N° 747 – Culture prolétarienne

Culture prolétarienne

de Marcel Martinet

Editions Agone

1er trimestre 2004 (16 euros)

Réédition augmentée d’un avant-propos de Charles Jacquier

 
Heureuse initiative que d’avoir réédité ce livre qui regroupe des articles d’après la première guerre mondiale, Martinet étant devenu directeur littéraire de L’Humanité tout en restant porteur des espoirs du syndicalisme révolutionnaire, espoirs d’émancipation culturelle par les travailleurs eux-mêmes, l’école d’alors n’apprenant aux pauvres qu’à lire, mais des groupes actifs dans les syndicats pouvant, sans confondre culture et propagande, aider à la construction d’une culture ouvrière de masse qui n’ignore pas la « science de son malheur ».

La réflexion sur l’école et son insuffisance constitutive dans une perspective émancipatrice pour les ouvriers est omniprésente dans ces pages. Si la réponse, sous la forme d’une éducation secondaire syndicale, fera probablement sourire certains, c’est que le syndicalisme d’aujourd’hui a perdu de vue tout rôle éducateur tel que le concevaient ses fondateurs, tel Fernand Pelloutier.

Ces articles, organisés et présentés par Martinet en 1935, alors qu’avec le noyau syndicaliste de La Révolution prolétarienne de Monatte il avait su prendre à temps ses distances vis-à-vis d’un bolchevisme stalinisé, portent témoignage et respirent le souffle des espoirs de la génération militante qui a construit la CGT, toute animée avec ardeur par la devise de la première Internationale: l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Cette clé de lecture et de compréhension, cette clé simple et puissante, a oui vraiment animé les générations militantes pré-staliniennes, dans la tradition de tout le mouvement ouvrier français.

Qu’est-ce- qui a fait que cette culture, non de la masse mais de l' »avant-garde » militante ouvrière, s’est tarie; que le militantisme a perdu cette exaltation d’une contre-culture populaire à construire tous les jours, pas à pas; que le syndicalisme n’est plus l’outil émancipateur tous azimuts d’une classe en lutte ? Vastes questions que ne règlera pas ce petit livre mais dont la lecture éclairera à coup sûr le déploiement historique: Martinet vit encore ses rêves d’avant la première guerre mondiale quand le syndicalisme des années trente n’est déjà plus (et définitivement plus) cela.

Stéphane Julien

 

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :