N° 805 (juin 2019)

mai 30, 2019 by

Au sommaire du numéro de juin (40 pages) :

– Les migrants, nouvelle aune (éditorial)

– Aides à domicile dans les Vosges : des luttes qui demandent du temps (Michel, secrétaire Union Locale CGT)

– Solidarité et Syndicalisme : (re)-créer une solidarité fondée sur une pratique de classe (Ronan, syndicaliste CGT)

(Le terme « solidarité » est un terme polysémique qui désigne des pratiques d’entraide sur des bases pouvant être radicalement différentes. Parler de Solidarité nécessite donc de définir le type de solidarité concernée…)

– Contre le système, le régime et le pouvoir en Algérie (N. Sidi Moussa)

– Entretien avec Bruno Le Dantec : Luttes urbaines à Marseille

– Manifeste pour un Marseille vivant et populaire

– Le sionisme, l’antisémitisme et la gauche (M. Postone)

(Nous avons maintenant affaire à une forme d’antisémitisme qui semble être progressiste et « anti-impérialiste » mais qui représente un réel danger pour la gauche.)

– 21e siècle : Lanceurs d’alerte, histoire destinale, antagonisme ensembliste (J. Demorgon)

– Entretien avec Vivek Chibber : Comment les Subalternes parlent-ils ?

– Porfolio : La grève des femmes de chambre à Marseille

(Une caisse de soutien est alimentable en ligne à l’adresse : https ://www.lepotcommun.fr/pot/mcvvrkn0)

– Brèves : Iran : Courrier intersyndical | La France enferme des enfants

Solidarité avec la librairie Publico

(Communiqué commun : Au lendemain du 1er Mai, un compagnon anarchiste a été violemment attaqué à coups de couteau au siège du Monde Libertaire)

– Livres : Damien Hélie, Les débuts de l’autogestion industrielle en Algérie (L.S.) | À contretemps, Gustav Landauer, un anarchiste de l’envers (N.S.M.) | Alan Grey, Dans l’atelier du monde – Les luttes de la classe ouvrière britannique 1780-1914 ; Geoffrey Trease, Les compagnons de la Charte (L.S.) | Nedjib Sidi Moussa, Algérie, une autre histoire de l’indépendance (S.J.) | Rosa Parks, Mon Histoire (L.S.) | Emmanuel Guy, Ce que l’art préhistorique dit de nos origines (S.J.)

– Morceaux choisis : Billie Holiday, Lady Sings the Blues | Juan Manuel Roca, Une génération | Jean Grave, La colonisation | Mikaël Faujour in Divertir pour dominer 2

– Lettre d’Amérique : Promesse américaine et identité nationale (D. Ball)

(sur la politique anti-immigration de Trump et sur la propagande qui la propage)

L’abonnement est toujours de 23 €.

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Guide juridique : le droit à l’école pour tous les enfants

mai 18, 2019 by

Guide juridique et militant téléchargeable ci-dessous au format pdf réalisé par les syndicats, la LDH, Solidarité laïque et RESF:

cliquer sur l’image

Solidarité avec la librairie Publico

mai 10, 2019 by

Au lendemain du 1er mai, un compagnon anarchiste a été violemment attaqué à coups de couteau au siège du Monde Libertaire et de Radio Libertaire, dans la librairie Publico (Paris XIème).
Une enquête pour tentative de meurtre est en cours.
Cette librairie est clairement identifiée comme un lieu culturel anarchiste. C’est un endroit où l’on peut trouver des ouvrages, des écrits, de la presse, des musiques, des films différents et engagés. Ce lieu permet aussi des rencontres, des expressions, des projets libres, alternatifs. En somme un espace militant au service des luttes sociales, un porte-voix autant national qu’international de l’expression du mouvement libertaire et au delà.
Ce lieu ouvert enrichit la pensée, l’expression, la diffusion, la communication des valeurs pour l’émancipation, pour la dignité humaine, l’information libre, réelle et partagée.
C’est dans un contexte de violences publiques contre la liberté d’expression, un contexte de lutte et de mise en lumière plus forte des idées libertaires et de résistance à toute forme de soumission et d’obscurantisme, que cet acte odieux s’est produit.
C’est en faisant face ensemble pour affirmer notre présence et nos valeurs que nous les ferons progresser, dans le respect de notre diversité mais dans l’unité face à ceux qui veulent nous faire taire.

«La liberté est toujours la liberté de penser autrement
Rosa Luxemburg

Plus que jamais conscients de cette absolue nécessité, nous manifestons notre soutien et notre solidarité avec la librairie Publico et le compagnon agressé.
Le chemin vers la Liberté ne nous autorise pas à renoncer.
————————–
Alternative Libertaire, L’Association internationale de la Libre Pensée, la CGA (Coordination des Groupes Anarchistes), la CNT, les compas de l’Atelier libertaire de La Havane, Christophe Chiclet (historien, journaliste, membre du Comité de rédaction de Confluences Méditerranée) Les Culottés du Bocal, Didier DAENINCKX (écrivain), Editions Libertaires, les éditions Rue des Cascades, les éditions Libertalia, Eric B. Coulaud (Ephéméride Anarchiste et Cartoliste), Gérard Mordillat (écrivain, cinéaste), Jacques Pater (acteur), Jérôme Prieur (Ecrivain, cinéaste), La Fédération Anarchiste, la Fédération des Comités Syndicalistes Révolutionnaires (CSR), La Fédération Nationale de la Libre Pensée, Femmes libres (Radio libertaire), Le Genepi, Groupe libertaire Jules Durand, La Ligue des Droits de l’Homme, Monica Cerutti Giorgi, Nicolas Eprendre (réalisateur documentariste), Quilombo (la librairie), Philippe GUILLONNEAU, la CNT SSCT RP, Respublica, La Révolution prolétarienne (revue), Théolib, l’Union Départementale CGT de Paris, l’Union Syndicale Solidaires

Contact : administration-publico@sfr.fr

Déclaration commune liberté expression - Paris le 6 mai 2019 -5-1_Page_1

Présentation du dossier Murray Bookchin

avril 16, 2019 by

Extrait de La R.P. N°804.

Petit à petit, l’écho de l’œuvre de Murray Bookchin (1921-2006) qui, à sa mort, était seulement connu de quelques marginaux de l’écologie et de l’anarchisme, revient dans l’actualité. La biographie très documentée que Janet Biehl lui a consacrée va sans doute y contribuer1. Didier Harpages la chronique ici même dans un long article qui présente les principales étapes de la vie et de l’œuvre de Bookchin. Il faut espérer qu’il incite à lire cet ouvrage et, ainsi, à revenir aux écrits de Bookchin lui-même. En effet, tous ceux qui considèrent que les liens entre l’écologie et la question sociale sont essentiels pour trouver une issue progressiste à la crise généralisée en cours auraient le plus grand intérêt à le lire ou à le relire. Il ne s’agira pas, bien sûr, de faire de Bookchin le dernier auteur à la mode que quelques pédants, après l’avoir ignoré, vont porter aux nues avant de l’oublier tout aussi vite. Au contraire de ces cuistreries académiques et/ou mondaines, il faut avant tout insister sur le caractère essentiel des problèmes que Bookchin a posés tout en interrogeant ses éventuelles contradictions, erreurs ou limites et revenir aux questions fondamentales qu’il a été l’un des premiers à comprendre : en particulier, le lien entre crise écologique et question sociale ; puis examiner et débattre des solutions qu’il a proposées pour en sortir.

Pour ce faire, nous lui consacrons aussi une bibliographie qui permettra aux lectrices et aux lecteurs de faire le point sur ses écrits déjà traduits en français, tout en sachant que d’autres, également importants, restent encore à l’être pour le public francophone. Cette bibliographie, terminée début février, indique deux livres non parus à ce jour, mais qui doivent sortir dans les semaines, ou les mois, qui viennent : Pouvoir de détruire, pouvoir de créer (L’échappée) et Changer la vie ou changer le monde (Agone). Ces deux ouvrages devraient susciter d’utiles débats, voire des polémiques. Ainsi quand dans le second ouvrage il s’en prend à « l’anarchisme du mode de vie » : « Je ne peux que suivre Emma Goldman, écrit Bookchin, quand elle déclare ne pas vouloir d’une révolution où elle ne pourrait pas danser. Mais à tout le moins, elle voulait une révolution – une révolution sociale – sans laquelle de telles fins esthétiques et psychologiques ne bénéficieraient qu’à quelques-uns. Or, sauf à me tromper complètement, les objectifs révolutionnaires et sociaux de l’anarchisme aujourd’hui souffrent d’une telle dégradation que le mot “anarchie” fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais délicieusement inoffensive. » Nous reviendrons, bien entendu, sur ces deux titres en temps utiles.

En attendant, nous complétons l’article de Didier Harpages et la bibliographie par deux morceaux choisis : l’un tiré du livre que Vincent Gerber et Floréal Romero lui ont consacré sous l’angle de la décroissance ; l’autre d’une étude fouillée de Pierre Bance sur le projet municipaliste libertaire de Bookchin au miroir kurde2. On est loin d’en avoir fini avec Murray Bookchin : sa lutte véhémente contre les ennemis de la raison et de l’humanité trace la voie à suivre…

Louis SARLIN

Murray Bookchin

1. Janet Biehl, Écologie ou catastrophe – La vie de Murray Bookchin, préface de Pinar Selek, L’Amourier éditions, 2018, 624 p.
2. Vincent Gerber & Floréal Romero, Murray Bookchin pour une écologie sociale et radicale, le passager clandestin, 2014 ; Pierre Bance, Un autre futur pour le Kurdistan ? (Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique), Editions Noir & Rouge, 2017.

Soirée Varlin à la librairie Quilombo le 23 mars

mars 19, 2019 by

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L’Algérie est au bord de l’éclosion

mars 11, 2019 by

Texte de Mohammed HARBI et Nedjib SIDI MOUSSA :

2019-03-11 Lettre ouverte_Page_1

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

N° 804 (mars 2019)

mars 2, 2019 by

Le N°804 de mars 2019 (36 pages) est parti chez l’imprimeur (ne nous contactez pas de suite : il faut attendre la livraison et le routage). L’abonnement est toujours de 23 €.

Au sommaire :

– Les Gilets jaunes (éditorial)

– Un siècle après : retraite, Sécu, il faut unifier !
Une nouvelle bataille sur les retraites s’engage (Michel, secrétaire d’Union Locale CGT)

– Ces gilets bruns qui polluent les gilets jaunes
Extraits du dernier dossier de VISA (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes)

– Venezuela : ni Maduro, ni Guaidó !
Déclaration du Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes

– Le centenaire de la mort de Rosa Luxemburg
Le 15 janvier dernier a marqué le centenaire de l’assassinat de Rosa Luxemburg, en 1919 à Berlin. Sa pensée a encore beaucoup à nous apporter. (J. Chuzeville)

– Réflexions sur le syndicalisme
Le syndicalisme a « une double besogne, quotidienne et d’avenir » (Michel KERLING, syndicaliste FO retraité)

– Deux victoires dans l’hôtellerie
Victoire des grévistes du Park Hyatt Vendôme et des femmes de chambre sous-traitées aux Kyriad et Golden Tulip Marseille Provence Aéroport (Vitrolles) (Communiqués CGT & CNT)

– Assemblée générale 2019 (compte-rendu)

– Dossier Murray Bookchin :

  • Présentation (L. Sarlin)
  • À propos de la vie de Murray Bookchin (D. Harpagès)
  • Principaux écrits en français de, et sur, Murray Bookchin
  • Morceaux choisis : Murray Bookchin pour une écologie sociale et radicale | Un autre futur pour le Kurdistan ?

– Filature et féminisme : 1905 Les femmes en grève de Mélancolie ouvrière (J.-K. Paulhan) |Témoignage : Vizille, 1951 (C. Fillon) | Annie Kenney (J.-K. Paulhan)

– Les débuts de l’autogestion industrielle en Algérie
Introduction à un livre de Damien Hélie (M. Hélie Lucas)

– Livres : Victor Serge & Laurette Séjourné, Écris-moi à Mexico – correspondance inédite 1941-1942 | Michael Gold, Juifs sans argent | Françoise Donnadieu, Histoires de Lily Pastré (La Dame de Montredon) | Vivre ma vie (à propos des mémoires d’Emma Goldman)

Mener le public à la réfléxion politique, Un entretien avec Jérémy Beschon du « Collectif Manifeste Rien

– Féminisme, lutte de classes et antiracisme
Après le 8ème congrès international des recherches féministes dans la francophonie tenu fin août 2018 à l’université de Paris-Ouest (N. Sidi Moussa)

– Lettre d’Amérique : chronique d’une crise
L’Amérique sous Trump vit dans un état de crise permanente (D. Ball)

– Morceaux choisis : « Épître aux Marseillais » | Vive la syndicale ! Le Père et d’autres histoires

– Brèves : La manif anti-IVG | Non aux flashballs et lanceurs de balle de défense (LBD) | Rassemblement à Ménilmontant contre l’antisémitisme et son «instrumentalisation» | 80ème anniversaire de la Retirada | Le Maitron en accès libre.

– Sur internet

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Des enjeux de la formation professionnelle…

mars 1, 2019 by

Article paru dans La R.P. N°803 (décembre 2018)

Cela fait bientôt une année que la loi sur la « formation professionnelle », l’un des chantiers du gouvernement libéral Macron, est passée… et les informations qui ont été transmises par le ministère du Travail et par les syndicats manquent souvent de clarté pour le salarié lambda… Il est donc nécessaire de revenir sur différents aspects de cette réforme.

1/ L’enjeu politique de la formation professionnelle

La formation professionnelle voit s’affronter deux visions diamétralement opposées, celle du patronat contre celle des salariés.
– Le patronat a toujours voulu rémunérer le salarié au poste de travail, que ce soit selon la quantité qu’il produit ou selon le temps qui lui est imparti pour produire.
Les luttes syndicales et politiques, notamment celles du PCF de l’après-guerre, ont permis d’imposer les conventions collectives nationales et d’instaurer des grilles de qualifications, qui servent de socle auxdites conventions.
Jusqu’aux années 90, la formation professionnelle s’est faite dans un cadre collectif relativement favorable au salarié. C’est ainsi que des possibilités de reconversion professionnelle lui étaient proposées à travers le CIF (Congé Individuel de Formation), y compris sur une durée de formation longue (allant jusqu’à un an et 100 % du salaire). Le financement était assuré par les entreprises (la loi du 16 juillet 1971 obligeant les entreprises de plus de 10 salariés à cotiser pour 0,8 % de la masse salariale, le financement augmentant jusqu’à 1,6 % – soit quelque 32 milliards – avant de descendre en 2014 à 1 %), sans que la formation fût forcément en rapport avec l’emploi occupé par le salarié. L’intérêt du salarié primait.
– à partir des années 90, le principe va s’inverser avec l’arrivée du DIF (Droit Individuel à la Formation), qui totalise 20 heures par an sur 6 ans. Cela signifie que, même si le CIF demeure, désormais le temps de formation est grandement réduit. Surtout, le DIF revient à former le salarié une semaine tous les deux ans, et au maximum un mois tous les six ans, soit la période moyenne pour que les entreprises forment leur personnel aux nouvelles technologies. L’intérêt de l’entreprise prime.
Par ailleurs, les mises en cause de malversations tant patronales que des confédérations ouvrières dans la gestion des organismes collecteurs de la cotisation et distributeurs des rétributions pour formations professionnelles (FONGECIF et OPACIF) vont permettre à l’État d’apparaître comme « l’arbitre impartial »… et renforcer le diktat libéral sur la formation professionnelle, ce d’autant plus que les promesses politiques de baisse du chômage s’appuient systématiquement sur l’adaptation de la formation des salariés aux besoins des entreprises.
La dernière loi sur la formation professionnelle marque une avancée sans commune mesure dans la régression des droits sociaux.

2/ Le projet global de l’actuelle loi de la formation professionnelle

L’actuelle loi sur la formation professionnelle s’accompagne d’une remise en cause de l’ensemble du processus de la formation.
– La disparition des CIF est prévue pour la fin 2019, les FONGECIF disparaîtront avec. Les heures du DIF sont encore utilisables jusqu’en 2021, date à laquelle le reliquat horaire sera reconverti en Compte Personnel de Formation. L’objectif du gouvernement est clairement de supprimer tout droit des salariés à la formation. Seul le bon vouloir de l’entreprise primera pour gérer le plan de développement des compétences et financer les formations… dans les limites floues d’une loi qui astreint l’employeur à « assurer le mantien et l’adaptation de l’emploi au poste de travail »…
Le compte personnel de formation, à l’instar du système de la retraite par points, individualise chaque salarié, et monétise le droit à la formation. Ainsi, ce système est présenté par le gouvernement comme laissant la liberté au salarié de se former lorqu’il le souhaite, et lorsque ses crédits formation le lui permettent… Bien entendu, il peut le faire sur son temps libre via des plateformes numériques validant des compétences à durée plus ou moins brève, et sur ses fonds propres. Cette « responsabilisation » reprise en boucle sur tous les tons par le gouvernement prétend favoriser l’équité, notamment à travers la numérisation qui mettrait au même niveau les territoires où vivent les salariés. La notion de compte épargne induit aussi l’idée d’un capital initial égalitaire. Le gouvernement peut donc prétendre qu’un salarié ayant quitté plus tôt l’école aura plus de points pour lui permettre de se former tout au long de sa vie professionnelle. Quel cynisme ! L’ensemble des statistiques démontre au contraire que plus un salarié a un niveau d’études élevé, plus il se forme au cours de sa carrière !
– Pour ce qui est de la formation professionnelle initiale, c’est-à-dire les établissements scolaires, les branches professionnelles ont désormais la main sur la carte des formations. Les Régions ne conservent plus qu’un rôle dans l’orientation, en plus de financer bien entendu l’immobilier. Ce nouveau système de décision entraîne de fréquents heurts entre le Medef et les Régions au sein des CREFOP (Comités Régionaux de l’Emploi, de la Formation et de l’Orientation Professionnelles, une instance paritaire). En effet, même si les Régions sont acquises à l’idéologie libérale qui consiste à adapter les formations aux besoins immédiats des bassins d’emploi, le musellement des Régions face au patronat passe mal, d’autant plus mal que les politiques seront visées par les populations en cas de fermeture de structures professionnelles et d’inégalités territoriales en terme d’emploi.
– L’assèchement de la cotisation chômage, sous prétexte d’augmenter le pouvoir d’achat, fragilise encore davantage les systèmes sociaux d’accompagnement des chômeurs, au profit d’une politique culpabilisatrice et d’un flicage, associant le chômeur à un fainéant qui refuse de « traverser la rue pour trouver du boulot ». Dans cet état d’esprit, les formations proposées n’auront qu’un but utilitariste : former le demandeur d’emploi aux besoins immédiats des entreprises avec une pression accrue sur les droits aux allocations en cas de refus de l’allocataire d’accepter n’importe quel job.
– Les agences régionales AFPA sont fragilisées depuis plusieurs années par le système d’appels d’offres des formations. Ce système entraîne un nivellement vers le bas des formations, les moins chères étant privilégiées par des Régions soucieuses d’économies; et dans certains cas comme les régions PACA ou Auvergne-Rhône-Alpes, Pays-de-Loire, elles se trouvent fragilisées par le volonté politique d’en finir avec un service public de la formation pour adultes. C’est ainsi qu’actuellement 38 sites sur 206 (13 centres et 25 centres associés) sont en passe d’être fermés, avec plusieurs milliers de licenciements annoncés sur le territoire national (1541 postes en CDI supprimés d’ici 2020 et 600 départs en retraites favorisés, avec une promesse de création de 603 postes CDI d’ici 2020 dans des métiers « d’avenir »).
– La refonte complète de la voie professionnelle des lycées professionnels veut instaurer une mixité des parcours et des publics, généralisant l’intégration d’apprentis et de salariés ou/et de privés d’emplois dans les classes au maximum des effectifs possibles. L’objectif est que ces publics divers soient formés à un nombre déterminé de compétences qui aujourd’hui composent les référentiels validant les diplômes. Cette mixité est d’autant plus injonctive que la baisse des financements publics va obliger les établissement publics locaux d’enseignement à démarcher les entreprises pour obtenir de la taxe d’apprentissage nécessaire à leur fonctionnement (acheter de la matière d’œuvre comme par exemple des tubes métalliques pour que les élèves s’entraînent à souder, etc.). Bien entendu, la mixité des publics risque aussi d’entraîner de fait l’annualisation du temps de service des personnels, avec à la clé la casse du statut de fonctionnaire pour les 80 000 profs de LP (lycées professionnels). Cette évolution comprend également une remise à plat des familles de métiers, la diminution encore plus forte des heures consacrées aux disciplines professionnelles comme générales, et l’arrivée de nouveaux programmes induisant une paupérisation de la formation, donc une fragilisation du diplôme CAP et surtout Bac pro, initialement instaurés pour que le jeune puisse travailler une fois son diplôme en poche. Le fléchage des BTS réservés aux seuls titulaires d’un bac pro montre également l’objectif de pousser les jeunes à poursuivre leurs études afin de combler une formation professionnelle déficiente. Sans parler du fait que cela permet au gouvernement de freiner le nombre de jeunes demandeurs d’emploi !
– Les organismes d’apprentissage que sont les Chambres consulaires et les Chambres de Métiers sont très inquiets quant à leur avenir, car l’arrivée de l’Éducation nationale comme concurrent direct va les fragiliser, avec à la clé des fermetures de centres et des licenciements massifs. Le statut des personnels des Chambres de Métiers est d’ailleurs actuellement attaqué avec leur passage d’un système para-public offrant quelques garanties à un système complètement privé. Le  » recasage  » des personnels des Chambres consulaires chargés de la formation  » pro  » dans l’URSAFF est également envisagé, preuve que nous sommes à la veille d’un raz-de-marée dans le secteur de la formation par apprentissage.

En conclusion, il est logique que le gouvernement Macron, dans la continuité des gouvernements successifs des 30 dernières années, s’attaque à la formation professionnelle. Il s’agit bien d’un dessein politique clair : fragiliser la qualification et la certification afin que le patronat puisse revenir sur les droits sociaux, qu’il puisse contrôler les salariés (via le livret de compétences – une compétence pouvant être attribuée sur une période donnée et nécessitant de repasser régulièrement des habilitations délivrées par des organismes dépendant plus ou moins directement du patronat) et ne payer que le poste de travail. L’enjeu est donc considérable ! Encore faut-il que les confédérations ouvrières se saisissent vraiment de ce thème en se donnant réellement les moyens d’alerter l’opinion publique sur les enjeux de classe et les enjeux sociétaux contenus dans la formation professionnelle.

Ronan, enseignant et militant syndical CGT

Les Jeannette

février 26, 2019 by

Note de lecture parue dans La R.P. N°802 (septembre 2018)

Franck Merouze, Les Jeannette, Éditions Cahiers du temps, novembre 2017 (208 p.)

La biscuiterie Jeannette, dernière usine dans Caen même, employant 37 salarié-e-s, fut mise en liquidation judiciaire en décembre 2013. F. Merouze, secrétaire de l’U.L. C.G.T. de Caen, raconte ici leur lutte : l’occupation, d’abord pour empêcher la vente aux enchères, puis la relance de la production avec vente sur le marché et aux portes de l’usine, le soutien massif des habitants, etc. L’objectif est clairement de repousser les échéances en cherchant un repreneur : « nous démontrons aux repreneurs potentiels que l’outil de travail peut fonctionner, que les Jeannette ont acquis un savoir-faire incontestable et qu’elles font preuve d’une motivation incroyable ». L’absence d’intersyndicale et le fort soutien d’une union locale située à quelques mètres de l’usine pourraient suggérer une lutte quasiment « sous tutelle » CGT malgré les A.G. décisionnelles; la narration pourrait même un peu agacer quand Franck Merouze reconnaît que les ouvrières le surnomment « le patron » ou utilise des tournures de phrases qui, dans quelques excès de sincérité ou élans de volontarisme, pourraient parfois le faire passer à tort comme un petit peu crâneur. Mais cette impression est à relativiser par la prise en considération de la taille très petite de l’entreprise ou de la mobilisation humaine et financière du milieu militant caennais, toutes tendances confondues. Dans une agglomération lourdement frappée par la désindustrialisation (fermetures de la SMN en 1993 et de Moulinex en 2001, plan social chez Philips en 2008) et située plus largement dans une Normandie qui perd chaque année 4000 emplois industriels (source INSEE), la lutte des Jeannette était ressentie comme emblématique, presque héroïque, suscitant une très large solidarité. Le spectre du chômage rôde, à Caen comme ailleurs. Françoise, ouvrière, déclare ainsi à une journaliste : «  Tant que je suis ici dans l’occupation, je ne suis pas sans emploi, madame, je continue d’être quelqu’un, je lutte ».

Certains moments sont savoureux, comme quand, pendant une vente aux portes de l’usine, une ouvrière dit : « Franck, il y a les flics devant la porte, c’est sûr, ils viennent nous déloger » alors qu’il s’agissait d’un policier venu faire, lui aussi, ses achats. Toutes les monographies de luttes ouvrières sont utiles, et lorsqu’elles sont comme ici de première main, elles ne sont plus seulement un témoignage mais sont des outils de formation et des supports de réflexion.

S.J.jeannette

Lumière sur mairies brunes

février 2, 2019 by

Note de lecture parue de La R.P. N°801 (juin 2018).

Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (VISA), Lumière sur mairies brunes, tome 2, Syllepse, 2017, 232 p.

Au soir du second tour des élections présidentielles de 2002, le candidat du Front national (FN) obtenait 17,79% des suffrages exprimés, soit 5,5 millions de voix. Quinze ans plus tard, une autre candidate du même parti néo-fasciste, également au second tour, réunissait 33,90% des mêmes suffrages avec 10,7 millions de voix. Alors que, en 2002, l’arrivée d’un candidat d’extrême droite au second tour avait provoqué un séisme politique, une importante mobilisation spontanée et d’énormes manifestations le 1er mai, le même cas de figure quinze ans plus tard ne mobilisa et ne troubla quasiment personne, les journalistes et commentateurs attitrés n’ayant que le mot de « dédiabolisation » à la bouche… Bref, pour les médias, le FN était devenu un parti en voie d’être « respectable », voire quasiment fréquentable, tandis que la société civile était amorphe.

Depuis, évoquant la piètre performance de la candidate du FN durant le débat télévisé de l’entre-deux tours, l’échec (relatif) aux législatives suivantes et les tensions internes du parti d’extrême droite, il est de bon ton parmi ceux qui « font l’opinion » de se gausser du danger représenté par l’extrême droite française. Pourtant, il suffit de regarder les chiffres ci-dessus pour constater que le FN a quasiment doublé son score en quinze ans à l’élection considérée comme majeure de la vie politique en France.

Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (VISA) est « une association intersyndicale composée d’une cinquantaine de structures syndicales » : « FSU et plusieurs de ses syndicats, l’Union Syndicale Solidaires et plusieurs de ses syndicats, des fédérations et des syndicats de la CGT, de la CFDT, de la CNT, de l’UNEF et le syndicat de la Magistrature »[1]. Parmi ses nombreuses activités d’analyses et de formation, l’association propose des brochures et des livres qu’il importe de mieux connaître, le dernier étant consacré à une évocation précise des méfaits de l’extrême droite dans la quinzaine de villes où elle a conquis la direction de municipalités. À juste titre, il n’est pas question des seules mairies FN, mais aussi de celles dirigés par des personnalités d’extrême droite comme à Bollène et Orange dans le Vaucluse, ou encore à Béziers dans l’Hérault). Du 3e trimestre 2015 au 1e semestre 2017, l’ouvrage passe en revue en cinq parties chronologiques les méfaits de l’extrême droite dans les villes qu’elle dirige. Sur le fond, nulle surprise, on y trouve partout les mêmes ingrédients : attaques contre la culture, les syndicats, les politiques sociales ; racisme et discrimination ; autoritarisme (le maire FN des 13e-14e arrondissements de Marseille est surnommé le « dictateur nord-phocéen »), voire mégalomanie. Les informations données sur le maire de Béziers sont particulièrement édifiantes et l’on y vérifie, s’il en est besoin, que la politique-spectacle, la communication et les effets d’annonce (sans suite) ne sont pas l’apanage des partis de gouvernement qui, pourtant, en usent et en abusent. Comme quoi ceux qui se prétendent comme des « anti-système » ne sont en tout et pour tout que de médiocres et dangereux prétendants à la gestion ultra-autoritaire dudit système… Sur la forme, on regrettera le caractère haché des différentes séquences chronologiques qui n’évite pas quelques redites. Plutôt que d’aborder les principales villes en cinq moments consécutifs, il serait préférable pour la clarté et la cohérence de la démonstration de traiter chaque ville sur la longue durée. Cela aurait renforcé l’accablante mise à nu des pratiques autoritaires et réactionnaires de l’extrême droite dans les principaux aspects de la vie quotidienne où interviennent les municipalités. Ajoutons que l’ouvrage est parsemé d’encadrés reproduisant des articles ou des tracts syndicaux contre l’extrême droite et, surtout, de brefs argumentaires de VISA démontant les prises de position du FN sur l’école, la santé, le logement, l’immigration, les 35 heures, la loi travail, les retraites. Loin d’y trouver une quelconque dédiabolisation et des propositions éventuellement favorables au plus grand nombre, on y vérifiera que, derrière les phrases ronflantes, il n’y a que des mensonges dont les salariés son t les premières victimes. À l’heure où l’extrême droite espère élargir sa base sociale et accroître son influence locale à la faveur des élections intermédiaires, il importe de continuer à braquer les projecteurs sur ses méfaits quotidiens dans les villes qu’elle occupe. Ce livre y contribue et appelle une suite…

LS

[1] http://www.visa-isa.org/

une_lumie_re_tome2