mais aussi sur les luttes sociales actuelles.


Analyses et textes sur la mémoire libertaire espagnole

Ce premier numéro est consacré aux pactes de la Moncloa et la transition « démocratique » mis en place au lendemain de la mort de Franco avec la complicité des partis de gauche (PSOE et PCE), qui mirent fin à tout espoir des victimes de la répression franquiste que justice soit faite et que les coupables de crimes contre les opposants : ministres, militaires, policiers et militants d’extrême-droite soient jugés. 
Le deuxième article est consacré à la participation des anarchistes espagnols à la résistance française. 
Le troisième texte est consacré au mouvement d’émancipation des femmes Mujeres Libres. 
Et un hommage est rendu au militant anti-franquiste Chato Galante qui vient de décéder après avoir été atteint par le covid-19.

couv de memorialibertaria-n1

cliquer sur l’image de couverture pour télécharger le pdf

Le naufrage de Noam Chomsky

avril 26, 2020 by

Depuis que Chateaubriand laissa entendre que « la vieillesse est un naufrage », ils ont été nombreux, en effet, les intellectuels et autres « grands témoins de notre temps », parvenus à un âge avancé, à vouloir lui donner raison. Le dernier en date, Noam Chomsky, 91 ans, a manifestement tenu lui aussi à démontrer la pertinence du propos du vicomte malouin.

Si l’on a pu comprendre et partager naguère l’aversion qu’éprouve le célèbre linguiste envers le capitalisme américain tout-puissant, il fallait déjà que sa lucidité soit quelque peu émoussée pour avoir déjà chanté par le passé les louanges d’authentiques canailles comme le furent Fidel Castro et Hugo Chavez. En matière d’anti-impérialisme, on attendait chez celui qui montra quelques sympathies pour la pensée libertaire qu’il ne se montrât point aussi crétin que le premier gauchiste venu. Quand la détestation du néolibéralisme amène à préférer la peste au choléra, il est temps pour les intellectuels fatigués de prendre du repos.

Ce monsieur, à qui l’on prête de savantes théories sur la manipulation médiatique à laquelle se livrent les salariés du mensonge ultralibéral, ne semble donc pas avoir poussé sa réflexion jusqu’à se demander ce que pouvait bien être l’état de l’information bourrage de crânes dans ces pays où règne sans partage un parti unique. Car voilà que cet homme invariablement présenté comme un esprit des plus brillants reprend à son compte la propagande la plus grossière du système dictatorial cubain, dans une ignorance manifeste des faits.

Dans un entretien accordé à l’agence espagnole Efe, l’intellectuel américain vient en effet d’affirmer que la politique de La Havane était le seul exemple d’« internationalisme authentique », faisant par là référence à l’envoi d’équipes médicales cubaines en divers pays en ces temps de pandémie*.

« Cuba a toujours été étranglé économiquement par les États-Unis mais a survécu par miracle pour continuer à montrer au monde ce qu’est l’internationalisme », déclare Chomsky. Mais, selon lui, « cela ne peut se dire aux États-Unis (Ah bon ? Que craint-il ?) où ce qui est « correct » est d’accuser [Cuba] de violations des droits humains alors que les pires ont lieu au sud-est de Cuba en un lieu appelé Guantanamo ». Manifestement, il semble difficile à cet éminent penseur de considérer que les droits humains peuvent être bafoués en plusieurs endroits à la fois, à Guantanamo, en effet, par les gouvernements américains successifs, et sur tout le territoire cubain par le régime castriste depuis soixante et un ans. On pourrait même lui glisser à l’oreille qu’un intellectuel respectable s’honore à dénoncer ces violations partout dans le monde, plutôt que de laisser entendre qu’il en est d’acceptables, d’un côté, et d’exécrables, de l’autre, ou d’établir une sinistre hiérarchie entre elles.

Quant au cœur du sujet, l’envoi d’équipes médicales cubaines à l’étranger, voilà donc qu’à son tour Chomsky nous sert le même propos, tout de guimauve, transformant les membres du corps médical cubain en charitables dames patronnesses du marxisme-léninisme. Ce propos, entonné depuis des lustres par les gobe-mouches de gauche et ce qu’il reste de staliniens, hier au nom de la solidarité ou de la fraternité, l’est donc aujourd’hui sous le signe d’un internationalisme qu’on suppose « prolétarien » dans la cervelle embrumée de Noam Chomsky. Voyons ce qu’il en est, et apportons quelques précisions que ne fournissent jamais les thuriféraires du régime castriste.

Pour en finir avec les images pieuses

Le 23 mars dernier, une émission de France Culture était consacrée précisément à cette question de l’envoi de médecins cubains en mission à l’étranger. On y apprenait que le Venezuela avait été jusqu’à récemment l’un des principaux pays à recevoir cette « aide », interrompue il y a peu : « La Havane et Caracas avaient un accord de partenariat « pétrole contre brigade de médecins » qui, en raison de la dégringolade de la situation vénézuélienne, n’est plus rentable. » C’est qu’en effet l’« authentique internationalisme » évoqué par Chomsky se doit de demeurer d’une rentabilité à nulle autre pareille, y compris comme ici avec un autre pays « révolutionnaire », sous peine de cessation immédiate. Il est important de savoir ici que l’exportation d’équipes médicales cubaines à l’étranger représente une véritable industrie, et qu’elle est même, avant le tourisme, pourtant fort lucratif, la principale source de revenus en devises pour l’État cubain (8 à 10 milliards par an).

cubanoslombardia0420cnn

Médecins cubains, armés d’images pieuses, en partance pour l’Italie.

Ce qu’ignorent ou taisent systématiquement les Chomsky et consorts, c’est que cet « internationalisme » rentable repose sur des contrats d’Etat à Etat, et que le régime cubain prélève, selon les postes occupés par les membres du personnel médical en mission (médecins, infirmiers, aides-soignants et commissaires politiques en blouse blanche), de 75 à 90% de leur salaire théorique. D’où immenses bénéfices. La question se pose également de savoir si le personnel médical a le choix, ce qui est largement contesté par ceux qui connaissent la question, en particulier des médecins ayant fait défection. A côté de ceux qui semblent de toute évidence être des « volontaires désignés d’office » figurent néanmoins, sans doute, de véritables volontaires. Mais il convient alors de signaler que malgré les importantes retenues salariales, un Cubain en mission à l’étranger gagnera toutefois davantage que s’il exerçait son métier dans son propre pays, et compte tenu des conditions de vie sur l’île on comprend que cela puisse en tenter certains.

Outre ces aspects économiques, rien n’est jamais dit non plus par les Chomsky et autres « idiots utiles » sur les conditions dans lesquelles s’exerce ce qui nous est présenté comme une noble mission humanitaire. « Le personnel soignant cubain qui va travailler à l’étranger s’engage à mener une mission de trois ans, sans sa famille. Il risque jusqu’à trois ans de prison s’il déroge aux règles imposées. D’ailleurs, les conditions dans lesquelles travaillent ces médecins sont dénoncées par une association de défense de la démocratie basée à Madrid, Prisoners Defenders, qui parle de « milliers de Cubains forcés de participer aux missions au bénéfice du gouvernement cubain ». Et l’ONG d’ajouter « que beaucoup de médecins ont déserté ». Pour ceux qui rentrent à Cuba, un bon nombre se voient retirer leur passeport pour « détention d’information secrète » », était-il précisé dans l’émission de France Culture. En 2017, un article du Monde diplomatique, où opèrent des staliniens recyclés que l’on ne peut accuser d’être hostiles au régime cubain, précisait que « le dispositif scientifique cubain n’est pas exempt de contradictions. Les hommes en blanc sont souvent envoyés à l’étranger dans le cadre d’un service civique de trois ans, au cours duquel ils sont hébergés dans des camps particulièrement surveillés et ont obligation de ne pas quitter leur région d’affectation, sous peine de sanctions ». Ajoutons à cela que durant tout le temps où un médecin cubain est en mission à l’étranger les membres de sa famille proche ont interdiction de quitter le territoire cubain.

Cette politique d’exportation de médecins et leurs conditions de travail et de rémunération a déjà, par le passé, été assimilée à du travail forcé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Ce même Conseil doit d’ailleurs prochainement se pencher à nouveau sur ce problème, cette fois à partir d’un rapport, également remis à la Cour pénale internationale de La Haye, sur les formes contemporaines d’esclavage et de mauvais traitements des personnes fondé sur 450 témoignages de professionnels du secteur de la santé cubains ayant participé à des missions à l’étranger. Ce rapport, établi par l’ONG Prisoners Defenders, demande au Conseil de l’ONU de se prononcer sur « les mécanismes de plainte existants pour les professionnels cubains qui veulent dénoncer les abus et l’exploitation par le travail, et de quelle façon ces mécanismes peuvent être accessibles à ces professionnels depuis l’étranger ». Le document rapporte lui aussi que « de nombreux professionnels de la santé sont exposés à des conditions de travail et de vie relevant de l’exploitation ». Cette exploitation est illustrée dans le rapport par des témoignages qui évoquent des semaines allant jusqu’à 60 heures de travail, samedi et dimanche inclus. La dictature du prolétariat est parfois dure aux prolétaires…

Si la participation aux missions à l’étranger est présentée par le régime cubain comme relevant du volontariat, le rapport explique que « beaucoup de médecins se sentent soumis à de fortes pressions et craignent des représailles en cas de refus ». Enfin, le rapport évoque également « l’absence de liberté de mouvement et les sévères sanctions imposées aux médecins qui abandonnent les missions ».

Voilà donc autant d’à-côtés de ce fameux « internationalisme authentique », ignorés ou tus par Chomsky et d’autres compagnons de route du même acabit. Comme disait Georges Brassens, « la plupart des intellectuels que j’ai vus étaient vachement fatigués ». Oui, il est vraiment temps que Chomsky se repose.

Floréal MELGAR

(blog)

____________

* Au passage, et sans rire, il accorde aux autorités chinoises le mérite d’avoir sauvé l’Italie. Que la Chine ait envoyé du matériel médical en Italie ou ailleurs, c’est bien le moins qu’elle pouvait faire. Cette image de la Chine pays salvateur ne manquera sans doute pas d’amuser les personnels soignants dans tous les hôpitaux à travers le monde.

____________

Floréal Melgar est un des fondateurs de Radio libertaire et a été adhérent au syndicat des correcteurs CGT. Il avait traduit un communiqué de la CNT sur la situation en Catalogne dans La RP N°807