Halte à la campagne antisémite et complotiste autour des mesures sanitaires

juillet 20, 2021 by

La pandémie du Covid a déjà donné lieu à une déferlante de propagande antisémite et complotiste.

On assiste actuellement à une nouvelle vague de cette propagande. Elle prend la forme de l’assimilation de la vaccination et du pass sanitaire à la Shoah. Des étoiles jaunes sont brandies par des opposants organisés à la vaccination. On condamne un « pass nazitaire » et on le compare à l’inscription sinistre du portail d’Auschwitz. Des dizaines de milliers de personnes défilent dans ce cadre.

Les partisans de l’extrême-droite sont au premier rang de cette campagne. Il s’agit notamment de Florian Philippot, ancien porte-parole de Marine Le Pen, chef auto-proclamé de l’opposition à toute précaution face au Covid.

Mais cette manipulation, qui revient à minimiser et banaliser le génocide des Juifs, frappe bien au delà des rangs de l’extrême-droite.

Le débat légitime sur le contenu des mesures sanitaires et l’appréciation de la politique gouvernementale est détourné au profit de théories complotistes totalement réactionnaires et porteuses de lourds dangers négationnistes et antisémites.

C’est un mouvement mondial, comme l’ont montré les campagnes du même type aux États-Unis et en Allemagne sous l’égide de mouvements complotistes comme Qanon.

Le Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) condamne avec force cette propagande antisémite.

Il appelle toutes les organisations antiracistes, les syndicats et les partis de gauche à faire front ensemble contre ce danger et à refuser de cautionner les manifestations et rassemblements qui se déroulent sous le signe de la confusion et du complotisme.

Paris le 19 juillet

Quand les grévistes ne dirigent pas leur grève (1938)

juillet 8, 2021 by

Article de Charles Ridel (autrement dit Louis Mercier Vega) sur la grève des métallos parisiens dans La RP du 10 mai 1938, quelques mois avant l’échec catastrophique de la grève générale de novembre 1938. Notre attention a été portée sur ce texte par la contribution de Charles Jacquier dans le dernier numéro de la revue Aden: « L’avant-guerre de La révolution prolétarienne ».

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Alger 1957. La Ferme des disparus

juillet 3, 2021 by

Notre ami (et abonné) Jean-Philippe Ould Aoudia vient de publier son nouveau livre Alger 1957. La Ferme des disparus (format de poche aux éditions Tirésias-Michel Reynaud). Nous reproduisons ci-dessous son interview dans El Watan:

Dans cet ouvrage, l’auteur cherche à redonner à travers une investigation minutieuse leur identité aux 3024 disparus, torturés à mort par l’armée française pendant la Bataille d’Alger en 1957. Jean-Philippe Ould Aoudia, dont le père, Salah Ould Aoudia, fut l’un des six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs assassinés par l’OAS le 15 mars 1962, est président de l’association Les Amis de Max Marchand et Mouloud Feraoun.

  • Vous focalisez votre dernier livre (2021) sur l’année 1957. En quoi cette année et les événements, dont Alger et sa région ont été le théâtre, est-elle significative, voire singulière de la guerre de Libération nationale de l’Algérie ?

Les exécutions capitales de résistants algériens à la prison de Barberousse et les attentats commis par des extrémistes de l’Algérie française dans La Casbah ont conduit le FLN à réagir et à porter la guerre de Libération nationale dans la capitale. L’armée française a reçu mission de vaincre le FLN à Alger pour mettre un terme aux attentats. C’était en 1957.

  • A la Bataille d’Alger, terme d’usage commun, vous préférez celui d’«écrasement d’Alger». Pourquoi ce choix et qu’est-ce qui le justifie à votre sens ?

Une bataille suppose un affrontement entre deux armées. En 1957, à Alger, il y eut l’affrontement entre l’armée de la quatrième puissance mondiale de l’époque qui a aligné 20 000 soldats, face à quelques milliers de résistants algériens mal armés et pas entraînés. Les patriotes algériens et la population furent écrasés dans un combat inégal.

  • Qu’est-ce qui caractérise cette guerre subversive que vous évoquez dans votre livre contre la population algérienne de La Casbah et des autres quartiers de la capitale ? Comment l’expliquez-vous ?

L’armée française vient d’être vaincue en Indochine en perdant le 7 mai 1954 la bataille de Dien Bien Phu, qui a vu une armée populaire soutenue par son peuple battre une armée professionnelle. Les militaires français, le 1er Novembre 1954, six mois après leur défaite, sont confrontés à la même situation en Algérie. Ce qui explique que pour les paras, tout Algérien est tenu pour suspect et les quartiers à majorité algérienne qui abritent les résistants vont particulièrement souffrir.

  • Comment se sont construits les liens entre les militaires chargés d’exécuter et de faire disparaître des militants de l’indépendance de l’Algérie et les groupes armés terroristes de «l’Algérie française» qui leur ont prêté main-forte ? Quel était le rôle des uns et des autres ?

Ils avaient un but commun : garder l’Algérie française. Ils avaient des procédés communs : enlèvement – séquestration – torture – disparition des corps. Sauf que l’armée le faisait à grande échelle. Il était logique qu’ils mutualisent leurs moyens. Un proverbe dit : «Qui se ressemblent, s’assemblent».

  • L’OAS fait-elle partie de ces groupes para-militaires ?

L’OAS n’apparaît qu’en 1961-1962. L’écrasement d’Alger est déjà loin. Mais vous avez raison de poser cette question, car on retrouve dans cet épisode de la fin de la guerre de Libération la même complicité entre civils adeptes de la violence extrême et l’armée des centurions. L’assassinat le 15 mars 1962 des six dirigeants des Centres sociaux éducatifs en est l’illustration : le chef du commando de tueurs est l’ex-lieutenant parachutiste déserteur Roger Degueldre, les cinq autres assassins sont des civils, dont l’un, Gabriel Anglade, est un ancien para.

  • Robert Martel avait mis sa ferme, La Cigogne, que vous appelez la «Ferme des disparus» à la disposition de l’équipe de tueurs professionnels dirigée par le commandant Aussaresses. Quel a été son rôle ?

Robert Martel a été impliqué, d’après l’enquête conduite par le commissaire Jacques Delarue venu de Paris, dans le fonctionnement de «La Villa des Sources», un lieu privé de torture d’Algériens enlevés. Il a été de toutes les organisations terroristes françaises qui furent successivement dissoutes.

Il disposait d’une ferme de 300 hectares à Chebli et il a mis quelques bâtiments qui s’y trouvaient à la disposition de la deuxième équipe de paras, placés sous les ordres du commandant Aussaresses, chargée de la disparition des personnes mortes sous la torture dans Alger et ses environs, en particulier à l’Arba.

  • Vous écrivez que «de 1955 à 1962, Chebli et quelques fermes alentour sont emblématiques de ce que la guerre d’Algérie a connu de plus secret et de plus hideux»…

Maître Ali Boumendjel a transité dans une ferme des alentours d’Alger. Après le putsch d’avril 1961, des fermes des environs de Chebli ont servi de refuge aux généraux félons. Un charnier se trouve peut-être à la ferme La Cigogne.

  • Quelles voies juridiques et judiciaires pour la qualification et la poursuite de ces milliers d’exécutions extra-judiciaires et de disparitions forcées au regard de l’évolution du droit international en la matière ?

-Aujourd’hui, aucune action judiciaire n’est possible : pas de cadavres, pas de crimes !

  • L’ouverture des archives et la communication des lieux de sépulture des disparus torturés à mort, vous semble-t-elle aujourd’hui possible, alors que le président Macron s’est prononcé favorablement en ce sens pour que les familles puissent faire le deuil de leurs disparus ?

Il appartient d’abord à l’Algérie de faire le nécessaire pour retrouver les corps des patriotes morts de la pire des façons pour qu’elle devienne un pays libre. Les Algériens connaissent certains emplacements de fosses communes. Je dévoile la ferme La Cigogne, d’ailleurs bien connue des habitants de Chebli de l’époque comme un lieu sinistre.

  • La recherche des disparus algériens revient en priorité à l’Etat algérien. En a-t-il les moyens ?

Il y a par ailleurs un site internet – 1000autres.org – sur lequel les familles de disparus peuvent inscrire les noms de celles et ceux qui ont été arrêtés sans jamais revenir. Plus d’un millier de noms sont déjà répertoriés. Il n’est donc pas besoin des archives françaises pour dresser la liste des 3024 martyrs de la guerre de Libération à Alger, leur élever un monument et les honorer à la hauteur de leur sacrifice suprême.

Propos recueillis par Nadja Bouzeghrane

Iran : grève massive dans l’industrie pétrolière

juin 28, 2021 by

En Iran, l’industrie du pétrole est éclatée à travers de nombreuses entreprises sous-traitantes. L’absence de tout contrat ou les contrats précaires sont la règle. Les ouvriers sont exploités. Depuis le 19 juin, une grève massive a lieu. 70 entreprises sont touchées par le mouvement.

Trois revendications sont mises en avant :

  • La fin du système de sous-traitance et l’embauche de tous les travailleurs et travailleuses avec des contrats au régime dit « officiel ».
  • L’augmentation des salaires à l’équivalent de 400 euros par mois.
  • Une organisation du temps de travail sur la base de 20 jours de travail puis 10 jours de repos. Nombre d’emplois sont dans le sud du pays, où il fait souvent dans les 50 degrés ou sur des plateformes offshores, loin de leur famille.

Le dimanche 27 juin, des ouvriers du site Assaluyeh ont occupés les cantines auxquelles ils ne pouvaient accéder depuis trois jours. Leur réserve d’eau potable est sur le point de s’épuiser. Les conditions d’hébergement sont scandaleuses : 10 ouvriers dans une seule pièce de 20 mètres carrés et à même le sol, 3 toilettes et douches pour 400 personnes… Et dans ces conditions, les ouvriers travaillent de 6 heures à 19 heures, avec seulement une pause d’une heure.

Un des enjeux pour les grévistes est d’empêcher que les patrons ne puissent pas briser la grève en faisant appel à des chômeurs pour faire le travail.

Le 30 juin, les « officiels » vont se joindre au mouvement.

Les organisations membres du Réseau syndical international de solidarité et de lutte soutiennent les grévistes, ainsi que le Conseil organisateur des ouvriers sous-traitants du pétrole constitué pour organiser et coordonner le mouvement.

Nous saluons le communiqué commun des syndicats Vahed, et d’Haft-Tapeh et de trois autres organisations de retraités et d’enseignants.

http://www.laboursolidarity.org

Manifeste des travailleurs iraniens à l’occasion du 1er mai 2021

juin 22, 2021 by

Extrait du dernier numéro de La RP:

Iran – Voici une déclaration conjointe de quinze organisations, dont des syndicats, des organisations indépendantes de travailleurs, des syndicats d’enseignants, des organisations indépendantes de retraité(e)s et des groupes de défense des droits des femmes, à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs de l’an 2021.

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Nous sommes tous Adil

juin 20, 2021 by

Vendredi matin, le camarade Adil Belakhdim, 37 ans, père de deux jeunes enfants, membre de la Coordination nationale SI Cobas, est mort heurté par un camion qui forçait un piquet de grève devant le Lidl de Biandrate, en Italie. Des rassemblements et manifs ont lieu dans plusieurs villes avec des banderoles « Siamo tutti Adil » (Nous sommes tous Adil). Nous reproduisons ci-dessous le communiqué du Réseau syndical international de solidarité et de luttes (dont fait partie SI Cobas):

Secteur de la logistique : le patronat et ses alliés sont responsables du meurtre d’Adil

Le 18 juin, durant la grève de la logistique organisée en Italie par SI Cobas, Adil Belakhdim, coordinateur de la province de Novara et membre de la Coordination nationale SI Cobas, a été tué. Un camion a foncé sur le piquet de grève, devant le LIDL Biandrate (Novara). Parmi la dizaine de travailleurs, deux sont blessés et Adil est mort.

Ce n’est ni un accident ni le fait d’un fou isolé. Le meurtre d’Adil s’inscrit dans une violente et criminelle campagne contre les syndicalistes de lutte, les syndicalistes qui défendent et organisent les travailleurs et travailleuses en toute autonomie, et ceci particulièrement dans le secteur de la logistique. Patronat, crime organisé et police agissent ensemble contre celles et ceux qui veulent mettre un terme à la surexploitation des femmes et des hommes qui travaillent dans ce secteur.

Les camarades de SI Cobas l’expliquent : «  Depuis des semaines, les patrons et leurs complices font passer le message sur les lieux de travail, par tous les moyens et avec toutes sortes de provocations, que les piquets de grève peuvent être brisés, que les travailleurs et les syndicalistes peuvent être librement battus à mort, que les grèves peuvent être écrasées et les luttes réduites au silence par des méthodes mafieuses, le tout avec la complicité ou le consentement silencieux de l’État et de la police. »

Les patrons du secteur mènent une féroce lutte des classes. Outre les outils répressifs de l’État, ils s’appuient aussi pour cela sur le syndicalisme qui accompagne restructurations et licenciements, qui combat les luttes dès lors qu’elles sont placées sous la contrôle des travailleurs et des travailleuses, qui dénonce sans vergogne le syndicalisme de base. Au-delà des larmes de circonstances de responsables gouvernementaux et de bureaucrates syndicaux, le vrai respect envers Adil est de poursuivre, chacun et chacune de notre place, la lutte pour l’émancipation sociale et la défense des intérêts immédiats de la classe ouvrière.

Les organisations membres du Réseau syndical international de solidarité et de luttes saluent la mémoire du camarade Adil Belakhdim, soutiennent les revendications des travailleurs et travailleuses de la logistique, dénoncent les meurtres organisés par le patronat comme celui-ci mais aussi comme toutes les morts au travail dues au système capitaliste.

https://www.laboursolidarity.org

Marc Weitzmann, Un temps pour haïr

juin 12, 2021 by

Après l’article de Miguel Chueca dans Chroniques Noir & Rouge (n° 5, mai 2021), la rédaction de la RP propose à ses lecteurs cette longue recension d’un livre de Marc Weitzmann, Un temps pour haïr (Grasset, 2019) parue sous la plume de Nedjib Sidi Moussa dans la revue Sciences et Actions Sociales (n° 12/2019).

En effet, la place nous manque souvent pour parler de tout ce que nous voudrions, ou aussi longuement que nous les souhaiterions. Et parfois les membres de l’équipe revue comme nos autres collaborateurs expriment dans d’autres publications des analyses et des points de vue qui peuvent contribuer à une meilleure compréhension de notre histoire et de nos sociétés. C’est ce type de textes que nous souhaitons partager avec nos lecteurs.

Dans son dernier essai, Marc Weitzmann explore les ressorts de la haine qui s’est manifestée durant la récente vague d’attentats islamistes en France. Doté d’un riche matériau, le journaliste et romancier réfute certains discours savants sur le phénomène djihadiste, souligne la persistance de l’antisémitisme et met en lumière l’importance de la question algérienne.

https://www.cairn.info/revue-sciences-et-actions-sociales-2019-2-page-200.htm

Boris Souvarine et la contre-révolution en marche

juin 7, 2021 by

Notre numéro 813 reproduit une courte note de Miguel Chueca à propos du livre de Boris Souvarine, La contre-révolution en marche – Ecrits politiques 1930-1934 (Smolny, 2020). Avec l’accord de l’auteur, nous mettons en ligne le substantiel article que notre collaborateur a donné à l’excellente revue Chroniques Noir & Rouge (n° 5, mai 2021) sur ce même livre.

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Cent ans de capitalisme en Algérie (Louzon, 1930)

juin 7, 2021 by

Articles parus dans La RP n°99 et 104 en 1930, regroupés en un fichier pdf:

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Histoires de femmes kurdes

juin 6, 2021 by

Une série de guerres sans fin, la lutte armée contre les régimes dictatoriaux et l’abnégation par l’emprisonnement et l’exécution ont été les principales caractéristiques de l’existence kurde. Pour les femmes de ma génération qui ont été témoins de la dure réalité de la vie sous la dictature et qui ont grandi dans une famille engagée dans la résistance armée contre le régime, la vie était cauchemardesque. La vue de la mort, la dévastation de familles entières et la peur qui planait constamment sur nos communautés étaient la norme.

Ce climat d’effroi donnait l’impression que la vie était une succession interminable d’histoires d’horreur non interprétées, les personnages ne sachant pas pourquoi ils devaient participer à une telle tragédie, une tragédie qui transformait ce qui aurait dû être une vie et des activités normales – aller au travail ou à l’école, s’asseoir pour manger – en une lutte pour la simple survie.

Les Kurdes des quatre parties de leur Kurdistan divisé – l’Iran, l’Irak, la Turquie et la Syrie – survivent et résistent à différentes dictatures venimeuses. Les mouvements pour la libération du Kurdistan existent depuis un siècle et sont toujours actifs. Jusqu’à la récente révolution de la Rojava, les principaux acteurs et « sauveurs » de ces luttes de libération étaient principalement des hommes.

Les femmes, malgré leur rôle vital, sont restées invisibles ou ont été reléguées au second plan, car une attention sans fin était accordée aux hommes.

Dans la partie du Kurdistan dont je suis originaire (Irak), nous avons réussi, grâce à des pressions et des campagnes soutenues, à maintenir un gouvernement semi-autonome. Ce n’est en aucun cas parfait, mais nous pouvons au moins connaître une certaine liberté.

Au Kurdistan, les autobiographies et les histoires d’hommes héroïques qui ont lutté contre l’ancien dictateur remplissent les librairies. Les hommes ont pris toute la place dans les débats médiatiques et racontent toute la lutte d’un point de vue masculin. Je me suis dit Où étaient les femmes ? Pourquoi étaient-elles absentes dans ces histoires ? Même si les hommes mentionnaient leurs femmes, leurs sœurs ou leurs mères, c’était uniquement pour reconnaître leur rôle de « dévouées », de « sacrificielles », de « dévouées » et de « soutien » par rapport aux hommes.

L’existence des femmes dans ces textes n’était pas une représentation du rôle réel qu’elles jouaient dans les luttes, mais ce n’était qu’une existence limitée réduite à être une épouse, une sœur ou une mère de héros combattant qui est un homme. Cela s’est fait avec le soutien des médias et des éditeurs dominés par les hommes. Le discours dominant porte sur la glorification des hommes en politique et l’occupation d’une trop grande place dans l’histoire.

Les femmes du Kurdistan, du moins un grand nombre d’entre elles, hésitent à écrire ou à raconter leurs propres histoires de lutte ; elles ne pensent pas que cela soit d’une importance particulière. Les femmes des générations précédentes étaient également mal équipées en termes de connaissances, d’éducation et de concision féministe, nécessaires pour remettre en question les fondements du patriarcat kurde et de la politique patriarcale. Outre ces facteurs, l’absence d’initiatives et de groupes pouvant offrir aux femmes des espaces et des plates-formes à utiliser comme domaine d’affirmation de soi a également contribué à un manque de représentation.

Après de longues délibérations, en tenant compte des obstacles qui se dresseraient devant moi, j’ai décidé de rassembler les histoires de femmes à travers le Kurdistan, telles que racontées et écrites par elles. C’est alors que j’ai réalisé que la conservation d’un livre composé d’histoires de femmes pouvait être une plateforme, un domaine pour l’autonomisation et l’affirmation de soi. J’ai discuté de l’idée avec mon équipe du Projet Culture. Ils ont accueilli l’idée avec enthousiasme et ont commencé à faire connaître notre « projet d’auto-écriture pour les femmes ». Nous avons rapidement commencé à recevoir des histoires et des appels de femmes qui étaient curieuses d’en savoir plus et de s’impliquer.

Il nous a fallu deux ans pour rassembler, traduire et éditer les histoires de femmes kurdes des quatre régions du Kurdistan et de la diaspora. Le livre contient des histoires écrites par 25 femmes âgées de 20 à 70 ans, couvrant cinq générations d’expériences vécues. Elles ont raconté des histoires d’engagement politique, d’emprisonnement, d’exil, de lutte armée, d’amour, de violence sexuelle, d’art et de littérature. Elles sont issues de tous les milieux, de toutes les classes et de tous les niveaux d’éducation. Pour beaucoup d’entre eux, cela représentait l’opportunité d’une vie – celle de raconter leurs histoires dans le cadre d’un effort collectif. Une femme m’a raconté : « Je suis enfin soulagée de la douleur d’avoir porté mon histoire avec moi pendant plus de 30 ans. Je suis détendue parce qu’elle est maintenant écrite ».

Mon but en rassemblant ces histoires était de transmettre l’authenticité, de permettre à ces femmes de raconter leurs expériences sans filtres, restrictions ou attentes. Je crois sincèrement que les voix et les récits des femmes sont essentiels à la formation d’une nouvelle compréhension et à la production de recherches sur les événements intimes et personnels qui ont façonné leur vie. L’écriture a un potentiel libérateur pour les femmes, leur permettant de retrouver la place qui leur revient dans l’histoire – et le présent.

Il est de notre devoir de rechercher les voix enfouies des femmes puissantes qui ont été effacées de l’histoire. Peu importe la façon dont les femmes ont été privées de leur vie, de leurs réalisations et de la place qui leur revient dans l’histoire, elles s’élèvent néanmoins, comme le dit Maya Angelou dans son poème.

Que l’on parle de mémoires, d’autobiographies ou d’histoire orale, les histoires contenues dans le livre Kurdish Women’s Stories sont de véritables fenêtres sur la vie turbulente et complexe des femmes kurdes, pleine de bouleversements, de pertes, d’amour, de lutte, de survie et d’optimisme. Je suis ravie et honorée d’avoir travaillé avec une équipe dévouée du Culture Project pour fournir aux lecteurs du monde entier ce recueil de récits de 25 femmes kurdes inspirantes.

Houzan Mahmoud

Traduction Kurdistan au féminin. Houzan Mahmoud est une militante socialiste et féministe venant du Kurdistan irakien et vivant désormais en Grande-Bretagne, qui a longtemps aidé l’association Solidarité Irak. Elle a notamment été interviewée dans Alternative libertaire en 2005 et L’Emancipation syndicale et pédagogique en 2012. Nous avions publié d’elle une « Lettre à mes amis et camarades en France » dans La RP n°791 (décembre 2015). Elle a coordoné le livre Kurdish Women’s Stories publié cette année chez Pluto Press.