N° 743 – extraits (2003)

La Révolution Prolétarienne N°743 décembre 2003

Mouvement ouvrier, islam et laïcité

J’ai été imprudent d’accepter – mais je crois que Jean Moreau m’a un peu forcé la main – de plancher sur un sujet aussi vaste et complexe que mouvement ouvrier et islam avec, pour surcharger la barque, la laïcité, question d’actualité s’il en est et traitée, selon la bonne tradition française, dans la confusion, le bruit et la fureur.

Je vais essayer de m’en sortir en étant simple, bref et en replaçant mon sujet dans la perspective historique

1. Les marxistes et la religion

Dès 1844, Karl Marx écrivait dans  » La critique de la philosophie du droit de Hegel « , que la critique de la religion doit déboucher sur la critique de la société et de la politique, et celle-ci à son tour conduit à la lutte révolutionnaire pour l’émancipation totale de l’homme.

 » Le fondement de la critique irréligieuse est : c’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. Certes, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi qu’a l’homme qui ne s’est pas encore trouvé lui-même, ou bien qui s’est déjà reperdu. Mais l’homme, ce n’est pas un être abstrait blotti quelque part hors du monde. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’Etat, la société. Cet Etat, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu’ils sont eux-mêmes un monde à l’envers. La religion est la théorie générale de ce monde, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa consolation et sa justification universelles (…)

La détresse religieuse est pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple.

L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation, c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole. « 

Dans la II Internationale fondée à Londres en 1864, les courants les plus divers cohabitaient : syndicalistes, anarchistes, marxistes et socialistes utopiques. Il existait des divergences sur la définition du socialisme, l’organisation politique, le syndicalisme ou l’Etat ouvrier. Il existait cependant un consensus sur quelques idées fortes, à savoir que :

– le développement des forces productives allait entraîner, de façon quasi mécanique, un progrès de la condition humaine ;

– le but de l’internationale est de supprimer l’exploitation de l’homme par l’homme et, à la finale, permettre à chacun de satisfaire tous ses besoins, dans une société où l’argent et l’Etat auraient disparu. Plusieurs postulats étaient posés : les prolétaires n’ont pas de patrie, l’internationale sera le genre humain et le bonheur est sur terre.

Pour atteindre ces objectifs, le combat devait être mené contre le capitalisme et son Etat et contre les idéologies de la classe dominante qui visaient à maintenir les peuples dans la soumission. Parmi elles, la plus élaborée et la plus pernicieuse : la religion.

La 1er Internationale qui ne comprenait que quelques sections en Europe, connaîtra après un développement paisible, un grand essor après 1867. Mais après l’écrasement de la Commune de Paris. le Conseil général transfert le siège de Londres à New York puis prononce sa dissolution en 1876. Mais l’un de ses acquis les plus importants est que  » le prolétariat ne peut agir comme classe qu’en se constituant lui-même en parti politique distinct, opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes  » et que pour se réaliser pleinement, l’homme doit se libérer de l’oppression spirituelle que constitue la religion.

1880 marque le début d’une phase nouvelle dans l’histoire du mouvement international. Elle est le fait d’un vigoureux développement des forces productives dans le cadre de nations constituées (Allemagne, Italie), de la formation de syndicats et de partis ouvriers, de bourses de travail, etc. C’est dans ce contexte qu’en 1891. la II, internationale est proclamée.

Pour l’IC. le primat étant la classe sociale la colonisation est considérée comme un processus contradictoire, car si la destruction brutale des sociétés sous-développées est condamnable, l’introduction du mode de production capitaliste dans ces pays va supprimer les bases matérielles et sociales qui reproduisaient l’arriération. Dans le même temps, elle crée les conditions pour la formation d’une classe révolutionnaire qui, en supprimant le capitalisme, émancipera les populations de la religion. Dans leurs écrits sur l’Inde, la Perse, l’Egypte ou l’Algérie1, on trouve très peu de notes sur l’islam, parce qu’il est considéré comme la représentation fantastique des sociétés fondées sur un mode de production archaïque, générant 1e despotisme oriental2.

D’une manière plus large, l’IC. mène, mais sans y consacrer une grande énergie, une lutte contre la religion, en considérant que la question sera réglée avec la suppression du capitalisme.

2. Le gouvernement soviétique et les Musulmans de Russie

La IIIe I.C. a été fondée dans un contexte marqué par la grande guerre, particulièrement destructrice, l’effondrement de la IIème I.C., par le fait du ralliement des dirigeants des partis ouvriers et des syndicats à leur bourgeoisie et enfin, par l’effondrement des empires d’Allemagne. d’Autriche-Hongrie et de Russie. Le fait que la révolution d’octobre se soit produite en Russie et que la IIIème I.C. ait été fondée à Moscou a posé des problèmes nouveaux. La Russie est en effet un pays immense avec des nationalités multiples, de l’Asie au Caucase. Elle sortait de la guerre non seulement épuisée mais aussi confrontée à une guerre civile soutenue par les pays impérialistes. Les bolcheviks ont réagi avec la militarisation de l’économie et de la société la création de l’armée rouge dirigée par Trotski et une politique nouvelle envers les peuples musulmans de Russie.

Depuis la fin du XIXème siècle. le nationalisme musulman se manifesta d’abord dans le pays tatar puis se répandit dans le Caucase et en Asie centrale. La défaite de la Russie contre le Japon en 1905 donna une impulsion à la revendication nationaliste des peuples subjugués de l’empire. Des groupements politiques apparurent en pays tatar, en Azerbaïdjan, en Crimée, dans les steppes kazakhes et en Asie centrale.

En 1918. dans le cadre de la décomposition de la Russie tsariste, plusieurs républiques apparurent, surtout dans le Caucase. et proclamèrent leur indépendance. Mais, à cette date, le Caucase est l’enjeu d’une confrontation entre les Alliés (France. Grande-Bretagne. Grèce, Italie), les Turcs et les soviétiques. Pour consolider le pouvoir soviétique, Lénine crée alors le Commissariat central aux Affaires Musulmanes, chargé de répandre la propagande communiste parmi les masses musulmanes.

Le Commissariat Musulman s’intéressait à tous les aspects de la vie des Musulmans de Russie. Il comprenait les sections Travail, Agriculture. Industrie, Education, Presse, Finances, Justice, Armée, Propagande internationale et cinq sections géographiques : Bachkirie. Caucase, Crimée, Turkestan, Kirghizie (Kazakhstan). En été 1918, on comptait des filiales dans 26 villes principales de la Russie. Ces divers organismes, indépendants des soviets locaux, n’étaient contrôlés que par le Commissariat central musulman. En juin 1918, la première conférence des communistes musulmans décida la fondation du  » Parti russe des communistes (bolcheviks) musulmans « . Elle adopta les statuts du PC russe mais elle restait autonome avec un Comité central et des comités locaux fonctionnant comme des nouveaux partis communistes musulmans en formation3.

Pendant la guerre civile, les régiments musulmans combattirent dans les rangs de l’Armée rouge et c’est dans ce contexte qu’en 1920. des républiques soviétiques furent proclamées en Azerbaïdjan. en Arménie et en Géorgie puis en Asie centrale. C’est en 1922 qu’est proclamée l’Union des républiques socialistes soviétiques et après le 1er Congrès des soviets de Transcaucasie, le 1er Congrès des soviets de toutes les républiques soviétiques réuni à Moscou adopte un texte proclamant  » l’égalité totale des peuples au sein d’une union librement consentie, le droit des républiques à la sécession comme la possibilité d’adhésion des nouvelles républiques socialistes soviétiques « . Avec ce document, l’URSS fut proclamée, le 30 décembre 1922.
Communistes et Musulmans : quelles relations ?

Les Musulmans ont adhéré à l’I.C. pour trois raisons principales :

1. Les thèses de Lénine sur la question nationale.

2. Les mesures prises par le gouvernement soviétique : l’abrogation de toutes les mesures répressives du régime tsariste, la nationalisation des banques, des usines et des grands domaines, avec des soviets comme centres de pouvoir.

3. L’alliance entre Mustapha Kemal et la Russie soviétique et la politique menée par Kemal lui-même: l’abrogation du Califat, la suppression des fonctions sociales et culturelles des mollahs, une politique laïque radicale contre l’islam, rendu responsable des malheurs de l’empire ottoman, enfin une série de mesures dans le domaine législatif, judiciaire, et vestimentaire. Cette politique de Kemal a favorisé l’adhésion des Musulmans à la politique des bolcheviks, même si par la suite, le parti communiste sera interdit en Turquie.

D’autres facteurs ont joué : la question nationale, la question sociale, l’égalité entre tous les peuples de Russie, de larges pouvoirs accordés aux soviets, le respect des langues et des traditions culturelles nationales ou régionales. Mais il serait naïf de croire que tous les musulmans soient devenus d’un coup des bolcheviks. Il suffit de se référer au programme du communisme national musulman dont Sultan Galiev. un Tatar de la Volga, nationaliste radical puis membre du PCR(b). Pour lui :

* les nations musulmanes doivent se construire comme des  » nations prolétariennes « . A l’intérieur de ces nations, la libération nationale a la priorité sur la révolution sociale.

* la lutte contre la propagande religieuse est indispensable mais l’Islam représente un grand héritage culturel. II doit être désacralisé mais ses valeurs morales, sociales et politiques doivent être préservées. La force du clergé est d’être solidement implanté dans la société et de la diriger. Le mollah était en effet à la fois le prêtre (chargé d’accomplir les rites religieux), l’instituteur (chaque mollah avait auprès de sa mosquée, une école religieuse, mekteb, ou medresseh ), l’administrateur (chargé de régler les successions, d’enregistrer les actes d’état civil, etc., le juge (connaissant des affaires du mariage, de divorce et de succession) et parfois même le médecin. En outre le clergé musulman était électif, ce qui le plaçait dans une situation meilleure que le clergé russe.

La campagne antireligieuse doit donc être réduite à la lutte contre les éléments les plus conservateurs du clergé et au dévoilement des coutumes désuètes.

* les peuples musulmans constituent une nation unique, divisée en plusieurs Etats qui devront un jour se réunifier en un grand Etat musulman: la république du Touran.

* Les musulmans doivent avoir leur propre parti communiste autonome avec son comité central élu

* l’I.C. doit abandonner l’Europe et diriger le dynamisme de la révolution vers l’Orient4.

Sultan Galiev défendra ces positions dans les congrès du Komintern, au congrès de Bakou des peuples de l’Orient et au sein du PC russe. Lénine pensait que le combat contre la religion devait surtout se mener sur un plan pratique, en supprimant les bases sociales de sa formation. Trotski avait une position plus radicale. L’I.C. devait favoriser la formation des républiques soviétiques et soutenir les nationalités qui n’avaient ni Etat ni existence autonome (exemple : les Bachkirs, les Tatars de la Volga, les Abkhazes et les Ossètes). Mais il estimait que la question nationale n’était qu’un mot d’ordre transitoire dans le combat mondial entre communisme et capitalisme. II fallait organiser sans tarder partout où il était possible les paysans et tous les opprimés dans des partis communistes et de créer une liaison étroite entre le prolétariat communiste européen et du mouvement révolutionnaire des paysans des pays arriérés.
Dans le même temps, on précise que la qualification de musulman s’applique à tous les membres d’une nation qui, avant la révolution, ont appartenu à l’aire de civilisation musulmane. On pouvait donc être communiste et musulman. Mais cette définition restant ambiguë, on remplaça peuples musulmans par peuples de l’Orient.

A la différence de Sultan Galiev, l’I.C. va considérer que la lutte des classes doit s’intensifier dans les républiques soviétiques musulmanes et en même temps que les réformes structurelles sont prises pour développer l’économie, la lutte doit être menée contre la religion.

3. La IIIe I.C. et la lutte contre l’islamisme
Dans la presse, les revues, brochures et livres ainsi que dans la Grande Encyclopédie soviétique, la religion islamique est ainsi présentée : naissance d’une société de classe en Arabie avec comme conséquence l’apparition d’une religion, l’Islam. Elle justifie l’inégalité sociale et économique en temps qu’instrument au service des classes exploitantes. La pensée islamique est ainsi répandue comme un  » opium  » dans le peuple pour lui faire accepter sa condition. L’histoire de l’Islam, des sectes, des écoles de théologie, des tendances  » mystiques  » s’expliquerait par la protestation des masses laborieuses contre le joug féodal et par l’effort des classes possédantes pour juguler ces protestations. Les féodaux triomphent et s’allient avec les impérialistes étrangers`. Le gouvernement soviétique va moderniser l’économie et en même temps engager la lutte contre l’islam sur plusieurs plans :

* le retrait des fonctions traditionnelles des mollahs. Dans le domaine de l’état civil et de la justice (la charia est remplacée par la justice des tribunaux), la zakat, impôt de solidarité pour les pauvres est supprimée ; la fonction sociale est accomplie par les syndicats et les soviets ; la polygamie, la répudiation, la dot et les affaires de succession sont supprimées ; les écoles coraniques ne délivrent aucun diplôme et l’émancipation de la femme s’effectue dans tous les domaines.

* l’organisation de la propagande antireligieuse dans les écoles, les organisations de jeunes, à l’armée, etc. Il est montré que l’islam était soluble dans le communisme puisqu’à la finale ils étaient d’accord pour la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme, l’égalité de tous les peuples, la suppression de l’Etat et de l’argent, la justice sociale et les lendemains qui chantent. On ajoutait que le paradis est sur terre et que la soumission totale à Dieu est une atteinte à la liberté et à la dignité de l’homme.

Dans un premier temps, la lutte contre l’islamisme sera menée de façon relativement souple et modérée, en supprimant les fonctions sociales et juridiques des mollahs, eux-mêmes fonctionnarisés et confinés à des tâches strictement religieuses. Puis à partir de 1928, Staline mènera la lutte contre le Galievisme et tous les comités locaux musulmans seront absorbés par les partis communistes. En devenant bureaucratique, totalitaire et répressif, le stalinisme va créer les conditions pour un développement dans la clandestinité du soufisme et des confréries.

Une partie des acquis de la révolution d’Octobre ne disparaîtront pas. comme le système des coopératives, la laïcité de l’école et de l’Etat, l’émancipation de la femme etc. La preuve en sera fournie, quand les Musulmans seront des combattants valeureux de l’Armée rouge dans la lutte contre la Wehrmacht. devant Moscou ou à Stalingrad. Mais les dégâts commis par Staline laisseront des traces profondes.

Quid de la laïcité en France ?

La question des rapports entre la religion, et en particulier l’islam et l’Etat a bien changé. Le  » courant djihadiste « , le noyau dur de l’islamisme radical s’est structuré au milieu des années 80. Il s’agissait à l’époque d’un mouvement afghan, engagé dans la guerre sainte contre les soviétiques. En 1988, pour mieux structurer cette entreprise de recrutement de moudjahidins. est créée al-Qaïda al-Subbah (la base solide). Désormais le mouvement va se transformer en un front terroriste mondial et la doctrine évoluer. L’objectif d’al-Qaïda et de la multitude des réseaux qui s’y rattachent s’est élargi, de la lutte contre les Juifs et les Croisés à un rejet de la civilisation occidentale qui dénonce, non pas tant ce qu’elle fait mais ce qu’elle est, les valeurs qu’elle professe et qu’elle met en pratique’. Le champ du djihad concerne les Etats-Unis et Israël, mais aussi l’Europe. le Japon, l’Australie, les pays musulmans liés à l’Occident (Maroc, Algérie, Tunisie, Turquie) et de façon plus large tous les pays où vivent des infidèles : les Chrétiens aux Philippines, les Indous, les Chinois en Malaisie et en Indonésie.

Dans ce contexte, réduire la question de la laïcité au problème du voile ou aux modalités de l’application de la loi de 1905, relève de l’angélisme. Il faut, certes, appliquer la tolérance zéro sur toutes les atteintes à la laïcité, résultat d’un long et violent combat contre le clergé (la déchristianisation pendant la Révolution française ne fut pas qu’un débat d’idées) mais on ne peut en rester là et s’illusionner sur une réforme de l’islam qui serait en cours.

Pour Mohammed Ibn-Guadi, islamologue à l’université de Strasbourg :  » Il ne peut y avoir de réforme en Islam tout simplement parce que la venue de l’islam est une réforme en elle-même. Que l’on soit choqué ou non, le fait que des musulmans puissent déclarer que le Coran passe avant les lois de la République est parfaitement juste en islam’.  » Lorsqu’on sait que l’islam a revêtu, dès les origines, une dimension politique et même militaire, les discours tenus par des islamologues  » modérés  » comme Tariq Ramadan, ne constituent qu’un modus vivendi, un moratoire, pour se préparer au combat final.

Le silence assourdissant des syndicats et des partis de gauche sur cette question est inquiétant, car si le mouvement ouvrier ne se recompose pas en renouant avec les traditions révolutionnaires radicales de la lutte contre le capitalisme et l’obscurantisme religieux, alors le pire est à venir.

Jacques SIMON

1. Marxisme et Algérie. Textes de Marx/Engels présentés et traduits par Gallissot/Badia, UGE, 10/18. 1976.
2. Wittfogel (Karl). Le despotisme oriental. Ed.de Minuit, 1977 ; Sur les sociétés précapitalistes : textes choisis de Marx-Engels-Lénine, CERM. Ed.Sociales, 1978.

3. Bennigsen (Alexandre)- Lemercier-Quelquejay (Chantal). Les Musulmans oubliés. L’Islam en Union soviétique ; Afanasyan (Serge). L’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. De l’indépendance à l’instauration du pouvoir soviétique, 1917-1923, L’Harmattan, 1481.

4. Bennigsen (Alexandre) -Lemercier-Quelquejay (Chantal). Sultan Galiev. Le père de la révolution tiers-mondiste, Fayard, 1986.
5. L.LKilimovitch. L’Islam. son origine et son essence sociale, Moscou. 1956.(opposition fondamentale de l’Islam, de la science et du progrès, caractère antiscientifique du Coran, caractère inhumain des lois sociales, etc.) Compte rendu de cet ouvrage par Madame Carrère d’Encausse dans le n°36 de l’Afrique et l’Asie (1956, 4° trimestre, pp.73-75).

6. Lewis (Bernard). L’islam en crise, Gallimard, 2003, pp.48-52.

7. Mohammed Ibn-Guadi. L’islam a toujours été politique ! Le Figaro, 17 juin 2003. Pour Abdelaziz Rantissi, l’un des dirigeants du Hamas à Gaza :  » Afin de sauver la civilisation occidentale, il faut à tout prix sortircident de l’obscurantisme de la démocratie et l’emmener vers les lumières de l’islam.  » (Le courrier international, n°681, du 20 au 26/11/03)

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OÙ VA LA FSU ?

Jean-François Chalot et Stéphane Julien


Publié en janvier 2004 dans « La Révolution prolétarienne » n°743 et « L’Emancipation » n°4


La FSU qui va tenir son congrès national début février est sans conteste la première fédération des personnels de l’Education de la recherche et de la culture.Cette représentativité confirmée lors des dernières élections professionnelles ne peut pas masquer une désyndicalisation rampante et parfois même grimpante !Depuis son congrès tenu en 2001 à La Rochelle, la Fédération Unitaire a connu des mutations pas toujours encourageantes :- Elle a perdu en route une de ses composantes, la tendance Autrement et le SNETAA, premier syndicat du technique ;- La désyndicalisation qui touche certains de ses syndicats comme le  » puissant  » SNES atteste de difficultés….Pour certains commentateurs avisés, la force de conviction exprimée par certains responsables syndicaux en faveur d’une large ouverture du champ de syndicalisation de la FSU serait d’autant plus forte qu’il y aurait là matière à compenser certains départs devenus trop massifs !La transformation de la FSU est l’un des enjeux, voire l’un des dangers du prochain congrès fédéral …. Comment ouvrir le champ de syndicalisation et répondre par là même aux demandes issues de syndicats venant notamment de la CFDT, sans remettre en cause l’équilibre entre les deux piliers que sont le syndicat des écoles ( le SNUIPP) et celui du second degré (le SNES) ? Deux syndicats majoritaires, quasiment « de masse » (au moins au regard du taux de syndicalisation du privé), des enseignants qui n’ont pas par ailleurs la même histoire: un SNES vieux syndicat corpo, un SNUipp né de la scission de la FEN et, pour une large part, de la colère d’une profession divisée en deux statuts par la bureaucratie syndicale sortante.

La quadrature du cercle !? d’autant plus que l’unité fédérale reste liée au caractère éducation nationale de la fédération: c’était la logique du choix de l’autonomie en 1947-48: continuer, avec droit de tendances, à regrouper tous les collègues de la branche. La position de la FSU participe de cet héritage jusqu’ici revendiqué. D’ailleurs de nombreuses voix s’élèvent contre le risque de voir la FSU concurrencer la CGT et FO…Des camarades U&A( tendance détenant la majorité absolue à la FSU)annoncent déjà en aparté qu’ils quitteront une FSU confédéralisée. C’est d’autant plus préoccupant qu’on sait bien que c’est à l’intérieur même du courant hégémonique que les choix sont tranchés. Est-ce le meilleur – nous voulons dire les plus combatifs – d’Unité & Action qui restera ?

Ce débat qui concerne l’avenir de la FSU doit être mené sans tabou certes mais surtout en toute transparence dans tous les syndicats de la FSU avec les syndiqués…le réduire à un marchandage serait un danger mortel pour l’unité de la fédération.

De plus en plus de militantes et de militants s’inquiètent des évolutions en cours dans la FSU :

l’affaiblissement du débat d’idées ;

le refus de promouvoir un syndicalisme réellement unitaire ;

la révision de principes constitutifs au nom du modernisme ;

La démocratie interne en panne Un syndiqué sur quatre s’est exprimé lors des élections internes préparatoires au congrès fédéral… C’est peu, très peu au regard des enjeux. Mais ces enjeux ont-ils été posés en toute clarté ?

Dans de nombreux départements des listes communes dites unitaires regroupant des responsables des deux courants co-gérant la fédération se sont présentées aux suffrages…On pouvait ironiser sur les affrontements de tendances d’autrefois mais au moins il y avait un réel débat à tous les niveaux et les synthèses ne s’effectuaient pas dans les couloirs.

De nombreuses organisations syndicales ne réunissent plus leurs sections de bases et la FSU est perçue plus comme un cartel de syndicats nationaux que comme une fédération disposant d’un réel champ d’intervention.

L’unité… mais pas avec n’importe qui… Alors que la FSU noue des relations plus ou moins privilégiées avec le groupe solidaire, regroupant les différents syndicats SUD, la direction de la fédération et ses deux principaux syndicats refusent toujours d’inviter SUD éducation aux différentes réunions unitaires, préférant privilégier les relations avec le SGEN CFDT …

C’est ainsi que bien souvent, le SNETAA, les syndicats affiliés à FO et SUD Educ sont ainsi ignorés… et naturellement ne parlons pas de La CNT …

Ce sectarisme est doublé d’une myopie politique : il n’y a plus d’hégémonie, ni malheureusement d’unité organisationnelle telle qu’elle existait dans la défunte FEN, la réalité syndicale se traduit par l’existence de nombreuses organisations différentes…

Pour défendre l’école laïque menacée, pour lutter contre le démantèlement des services publiques il est plus que nécessaire de rechercher l’unité du personnel sans exclusive..

Une révision des principes La direction de la fédération unitaire a non seulement laissé les équipes enseignantes seules face à l’offensive des intégristes, elle a osé participé à une campagne contre une loi interdisant le port de tout signe religieux dans l’école publique !

Ce n’est plus du renoncement, c’est un passage avec armes et bagages dans le camp d’en face, disent certains syndiqués désemparés ! S’agit-il là d’un abus de langage de la part de militants désespérés ?

La direction de la FSU porte une lourde responsabilité devant l’histoire…

Le Congrès fédéral qui vient est lourd d’enjeux pour l’avenir de la FSU et pour celui du syndicalisme de la recherche, de l’enseignement et de la culture.

Deux voies divergentes se présentent

– la FSU peut ouvrir la perspective de la construction d’une contre offensive unitaire en défense de l’école publique laïque et des services publics

– ou alors s’enfoncer dans une affirmation d’une hégémonie s’appuyant sur une remise en cause de ses bases constitutives…

De nombreux syndicalistes de toutes tendances engagent le combat pour que la FSU choisisse la voie unitaire et redonne aux syndiqués toute leur place comme des acteurs de plein droit et non de simples adhérents qui ne sont que formellement consultés. Contre une logique de recomposition, ces militants dont nous sommes veulent une logique d’unité et de rénovation du syndicalisme voulu comme outil collectif démocratique et efficace, pour un syndicalisme de lutte et de masse à la hauteur des défis posés par le rouleau compresseur libéral.

Jean-François CHALOT et Stéphane JULIEN

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