Vingt-cinq années aux côtés du peuple kurde

janvier 13, 2021 by

Note de lecture paru dans La RP N° 811 (décembre 2020).

André Métayer Vingt-cinq années aux côtés du peuple kurde. Histoire des Amitiés kurdes de Bretagne (1994-2019). Amitiés kurdes de Bretagne*, 2020.

Pourquoi s’intéresser aux Kurdes ? Pour le présent, ce ne sont pas les Kurdes par eux-mêmes qui intéressent, mais leur révolution au Rojava. Ainsi depuis sept ou huit ans, la cause kurde suscite de la curiosité en France. Encore ne faut-il pas exagérer, cet intérêt n’est souvent que compassionnel, quand il ne s’égare pas dans une exaltation qui risque fort d’être refroidie par la réalité.
Il en est dont l’engagement est plus ancien et dont la durée garantit la solidité. En des temps où nul ne connaissait le Rojava, où le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) était suspecté de stalinisme, bien avant son abandon du marxisme-léninisme et du nationalisme dans les années 2000. Des temps, où Abdullah Öcalan, son leader, était encore libre, avant d’être kidnappé par les services secrets américains et turcs en 1999, puis emprisonné à vie dans une île de la Mer de Marmara. C’était en 1994. Un petit groupe venu de Bretagne visite le Kurdistan de Turquie. Parmi eux, André Métayer. Ce qui n’aurait pu être que du tourisme militant va se muer en un engagement sous le coup de l’émotion. Voir de leurs yeux un village détruit par l’armée turque comme le furent quelque 4 000 autres dans ces années de plomb, voir un peuple entier terrorisé dans ses villes et ses campagnes par la violence militaire et policière, bouleversa ces voyageurs qui prirent la résolution de se solidariser avec ces Kurdes qui paraissaient d’éternels vaincus alors qu’ils étaient d’éternels résistants.

De retour en Bretagne, André Métayer et ses camarades fondèrent l’association qui deviendra les Amitiés kurdes de Bretagne (AKB) en 2003. Il en sera le président jusqu’au passage de témoin à Tony Rublon en 2018. C’est l’histoire de cette association qu’il nous raconte dans Vingt-cinq années aux côtés du peuple kurde. Une association plus active que jamais, parce qu’en Turquie la répression d’Erdoğan est féroce et remplit les prisons de Kurdes et de Turcs qui ne se plient pas à sa volonté. Plus active que jamais, parce que la révolution du Nord de la Syrie est en péril, abandonnée par les Russes en janvier 2018, trahie par les Occidentaux en octobre 2019, les uns et les autres, malgré leur repentance, restant prêts à ouvrir la frontière à l’invasion turque, si tel est leur intérêt. Plus active que jamais, parce que la situation n’est guère meilleure au Kurdistan d’Iran où les mollahs n’ont pas ralenti la répression, ni en Irak où le gouvernement régional kurde se débat dans d’éternels problèmes que le clan Barzani, rivé au pouvoir, peine à maîtriser. Aussi, sans faillir, André Métayer et les AKB vont-ils continuer de dénoncer la répression, alerter l’opinion publique, soutenir les Kurdes de là-bas et d’ici.

Par la relation d’événements souvent tragiques, l’évocation d’actes de solidarité, la rédaction de nombreux portraits de personnalités connues ou de militants de l’ombre, c’est l’histoire contemporaine du Kurdistan et de la Turquie qui transparaît dans le livre. Une histoire d’hommes et de femmes indomptables : de militants syndicaux, associatifs ou politiques, de députés ou maires, de fonctionnaires, d’avocats, de journalistes, d’intellectuels et d’artistes, tout simplement de démocrates prêts à perdre leur liberté, parfois leur vie, pour l’honneur de leur pays. André Métayer humanise une Turquie que l’on ne voit plus que par ses chars, ses avions de combat, ses drones, ses navires de guerre, sa soldatesque épaulée de soudards, d’islamistes, de violeurs et d’assassins. Une Turquie dont on n’entend plus que les éructations de son proto-dictateur qui rêve de reconstruire l’Empire colonial ottoman et pour cela n’hésite pas à violer le droit international, occuper ses voisins, mettre en danger la paix au Moyen-Orient et en Méditerranée.

André Métayer ne cesse de nous le faire comprendre, les Kurdes ne sont pas les ennemis des Turcs. Ils sont les ennemis du fascisme et de l’obscurantisme. Ils ne sont pas des séparatistes. Ils veulent que chaque peuple de Turquie, du Moyen-Orient et d’ailleurs puisse s’organiser librement, en bonne entente avec ses voisins, dans une fédération libertaire, ce qu’ils appellent le confédéralisme démocratique.

Pierre Bance

P. Bance est l’auteur d’Un autre futur pour le Kurdistan. Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique, Éditions Noir et Rouge, 400 pages, janvier 2017, et de La Fascinante Démocratie du Rojava. Le Contrat social de la Fédération de la Syrie du Nord, même éditeur, 600 pages, octobre 2020.

AKB, 30, square de Lettonie, 35200 Rennes, T. 06 75 63 71 23 (http://www.akb.bzh/).

Extraits de « Le délire raciste » (Berneri)

décembre 23, 2020 by

Nous avons publié un autre extrait de cette brochure dans le numéro de décembre 2020 de la RP (p. 15-18) auquel nos lecteurs peuvent se référer. Nous continuons ici avec le document suivant au format pdf..

Le texte qui suit est la traduction du tout début de l’essai de Camillo Berneri, El delirio racista, paru en 1935 à Buenos Aires dans une version espagnole. Il fallut attendre 1986 pour que L’Archivio Famiglia Berneri en propose enfin une version en langue italienne. À ce jour, cet essai n’avait jamais été traduit en français. 

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Texte traduit et annoté par Miguel Chueca.

Avant la Sécu. Syndicalisme et Assurances sociales

décembre 20, 2020 by

Note de lecture paru dans La R.P. N°811.

Avant la Sécu. Syndicalisme et Assurances sociales. Éditions syndicalistes – 72 pages – 3 €

La mise en application des Assurances sociales, effective en 1930, a demandé dix années. Cette affaire donna lieu à un débat public très large, où patronat, mutualité, médecins, partis politiques, etc. et syndicats ont pris position. La presse a pris d’ailleurs une part importante à ces polémiques.

La présente brochure des Éditions syndicalistes permet de prendre connaissance d’un sujet très largement méconnu dans le mouvement syndical. On y trouve des extraits de résolutions de congrès ou de rapports confédéraux de la CGT et de la CGTU. Ainsi que des articles de syndicalistes révolutionnaires parus dans La Révolution prolétarienne. Le tout entre 1918 et 1934. Cela permet d’avoir une vue d’ensemble des positions des principaux courants syndicalistes de l’époque.

La CGT a assumé son réformisme et sa politique de la présence. Un travail sérieux et argumenté a été réalisé, par lequel le militant Georges Buisson est devenu la « référence » de cette confédération sur le sujet. De nombreuses brochures techniques ont été publiées, des meetings organisés pour expliquer aux syndiqués les objectifs de la loi, ainsi que ceux que la CGT s’était donnés. Elle a construit un réseau de caisses à gestion ouvrière, « Le Travail », et publié un Bulletin ouvrier des Assurances sociales. La CGT, consciente que le rapport des forces n’était pas favorable, a décidé de prendre ce qui se présentait, quitte à faire en sorte d’améliorer la loi, et d’empêcher les retours en arrière. Mais cette attitude correspondait bien à sa stratégie réformiste, bloquant toute tentative de construire des luttes radicales pour faire passer des paliers à la loi mise en place. Il reste qu’elle a concrètement mis en œuvre une orientation de « gestion ouvrière » avec son réseau syndical de caisses d’assurances sociales, et qu’elle a défendu des principes qui sont entrés dans le patrimoine revendicatif syndical pour la Sécurité sociale.

La CGTU a rejeté la loi, notamment à cause de la cotisation ouvrière. Elle a animé d’ailleurs des grèves dans le textile lors de son entrée en vigueur. Les documents de 1923 à 1925 sont argumentés et constituent l’essentiel de la polémique contre la CGT. Mais très vite, les prises de positions sont de moins en moins syndicales et de plus en plus politiques lorsque l’on se rapproche de la période du « social-fascisme ». Cependant, après 1930, parfois, lorsque les Assurances sociales sont attaquées et que le danger se rapproche, la CGTU, comme le parti communiste, ont pris des positions de défense, en contradiction avec l’orientation tenue jusque-là. On a eu donc une image brouillonne qui s’est ajoutée à un rejet caricatural. La CGTU n’a pas traduit les espoirs qu’avaient laissé entrevoir ses congrès de 1925 et 1927, où a pointé l’orientation du « syndicalisme à bases multiples », impulsé un moment dans l’Internationale syndicale rouge. Sa décision du congrès de 1927 de création d’une Caisse nationale de solidarité ouvrière à statut mutualiste n’a eu aucun lendemain. La CGTU n’a pas fait les efforts de la CGT pour construire et animer un réseau syndical de caisses à gestion ouvrière. De ce fait, ses critiques justifiées de la loi, ses revendications portées en 1923 et 1925 dans deux rapports sur les CCN (conventions collectives nationales), n’ont pas donné lieu à un bagage solide sur la question. Cependant, avant que toute possibilité réelle de débat ne se ferme dans cette confédération, la période de 1923 à 1925 au moins montre l’existence de divergences face à la ligne du rejet en bloc de la loi. On peut le constater en lisant les comptes-rendus des débats dans les CCN. Approfondir la question ne serait pas inintéressant.

Pour les syndicalistes révolutionnaires écrivant dans La RP, la loi a été l’occasion de mettre en pratique la devise de la première Internationale sur l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes. Sans aucune illusion sur les limites de la loi. Mais justement, ils ont espéré que par là, la question de l’unité syndicale pouvait progresser, par un travail à la base entre les équipes militantes des deux confédérations ennemies. Ils ont lancé le mot d’ordre de « caisses primaires uniques », à gestion ouvrière unique il s’entend. Les articles font aussi l’amer constat du peu d’intérêt porté à la question des Assurances sociales chez les syndicalistes. Ils ne rejettent pas la cotisation ouvrière, mais ils pointent avec justesse les dangers de l’étatisation de cette grande machine que vont devenir les Assurances sociales. Pour ce courant syndical, il ne fallait pas s’isoler de la classe ouvrière, ce à quoi tend la position de la CGTU, et laisser donc seul le réformisme de la CGT « travailler » cette classe. Ce courant a eu ici l’occasion de réfléchir sur le mécanisme des Assurances sociales, et de construire des revendications sur la gestion par les ouvriers eux-mêmes, sur la santé publique et la médecine.

Les extraits s’arrêtent à 1934. Car en réalité, ni le courant irrésistible d’unité syndicale, ni la grève générale de 1936, n’ont permis de « changer de braquet » au niveau des Assurances sociales. Il n’y a pas eu de tentative d’aller plus loin, de franchir un pas allant dans le sens de la législation de la Sécurité sociale. Notamment de mettre fin à l’émiettement des caisses.

Les textes reproduits dans la présente brochure commencent en 1918, pour montrer qu’avant même la scission de fin 1921, le syndicalisme a posé les principes de classe sur le sujet. Principes qui sont aujourd’hui encore d’une grande actualité et qui méritent d’être connus. Le texte fondateur à cet égard est le rapport de 1919 sur l’unification des retraites, pour un régime unique et commun à tous les travailleurs salariés. « L’organisation ouvrière de ce pays ne s’est jamais bornée à grouper des travailleurs pour des actions particulières. Toujours elle a cherché à assigner au mouvement des revendications générales et communes à tous, puisque c’est par là que la solidarité prolétarienne s’affirme de la façon la plus concrète et que peut le mieux se réaliser une union de plus en plus étroite de nos groupements. » À méditer après la lutte de l’hiver dernier …

M.T.

Les Utopiques N°15

décembre 10, 2020 by

Le nouveau (et excellent) numéro de la revue publiée par l’union syndicale Solidaires est paru. Au sommaire :

  • ALFORTVILLE, LA VICTOIRE DES TRAVAILLEURS SANS-PAPIERS DE CHRONOPOST / Jean-Louis Marziani, Philippe Barre
  • IL Y A CENT ANS, LE CONGRÈS DE TOURS : UN ESPOIR COMMUNISTE ? / Julien Chuzeville
  • L’ÉCOLOGIE, MOTEUR DE LA TRANSFORMATION SOCIALE / Simon Duteil
  • AVEC LES ÉCOFÉMINISES, SE PROJETER AUTREMENT DANS L’APRÈS-COVID19/ Selma Buzet, Marie Bécue
  • LUBRIZOL, L’INFORMATION AU CŒUR DU PROBLÈME / Jean-Claude Garret
  • LE RENOUVEAU DES MOBILISATIONS CLIMAT ET MOUVEMENTS ÉCOLOGIQUES / Didier Aubé
  • UN PLAN DE TRANSITION SOCIALE ET ÉCOLOGIQUE DE L’AGRICULTURE / Nicolas Girod
  • UN GRAND PROJET INUTILE, LE LYON-TURIN / Julien Troccaz
  • ENJEUX DE LA PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ / Anne Débregeas
  • ENJEUX ÉCOLOGIQUE DANS ÉDUCATION NATIONALE / Sophie Noël
  • LES ZONES GRISES DU NUMÉRIQUE / Nicolas Galépides
  • ÉCOLOGIE ET AUTOGESTION DANS LES ANNÉES 1970. DISCOURS CROISÉS D’ANDRÉ GORZ ET CORNÉLIUS CASTORIADIS / Timothée Duverger
  • LUTTES OUVRIÈRES POUR L’ENVIRONNEMENT DANS L’ESPAGNE FRANQUISTE / Pablo Corral-Broto
  • RECONVERSION INDUSTRIELLE : PAS SANS LES PREMIER·ES CONCERNÉ·ES / Julien Gonthier, Jean-Claude Garet
  • DOSSIER / LE POINT DE VUE DES SALARIÉ·ES DU SECTEUR AÉRIEN / François Hamant
  • DOSSIER / LA LUTTE AVEC LE COEUR / Mylène Colombani
  • DOSSIER / IL Y A 50 ANS : LA CFDT ET L’ÉCOLOGIE / Christian Mahieux
  • SOS ! L’ESPRIT DU CAPITALISME INFILTRE L’ASSOCIATIF / Collectif (ASSO et MANA en lutte)
  • CAPITAL ET IDÉOLOGIE, UN TITRE EN TROMPE-L’OEIL/ Alain Bihr, Michel Husson
  • LA GRATUITÉ POUR PENSER LE SOCIALISME ET L’ABONDANCE / Gérard Vaysse

Pour plus d’infos (anciens numéros, abonnement), voir le site www.lesutopiques.org

Une histoire de la Libre pensée

décembre 9, 2020 by

Note de lecture de Quentin Dauphiné publiée dans La RP N°809 (juin-juillet 2020):

La RP N°811

décembre 1, 2020 by

Le numéro de décembre 2020, préparé et imprimé sous confinement (mais pas encore routé), comporte 36 pages.

Les petits dépôts en librairies, qui n’ont pas tous pu être faits pour le dernier numéro, restent liés aux disponibilités dans le contexte sanitaire des camarades qui les gèrent. L’abonnement reste, comme depuis une vingtaine d’années, à 23 euros/an.

Au sommaire:

Après l’assassinat de Samuel Paty:

  • Éditorial
  • Contre tous les intégrismes, qu’ils soient politiques ou religieux, il faut agir ! (union fédérale Sud industrie)
  • Relever la tête et se faire entendre. La décapitation de Samuel Paty en France et l’expérience algérienne. (Marieme Helie Lucas)
  • Dans la presse et sur internet (Maryam Namazie, Nedjib Sidi Moussa, Amar Bellal, Francisco Pallarés Aran, Azad Baharavi)
  • « La liberté n’est ni occidentale, ni orientale, elle est universelle » (Ante Ilescu & Irène Pivarec)
  • Le cas EMF (Étudiants Musulmans de France) (Nedjib Sidi Moussa)
  • Assassinats, racismes, religions … Quelle ambiance ! (Christian Mahieux)
  • Courrier (Jacques Demorgon)

Un inédit en français : Camillo Berneri face au « délire raciste » (texte traduit et annoté par Miguel Chueca)

Pierre Monatte, Fernand Loriot (Julien Chuzeville)
À l’occasion du centenaire du congrès de Tours de décembre 1920, nous publions les notices biographiques de deux acteurs importants de cet événement. Ces notices étaient jusqu’ici parues uniquement en traduction italienne, dans l’ouvrage collectif L’Internazionale comunista nel centenario della sua nascita (Pantarei, 2019).

Mobilisations et désillusions d’un révolutionnaire de la « Belle époque ». Entretien avec Anne Steiner. (à propos de Révolutionnaire & dandy – Vigo dit Almereyda)

Livres: Simone Weil, Écrits de New York et de Londres (1942-1943) ; Willy Huhn, Paul Mattick, Staline, Trotski – l’héritage de Lénine ; Avant la Sécu. Syndicalisme et Assurances sociales, Éditions syndicalistes ; André Métayer – Vingt-cinq années aux côtés du peuple kurde. Histoire des Amitiés kurdes de Bretagne (1994-2019) ; Jaggernaut N°2 (été 2020).

→ International : 32 États cosignent une déclaration contre le droit à l’avortement

Prolétaires juifs du XIXe siècle (Jean-Kely Paulhan). Sur Leonty Soloweitschik, Un prolétariat méconnu.

→ Deux associations pour la promotion d’une culture prolétarienne (Jean-Kely Paulhan)

→ Morceaux choisis: Ricardo Flores Magón, Dominique Manotti, Renaud Garcia

LETTRE D’AMÉRIQUE: La démocratie américaine ? Toujours là, mais… (David Ball)

Journée internationale de lutte contre les violences sexistes et sexuelles

novembre 22, 2020 by

Communiqué unitaire CGT, FSU, Solidaires, Collectif National pour les Droits des Femmes, Marche Mondiale des Femmes etc.

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Éclipse de la raison

novembre 18, 2020 by

… la lecture de la revue Yggdrasil donne à voir, page après page, une éclipse de la raison. Cette raison que l’on pourrait nommer tournure d’esprit sceptique, esprit d’enquête, ou circonspection intellectuelle. […] Une raison, comme le disait Nietzsche, qui se nourrit d’une « méfiance instinctive pour les aberrations de la pensée » et qui se met dès lors en quête d’élucidation. Qu’on en juge : […] Réflexologie sexuelle issue du Tantra, sacralisation de la pureté de l’enfance, danses rituelles, magie : rien n’est épargné au lecteur. Lorsque la réalité perd tout sens ou contenu objectif, on s’efforce de lui en redonner par la magie.

La revue propose ainsi le résumé d’un stage « écoféministe » en compagnie de l’activiste américaine Starhawk, qui se présente comme une sorcière défendant la spiritualité païenne « wicca », ainsi définie : « On se retrouve, on envoie une opportunité. » Diverses actions rituelles s’ensuivent : le « crépage d’aura », qui libère la parole sacrée, chaque participant se mettant à psalmodier les mots « compassion », « corps », « sensualité », « soin », « sororité », « coopération », « enfants » ; le rituel qui libère le « cerveau ludique » et offre un repos bien mérité au « cerveau critique » ; la reconnexion au tout de la nature, l’ouverture à la spiritualité « écosystémique », à la « déesse Terre » qui s’incarne miraculeusement sous la forme des arbres ; la méditation sur le temps profond qui, pour guérir de l’éco-anxiété, invite chacun à la résorption dans un « grand chaudron amibien ». Enfin, l’acmé : la danse spirale destinée à convoquer de l’énergie, à la sentir et à la partager pour en faire un « cône qu’on envoie – par communion entre humains et avec les non-humains, la Vie et la Nature – vers l’univers ». Cela fera 260 euros pour les trois jours. Par bonheur, puisque nous sommes tous « interconnectés », les amateurs dans l’impossibilité de se rendre physiquement aux stages de Starhawk pourront toujours consulter le site de la sorcière et s’acheter, par paiement sécurisé bien évidemment, un e-rituel. Cela fera 16 euros l’heure et demie.

Renaud Garcia, La Collapsologie ou l’écologie mutilée, L’échappée, 2020.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon

novembre 10, 2020 by

Déclaration de plusieurs éditeurs:

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Voir aussi:

Guérilleros, France 1944. Une contre-enquête

novembre 9, 2020 by

Nos amis des éditions Spartacus publient:

Malgré l’hostilité des autorités lors de leur arrivée en France en 1939, les réfugiés espagnols furent des milliers, sous l’Occupation, à mener des actions de résistance puis à participer aux combats de la Libération.

À partir de 1941, le Parti communiste d’Espagne (PCE), ayant créé une Union nationale espagnole qui se voulait rassembleuse de l’émigration, forma des groupes armés, les agrupaciónes de guerrilleros, avec un objectif double : « Libérer la France pour libérer l’Espagne. »

Dans l’été de 1944, dans les départements libérés le long de la frontière avec l’Espagne, alors que les autres combattants de la Résistance formaient des unités qui allaient se joindre aux armées alliées, les guérilleros entreprirent des actions d’infiltration en Espagne et une opération de plus grande envergure qui eut lieu en octobre 1944 dans le Val d’Aran.

Pour ces opérations, les militants du PCE eurent recours à tous les moyens pour recruter des combattants. Ils cherchèrent également à faire taire les critiques que pouvaient susciter leurs projets d’actions en Espagne. Dans ces quelques semaines de l’automne de 1944 où ils furent largement maîtres du côté français de la frontière, ils éliminèrent des opposants réels ou supposés, des crimes qui passèrent largement inaperçus dans cette période dominée par ceux commis à une toute autre échelle par les occupants nazis, le régime de Vichy et la dictature franquiste.

Henri Melich, réfugié en France avec ses parents depuis février 1939, participa aux combats de la libération de l’Aude dans un maquis FTP qu’il avait rejoint début 1944. Ceux-ci terminés, il s’enrôla dans la 5e Brigade de guérilleros de l’Aude. Au retour d’une mission d’incursion en Espagne, il apprit que le commandement de cette Brigade avait fait exécuter plusieurs de ses amis. Il n’a eu de cesse depuis que de faire la lumière sur ces assassinats et de rétablir la dignité des victimes, que leurs bourreaux et les soutiens de ceux-ci n’hésitèrent pas, pour se disculper, à accuser d’être des « traîtres », des « agents de Franco ».

Un détour de l’Histoire conduisit, dans les années 1950, les auteurs de ces assassinats à avouer ces crimes et à en révéler d’autres. Si l’étendue des éliminations commises par les guérilleros en France et leurs motivations restent à déterminer, l’enquête menée par Henri Melich et Christophe Castellano établit de façon irréfutable l’identité de 13 de leurs victimes et les circonstances de leur assassinat, et replace celui-ci dans l’histoire des relations entre le PCE et les révolutionnaires espagnols.

Avant-propos de Geneviève Dreyfus-Armand.

Série B n°205. Octobre 2020. ISBN 979-10-94106-37-2. Prix : 13 €