Biographie de Charbit

CHARBIT Ferdinand [CHARBIT Fraïm, dit Ferdinand]

Né le 8 février 1892 à Tlemcen (Algérie), mort le 4 décembre 1985 à Toulouse (Haute-Garonne) ; typographe ; pacifiste internationaliste, puis communiste ; journaliste à l’Humanité, puis co-fondateur, en janvier 1925, de la revue La Révolution prolétarienne, gérant de La RP pendant plus de cinquante ans.

Ferdinand Charbit était le fils aîné d’un portefaix de Tlemcen, d’origine juive, mort à trente-sept ans quand lui-même n’en avait que huit et le cadet quinze mois. Sa mère faisait des lessives pour élever ses enfants et il fréquenta l’école jusqu’à l’âge de onze ans. Il entra alors dans une imprimerie avec la ferme intention de devenir apprenti typographe. Après avoir fait plusieurs ateliers, il s’en alla à Marseille à l’âge de dix-sept ans, en 1909, y devint garçon de courses, puis typographe, et se syndiqua l’année suivante. Puis il nomadisa entre la Côte-d’Azur, la Suisse et Paris où il se trouvait à la fin de 1912 ; il prit part au grand mouvement revendicatif qui éclata alors dans la typographie parisienne et fut membre du comité de grève des IIIe et IVe arrondissements. Parti en vacances en Algérie en 1913, il y fit une conférence contre la loi des trois ans et fut attaqué par L’Écho d’Oran qui avait vu en lui -à tort – un délégué officiel de la CGT.
À la déclaration de guerre, F. Charbit, qui venait d’être une seconde fois réformé, n’espérant rien – selon ses propres termes – retourna en Algérie et y assura l’édition d’un hebdomadaire dont le patron était mobilisé. Il tenta ensuite de gagner la Suisse ; mais, refoulé à Bellegarde, il s’installa à Lyon et y créa, avec Cuminal* et Calzan*, Le Prolétaire lyonnais, un organe pacifiste où écrivait notamment F. Million sous le pseudonyme de « L’Exilé ». Depuis la fin de 1916, il était le trésorier du Comité lyonnais pour la reprise des relations internationales, puis à compter de 1918, du Comité pour la IIIe Internationale quand il fit en 1919 la connaissance de P. Monatte. Il le suivit à Paris, devint tout naturellement un des animateurs du noyau de La Vie ouvrière et l’un de ses plus proches collaborateurs en 1920-1921. Il adhéra au Parti socialiste « à la veille du congrès de Tours », pour, comme il le dit plus tard, « apporter sa voix à la IIIe Internationale », devenant secrétaire de la commission des conflits de la Fédération communiste de la Seine. À la fin de 1922, il entra à l’Humanité mais en sortit dès 1924 avec la majorité des collaborateurs de la rubrique « Vie sociale » pour créer La Révolution prolétarienne en janvier 1925 dont il devait devenir, pour plus d’un demi-siècle, le gérant. Il avait démissionné de la commission des conflits à la suite de l’affaire Ilbert*.
Dans une lettre réponse à des questions posées par G. Roche, F. Charbit a précisé sa position relativement au trotskysme et tout d’abord à Trotsky « que j’ai toujours défendu, écrit-il. Vous avez relevé mon nom parmi les premiers militants qui constituaient le premier comité de rédaction de la Vérité [publiée en août 1929]. Il faut que je vous explique que déjà en 1928, j’ai collaboré à Lutte de classes de Rosmer (ou de Naville ?) où j’ai surtout publié un article intitulé « La Tunisie sous le joug ». Je trouvais tout naturel de collaborer à un organe dirigé par Rosmer parce que pour moi, il demeurait un bon camarade et j’estimais que le fait de publier un organe plus orienté sur les problèmes internationaux ne m’éloignait pas de La Révolution prolétarienne et que collaborer à son journal ne diminuait en rien mon attachement à la RP. Je n’étais d’ailleurs pas le seul dans ce cas. J’ai accepté de même, en 1924, d’écrire dans la Vérité quand Rosmer me l’a demandé. C’était de sa part une marque de confiance et je sais qu’il y tenait parce qu’il ne se sentait pas en harmonie de pensée avec certains autres collaborateurs. Mais une difficulté a surgi entre nous. Lorsque Rosmer m’a soumis le texte inaugural établi par Trotsky, j’ai déclaré ne pouvoir le signer parce qu’il contenait la condamnation de l’indépendance syndicale et de l’unité syndicale. Je ne comprenais pas en outre la nécessité de se réclamer d’une « gauche communiste » alors que Trotsky, avant d’être exclu du parti était simplement communiste. Et ce n’est pas parce que Staline l’a classé […] à droite qu’il doit se proclamer de gauche. Mais cette remarque de ma part ne mettait pas en cause mon acceptation comme celles qui touchent aux problèmes syndicaux.
« Rosmer a donc soumis à Trotsky mes demandes de retirer de la déclaration les deux paragraphes incriminés par moi. Et, à ma grande surprise, Trotsky me donna satisfaction. Mais naturellement, les deux sujets retirés dans le texte inaugural furent par la suite largement développés par Trotsky dans des articles personnels. Je dus y répondre et exposer dans toute une page de la Vérité pourquoi je reste fermement opposé à faire du syndicat une annexe du parti. Le parti réunit des gens de toutes les classes tandis que le syndicat ne groupe que des salariés et tous les salariés y ont leur place quelles que soient leurs conceptions politiques ou religieuses ».
« Donc si on est d’accord avec la formule qui dit que l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, c’est seulement le syndicat qui est qualifié pour la représenter. »
« Après avoir écrit cet article, j’ai cessé ma collaboration à la Vérité… » (communiqué par G. Roche).
F. Charbit consacra l’essentiel de sa vie militante à La Révolution prolétarienne et à l’activité syndicale. Ancien membre du Comité de la typographie lyonnaise, de Paris-Typo unitaire, puis du conseil syndical de la Chambre typographique unitaire de 1925 à 1936, il participa à tous les congrès de l’UD des syndicats unitaires, puis confédérés de la région parisienne entre 1925 et 1939 et aux congrès confédéraux jusqu’en 1936 comme délégué quasi inamovible de son syndicat. Ses interventions, étaient attendues et remarquée. Au congrès de l’Union des syndicats ouvriers de la Région parisienne, le 6 février 1937, il prononça un réquisitoire habile et documenté contre les procès de Moscou, montrant les invraisemblances qui apparaissaient à la lecture de l’Humanité. Il demanda une commission d’enquête internationale et salua en Trotsky, « le plus grand révolutionnaire vivant » (compte rendu p. 32-34).
Quelque temps après l’unité, il fut élu secrétaire adjoint de son conseil syndical et occupa ces fonctions jusqu’en 1942. À l’arrivée des Allemands, alors qu’il était linotypiste à L’Auto, il passa en zone libre, à Toulouse.
Après la Libération, il poursuivit son action dans la même double direction : il fut, de 1946 à 1954, administrateur de la Caisse primaire de Sécurité sociale de Haute-Garonne et vice-président de la Caisse régionale de Toulouse de retraite des vieux travailleurs salariés. En 1951, il fut admis au Syndicat des correcteurs et, outre sa collaboration toujours soutenue à La Révolution prolétarienne, il écrivit dans plusieurs journaux socialistes quotidiens (La Liberté, L’Espoir, La République) ou hebdomadaire (L’Avenir, de 1945 à 1965) régionaux sans jamais adhérer cependant à la SFIO.
La guerre d’Algérie fut pour Ferdinand Charbit une épreuve. Anticolonialiste, il vécut la contradiction entre cet engagement et son attachement à l’appartenance originelle des juifs en Algérie. Son fils Jacques Charby, militant dans les réseaux d’aide au FLN, agissant dans la clandestinité puis arrêté, fut lourdement condamné en 1960. Demeurant à Toulouse, F. Charbit mourut en décembre 1985.

ŒUVRE : Collaborations : Le Réveil typographique (1912-1914). — Le Prolétaire lyonnais (1918-1919). — La Vie ouvrière (1920-1921). — L’Humanité (1922-1924). — La Révolution prolétarienne (1925…). — La Liberté. — L’Espoir. — La République (1944-1950). — L’Avenir (1945-1965).

SOURCES : Arch. Nat. F7/13090, F7/13586, novembre 1923. — Archives Jean Maitron (interview de F. Charbit). — Y. Blondeau, Le Syndicat des correcteurs…, op. cit. — Le Cri du Peuple, 14 juillet 1931. — Bulletin officiel de l’Union (CGTU de la région parisienne), avril 1927. — Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, 49 J. — Renseignements communiqués par G. Roche. — Collette Chambelland, article nécrologique : « L’un des premiers antistaliniens du PCF », Le Monde, décembre 1985. — Entretien avec Collette Chambelland, mai 1998.

Amar Benamrouche, Yves Lequin, Jean Maitron, Claude Pennetier

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