N° 01 à 24 complets (1925-26)

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N°1 complet au format pdf

  • Carnet d’un Sauvage : Du travail pour tous – La trouille de la bourgeoisie – Douarnenez après Bizerte – Le Comité anglo-russe
  • L’Anniversaire de la mort de Lénine
  • Le Capital américain, patron de l’Europe
  • La Grève des Sardiniers de Douarnenez
  • Vers une seule Internationale syndicale
  • Deuxième lettre aux Membres du Parti Communiste
  • Notes économiques : Y aura-t-il une crise économique au printemps prochain ? – Chronique des Monopoles
  • Faits et documents : Sadoul en liberté provisoire – Exit Gompers – Après les élections allemandes

Extrait: La réponse des 3 exclus (au format pdf)

N°2 (février 1925)N°2 complet au format pdf

  • La légende du trotskysme
  • Documents : Une lettre de Trotsky – La résolution du Comité Central
  • Le Carnet du Sauvage : Oui, Monmousseau, chacun à sa place
  • Le rôle du Parti
  • Impressions de Congrès : A Clichy – A l’Union des Syndicats de la Seine
  • Un coup d’oeil aux Balkans
  • De la « volaille à plumer » au « bonapartisme international »
  • Parmi nos lettres : Syndicats et Parti – Le Congrès de Clichy vu de loin – Le silence est rompu – Rectification qui ne rectifie rien
  • Notes économiques : Un problème capital d’économie communiste – Chronique des Monopoles : Constructeur, exploitant et client – Le « Bon Marché absorbe Dufayel
  • Faits et documents : Les faits du mois – La Conférence d’Amsterdam et l’unité syndicale internationale – Maurin à Monjuich – L’expulsion de M.N. Roy

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N°3 complet au format pdf

  • La lutte pour l’Unité Syndicale
  • Parmi nos lettres : Syndicats et Parti – À la cellule Renault
  • Un coup d’oeil aux Balkans
  • Deux complices : Poincaré-Isvolsky
  • Impressions de Congrès : La dernière journée du Congrès de l’Union des syndicats parisiens – Les Secrétaires Syndicaux doivent être dans la « ligne »
  • La Conquête de l’Europe
  • Lettre d’Angleterre
  • Dans l’Internationale : L’Éxécutif et le Parti français – Une interview de Staline par Herzog – La crise du Parti Tchécoslovaque – Le Parti Communiste belge et le « trotskysme »
  • Notes économiques : Les prétentions des intellectuelles et la loi de conservation de l’énergie – Chroniques des monopoles
  • Faits et documents : Les faits du mois – Un mot d’ordre : vingt francs par jour – Le mouvement des jeunes des P.T.T. – Ebert et Branting…

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N°4 complet au format pdf

  • Judas (Extrait du premier acte)
  • Le Carnet d’un Sauvage
  • Après la grève de Douarnenez
  • Documents sur l’Unité Syndicale
  • La révolution chinoise et Sun Yat Sen
  • La grève des jeunes télégraphistes
  • Notes économiques : La déchéance de l’Angleterre
  • Faits et documents : Les faits du mois – L’Inflation et le cartel des gauches – La Succession d’Ebert – Communistes et élection municipales

- 'La Révolution prolétarienne' N°5 1925N°5 complet au format pdf

  • Inflation, vie chère et lutte des classes
  • Parmi nos lettres
  • Le Comité nationale de la C.G.T.U.
  • Même par le mensonge
  • À travers les livres
  • Les Congrès d’usines de la Métallurgie parisienne
  • Chacun sa besogne
  • Après six mois de Bolchévisation
  • Notes économiques : La Conquête du Rif ou la Rançon du Cartel – Chronique des Monopoles
  • Faits et documents : Les faits du mois – Les Élections municipales – Le 1er Congrès de la Conserve – Un nouveau « tournant » de la Révolution russe ? – La Terreur blanche en Hongrie – Hindenburg, successeur d’Ebert
  • Après six mois de bolchevisation
  • Parmi nos lettres
  • Le 1er mai des transports en commun
  • Documents sur l’unité syndicale
  • L’Allemagne au régime Dawes
  • « Depuis que Lénine est mort »
  • A propos d’un « nommé Allot »
  • Qu’est-ce que l’Indéginat ?
  • Notes économiques : La politique continentale du Comité des Forges – Chronique des Monopoles
  • Faits et documents : Paix au Maroc ! L’unité syndicale – On « informe » la Fédération de la Région parisienne

rp007-1N°7 complet au format pdf

  • Vive la République Rifaine !
  • Parmi nos lettres
  • Quelques réflexions sur le Congrès des métaux parisiens
  • Une visite à l’Exposition des Arts décoratifs
  • Dans l’Internationale Communiste
  • Mayence 1924
  • Notes économiques : Le triomphe international de la Banque – Chronique des monopoles
  • Faits et documents : Les faits du mois – La lettre de Vatin-Pérignon – Le Congrès ouvrier et le front unique – L’Unité syndicale et la Fédération des fonctionnaires – La deuxième bataille dans les Transports en commun

rp8-1N°8 complet au format pdf

  • « Ils n’ont rien appris »
  • Enquête sur l’Unité Syndicale
  • Depuis la mort de Lénine
  • Un geste ridicule
  • Une lettre d’Eastman
  • Le brigandage marocain
  • Le P.C. belge et la R.P.
  • Dans l’Internationale Communiste
  • À travers les livres
  • Notes économiques : Vers le rétablissement d’un franc-or – Chronique des monopoles
  • Faits et documents : Les faits du mois – La Grève de la Banque – Les résolutions du Congrès ouvrier du 5 juillet – L’appel aux soldats – Les conditions de paix d’Abd El Krim – Un article injurieux

- 'La Révolution prolétarienne' N°9 (sept 1925)N°9 complet au format pdf

  • Lendemain de Congrès
  • Du communisme au paysan au permis de chasse
  • Enquête sur l’Unité Syndicale
  • La grève des banques
  • Complices de Tsankoff
  • Ouvrières d’Angora
  • Le Congrès socialiste
  • Dans l’Internationale
  • Ce que signifie le désaveu de Trotsky
  • Le Procès de Dayton
  • Notes économiques : L’or de Sibérie au capital anglais, le manganèse du Caucase au capital américain – Chronique des monopoles
  • Faits et documents : Les faits du mois – Une lettre d’Ab-el-Krim au parlement français – Un pas vers l’unité syndicale – La terreur roumaine en Bessarabie – La C.G.T.U. et la stratégie des grèves

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N°10 complet au format pdf

  • La réponse du « noyau » à deux demande de Trotsky
  • Parmi nos lettres : Une lettre des sapins – Impressions du Congrès des métaux – Gesticuler n’est pas agir
  • La Grève générale et les Trade-Unions
  • Quatre lettres d’Herclet
  • Une ligue syndicaliste
  • Coopératives et plan commun
  • La Bolchévisation a passé là…
  • L’affaire Menjuc
  • Enquête sur l’unité syndicale
  • Notes économiques : Les dettes interalliées, question bourgeoise – Chronique des monopoles
  • Faits et documents : Les faits du mois – Une dure leçon – Comment on sabote le front unique – La circulaire de De Monzie

 rp11N°11 complet au format pdf

  • Le complot tunisien
  • Parmi nos lettres : À propos de « Kouzbas » – Propagande coloniale – Jeunes et vieux
  • Alphonse Merrheim
  • Communisme et morale
  • Réponse à Herclet
  • Enquête sur l’Unité syndicale : Réponse de B. Giauffret
  • Méthodes destructrices
  • Salaires de femmes
  • Réorganisation ou désorganisation ?
  • À travers les livres
  • Notes économiques : Qu’est-ce qu’une crise financière ? – L’or de Sibérie, le manganèse du Caucase et le charbon du Kouznetsk – Chronique des monopoles
  • Faits et documents : Les faits du mois – De Versailles à Locarno – Allocations familiales pour briser les grèves – Les regrets de l’U.D. de Meurthe-et-Moselle – Déclaration de Cook – Révolution et verbalisme

extraits:

Alphonse Merrheim
par Pierre Monatte

(1925)


Paru dans La Révolution prolétarienne n°11 de novembre 1925.


Pendant quinze ans, nous avions été, Merrheim et moi, mieux que deux camarades d’idées, nous avions été comme deux frères. Un jour, au lendemain de la guerre, nous étions devenus des frères ennemis. Dans la violence des discussions, qui ont déchiré le syndicalisme, j’ai souffert plus que personne de son égarement. Jamais je n’ai oublié l’homme qu’il était, ni qu’il s’était donné tout entier au mouvement ; jamais je ne l’ai méprisé. Il a pu être injuste pour nous, pour moi ; j’ai fait effort pour ne pas l’être envers lui. Et je suis bien sûr que ses nouveaux camarades, qui n’ont trouvé que de froides paroles à jeter sur sa tombe, ne l’ont pas compris et aimé comme nous l’avions aimé et compris.Ils ne pouvaient parler que de la dernière période de sa vie, la moins glorieuse ; les autres périodes, celle de son apostolat de militant syndicaliste, celle des années de guerre où il a incarné la résistance ouvrière, nous appartiennent et ce sont elles qui dresseront sa grande figure dans l’histoire du mouvement ouvrier. Le père Bourderon ne pouvait pas l’avoir oublié, et il a eu le courage d’écrire dans le Peuple que l’attitude de Merrheim durant la guerre constituait la plus belle page de sa vie.Les souvenirs de quinze années de vie côte à côte m’enveloppent et me serrent la gorge. J’avais fait sa connaissance presque à son arrivée à Paris, en 1904 ; ensemble nous avions mis debout la Vie Ouvrière d’avant-guerre et jusqu’en 1918 nous avions suivi le même chemin. Je le revois un après-midi de 1904, dans le bureau de Pages Libres où nous fîmes connaissance. Charles Guieysse l’avait invité à déjeuner ; il voulait recueillir les impressions faites par le milieu des militants syndicalistes parisiens de l’époque sur un ouvrier de province, abonné à Pages Libres, et devenu secrétaire de Fédération depuis un mois ou deux. La conversation engagée entre eux se poursuivit avec nous tous, au bureau. Guieysse m’avait d’ailleurs présenté comme le ” syndicaliste ” de l’endroit. C’était immédiatement un premier lien entre nous. Ce qui nous frappa tous, ce fut le sérieux, la timidité de Merrheim en présence de la tâche dont on l’avait chargé ; il ne disait pas, mais on sentait qu’il avait la crainte d’être inférieur à cette tâche et qu’il tendrait sa volonté tranquille d’homme du Nord à se rendre capable de l’accomplir.A la fusion de la Fédération du Cuivre avec celle des Métaux, Bourchet était passé du secrétariat du Cuivre à celui des Métaux. Un jour, brusquement, Bourchet donna sa démission. Il fallait un autre militant du Cuivre pour lui succéder. On avait été chercher Merrheim à Roubaix. Après bien des hésitations, il avait accepté.Quelques semaines après, survenait la fusillade de Cluses. Un secrétaire des Métaux devait partir sur-le-champ. Mais qui partirait ? L’un des militants ayant déjà l’expérience des grèves violentes ? Non, on envoya Merrheim. Voulait-on lui faire commencer son apprentissage ou bien l’écraser tout de suite sous le fardeau ? Le fardeau ne l’écrasa point ; à force de volonté il suppléa à son inexpérience et conduisit le mouvement mieux qu’un vétéran. Ses correspondances sur la grève, à la Voix du Peuple, frappèrent Pouget qui comprit, le premier peut-être, quelles qualités rares il y avait en ce petit homme timide, arrivé en redingote et à qui beaucoup ne ménageaient pas les railleries.Après Cluses, ce furent les grèves d’Hennebont et de la Meurthe-et-Moselle. Les militants actuels de la métallurgie ne feraient pas mal d’aller rechercher dans le Mouvement socialiste de 1905 et de 1906 les monographies de ces grèves, modèles du genre, écrites par Merrheim.Un volume des meilleures études données à droite et à gauche par Merrheim serait singulièrement utile ; ses premières monographies ne seraient pas les moins intéressantes.Nul militant n’a plus appris dans les faits eux-mêmes que Merrheim. C’est en analysant son expérience des .grèves, qu’il a découvert la puissance du comptoir de Longwy et du Comité des Forges et qu’il les a révélés, peut-on dire, aux militants ouvriers. Il en tirait les conséquences pratiques au point de vue de l’organisation ouvrière : nécessité de renforcer la Fédération d’industrie des Métaux, d’y englober les diverses Fédérations de métier ; nécessité aussi de suivre pas à pas les agissements du patronat des Forges.

Personne n’a plus fait que Merrheim pour adapter le syndicalisme à la lutte contre le grand patronat moderne, pour faire dans l’ensemble du mouvement ce qu’il tentait dans la Fédération Métaux, pour reprendre et prolonger l’œuvre de Pelloutier, pour dissiper le verbalisme et réaliser l’organisation syndicale consciente de son rôle révolutionnaire. On lui a reproché sa phobie des ” braillards “. Il l’avait en effet. Il était leur bête noire. Ils étaient la sienne. L’homme pondéré du Nord qu’il était resté, le travailleur acharné qui donnait 18 heures par jour à sa fonction, à ses idées, ne pouvait souffrir ceux qui se contentaient de discourir sur des lieux communs et qui étaient bien incapables de se colleter avec les réalités du régime capitaliste puisqu’ils ne cherchaient même pas à se les représenter.

En suivant pas à pas l’action du Comité des Forges, en s’efforçant de comprendre le monde économique, Merrheim fit une seconde découverte : il vit venir, dès 1910-1911, la guerre mondiale. Aujourd’hui, cela peut sembler banal. Ceux qui se souviennent savent qu’à l’époque personne en France en voyait venir la guerre. Je me rappelle de quels sarcasmes on accueillit son étude de la Vie Ouvrière sur ” l’Approche de la Guerre “. Prophétiser la venue de la guerre, c’était même pour d’aucuns inoculer du pessimisme à la classe ouvrière.

On a dit et même écrit que Merrheim n’avait fait que répéter et recopier Delaisi. Il n’en est rien. Il a autant appris à Delaisi qu’il n’a appris de lui et ce qui est vrai c’est que tous deux, vers le même temps, d’observatoires différents, ont vu avancer la tempête formidable, que les spécialistes des questions diplomatiques, les grands économistes, les hommes d’Etat n’apercevaient pas.

Durant ces dix années, de 1904 à 1914, Merrheim a été un exemple de fonctionnaire, de militant syndical. Il n’a fait qu’un avec sa fonction ; il n’a pensé, travaillé, vécu que pour l’organisation, pour le mouvement. Personne n’a moins gaspillé son temps et ses forces ; personne n’a donné plus au syndicalisme. Grâce à son esprit méthodique et tenace, il trouvait le moyen d’abattre la besogne de plusieurs. Le petit chaudronnier de Roubaix était devenu la plus haute figure du mouvement syndicaliste français.

Il devait lui rendre encore un plus grand service quand la guerre vint bouleverser tout. Il l’avait annoncée, dans l’incrédulité générale. Quand elle fut sur nous, qu’elle dispersa et courba tout, qu’elle ouvrit les écluses de sang, il fut épouvanté comme nous. Les enfants qui osent comparer la guerre du Maroc à la guerre de 1914 ne savent ce qu’ils disent. On voit bien qu’ils ignorent ce qu’est un déferlement de guerre mondiale où des peuples entiers sont jetés les uns contre les autres. Les quelques individualités qui gardent les yeux ouverts sont alors comme affolées de la folie ambiante. Il devait trouver sa voie en septembre, quand le Bureau confédéral partait à Bordeaux dans le train gouvernemental. Une ombre avait passé entre nous à l’occasion du discours de Jouhaux aux obsèques de Jaurès ; il avait cru devoir à l’une des petites réunions du Comité confédéral, accepter le discours de Jouhaux. Mais il devait se ressaisir vite et c’est autour de lui que la poignée de résistants à la guerre se rassembla, d’abord dans notre petit logis de la Vie Ouvrière, dans ce 96, quai Jemmapes où se trouve la R.P., puis au Comité pour la reprise des relations internationales.

A mon retour à Paris, en octobre 1914, je m’étais mis en rapports avec Martov, qui venait de publier dans la Guerre Sociale une réponse à Hervé nous apprenant que tous les partis socialistes russes s’étaient prononcés contre la guerre. Martov, un jour de la fin 1914, nous amena Trotsky. C’est eux qui convoquèrent au quai Jemmapes la réunion des survivants français de l’internationalisme pour la venue de Grimm, qui préparait la première conférence internationale qui se tint seulement en septembre 1915 à Zimmerwald. Zimmerwald où l’honneur de la classe ouvrière et du socialisme français devait être sauvé par deux syndicalistes, Merrheim et Bourderon.

Tandis que Merrheim était porté plus particulièrement vers Martov, Rosmer et moi nous l’étions vers Trotsky. Puis, je fus mobilisé. Je ne revis plus Merrheim qu’à mes permissions de détente. Chaque fois, je le trouvais plus ulcéré par ce qui se passait dans le mouvement syndical. Comme Dumoulin, il était plus implacable que moi contre ceux qui prostituaient le syndicalisme dans l’union sacrée.

Mais la revanche de l’esprit révolutionnaire viendrait ; notre mouvement serait redressé ; les meilleurs se rangeaient autour de Merrheim. Pour la classe ouvrière il était le guide éprouvé. A ce moment il a personnifié, concentré tous les espoirs révolutionnaires de ce pays.

Pourquoi n’est-il pas resté ce qu’il avait su être en ces années terribles ?

Après le Congrès de Paris (1918), durant les derniers mois de guerre, Dumoulin m’écrivait au front : ” II ne faut plus compter sur Merrheim ; quitte l’espoir de le ramener ; il est perdu pour nous “.

Je me refusais à l’admettre. Je pensais que lorsqu’il nous sentirait autour de lui il se ressaisirait. Hélas, quand je fus démobilisé, Merrheim était perdu pour nous en effet. Mais Dumoulin aussi. Mais Million encore allait s’éloigner de nous.

S’ils étaient restés, si nous nous étions retrouvés tous, les résistants de la première heure, avec quelle facilité le syndicalisme français se serait redressé sans se briser.

Comment Merrheim, qui avait traversé les épreuves les plus dures, a-t-il pu faiblir un jour ? Je me suis torturé l’esprit pour trouver une explication.

Le fardeau a-t-il fini par l’écraser ? La lassitude l’a-t-elle pris un jour ? Le manque de foi dans les destinées de la classe ouvrière ?

Pour une part, j’attribue son éloignement à son entourage, à Paul Meunier, à Dulot, à Hoschiller. Par ceux-là la bourgeoisie nous l’a volé sans qu’il s’en rendît compte. A fréquenter des bourgeois intelligents, même quand ils sont honnêtes, un militant ouvrier glisse à regarder les problèmes non plus du point de vue de classe, mais du point de vue opposé de ces bourgeois ; il ne regarde plus avec des yeux d’ouvrier. Merrheim en arriva à ne plus reconnaître son mouvement et à ne pas voir tout ce qui nous lie à la Révolution russe.

Ses collègues des Métaux ont leur part de responsabilité. Lenoir a dit à Roubaix sur la tombe de Merrheim qu’ils l’avaient soutenu, aidé à grandir.

Ils l’ont abaissé, oui.

Le Merrheim qui fut grand, qui nous domina tous, qui restera dans l’histoire de notre mouvement, c’est d’abord celui qui fut un modèle de militant syndicaliste de 1904 à 1918, c’est enfin et surtout celui qui alla à Zimmerwald.

Ses dernières années ne peuvent faire oublier tout ce qu’il fut pendant quinze ans.

[MONATTE Pierre, La Révolution prolétarienne n°11 (novembre 1925)]

Version pdf: monatte_1925merrheim1.pdf

***

Salaires de femmes


Paru dans La Révolution prolétarienne n° 11 (novembre 1925)


Il existe un certain nombre de questions qui permettent d’apprécier avec assez de précision la mentalité des gens: le salaire féminin est de celles-là.Pour le conservateur, pour le réactionnaire, pour le bourgeois rétrograde – et combien de prolétaires ont sur ce point une mentalité rétrograde! – la femme a, moins encore que le travailleur masculin, le droit d’exiger le produit intégral de son travail. Si elle est obligée par la nécessité de ganer sa vie, elle ne doit recevoir qu’un salaire inférieur, un salaire d’appoint, destiné à compléter celui du mari qu’elle est censée avoir.Nos camarades postiers confédérés sont en train depuis quelques temps de donner des preuves répétées de cet esprit rétrograde. Dans le but de faire attribuer des traitements supérieurs à ceux qui leur avaient été primitivement dévolus par la dernière Commission chargée de la révision des salaires des fonctionnaires, ils ont entrepris une véritable campagne contre les traitements des institutrices. » Jadis, disent-ils, l’institutrice gagnait moins que la dame employée des P.T.T., ce qui était juste, parce qu’elle donne moins d’heures de service; aujourd’hui l’institutrice reçoit beaucoup plus que la dame employée! » Et de crier au scandale.

Doucement. Si quelque chose était scandaleux, c’était bien les salaires dérisoires que l’on osait offir à celles à qui l’on confiait 50, 70, 80 et jusqu’à 140 enfants! Si la durée des vacances semble au premier abord, pour le personnel scolaire, un avantage considérable, tous ceux qui ont exercé le métier enseignant pendant quelques années ont acquis la triste conviction que ce prétendu avantage est tout simplement une nécessité, tant est profond l’épuisement causé par les mois de travail scolaire. Il y aurait aussi à rappeler l’excessive lenteur de l’avancement dans l’enseignement, aussi bien que les heures de travail à la maison… On a dit tout cela, on l’a redit, répété encore, nous n’y insisterons pas.

Voyons donc la cause profonde de la différence actuelle des salaires entre institutrices et dames employées.

Depuis 1913, les institutrices ont obtenu l’égalité de traitements avec les instituteurs, égalité qu’elles ont réclamé pendant plus de trente ans et que justifie pleinement l’identité absolue de la préparation et du travail.

Pourquoi les postiers réservent-ils aujourd’hui tous leurs coups aux institutrices? Comme les journalistes les plus bourgeoisants, ils additionnent les traitements des ménages universitaires et protestent parce que l’institutrice apporte au budget familiale une somme égale à celle de son compagnon.

Mais où il y a deux travailleurs, ne doit-il pas y avoir deux salaires? L’institutrice n’éprouve-t-elle pas la même fatigue, n’a-t-elle pas les mêmes responsabilités que l’instituteur? De quel droit son travail devrait-il être déprécié? Pourquoi celle qui fait besogne d’homme ne recevrait-elle pas salaire d’homme?

La femme a été depuis toujours l’exploitée-type. Le travail non salarié ou chichement salarié est son lot historique, et il n’est pas de bon bourgeois qui ne soit partisan de cette exploitation féminine, et dans la famille, et au travail, par les bas salaires. Les postiers ne voient-ils pas qu’en attaquant les traitements des institutrices, ils se rangent aux côtés de la réaction la plus conservatrice?

Ils disent défendre les dames employées des P.T.T. Les dames employées sont infériorisées de façon évidente, non pas parce qu’elles reçoivent moins que les institutrices, mais parce qu’elles ne sont pas payées au taux de leurs collègues masculins.

Les Congrès de la Fédération postale nous apportent écho de leurs revendications. Elles aussi voudraient bien l’égalité de traitement, mais, ainsi qu’il advint jadis aux institutrices dans la même lutte, il ne manque pas de bons collègues, dans les Postes, qui préfèrent de gros avantages pour les deux sexes! Aux premières et timides demandes des dames employées on a fait sourde oreille. Il me souvient d’un jour pas très lointain où un postier m’affirmait: « Jamais l’égalité de traitement ne pourra être établie dans les Postes; le service de la dame employée est loin de valoir celui de son collègue. » Depuis ce temps, les dames employées ont répondu comme il convenait à cet argument – comme d’ailleurs les institutrices avaient eu, avant elles, à répondre à une affirmation identique.

Aujourd’hui un progrès est réalisé. Nous lisons sur le tract répandu par la Fédération postale pour préparer la grève de deux heures: « la dame employée… qui effectue les même opérations que le commis des P.T.T…. » Très bien, très bien. Enregistrons l’aveu et alors concluons: la postière ne doit pas gagner ce que gagne l’institutrice, elle doit recevoir exactement le salaire du postier. Le même travail doit être rétribué au même taux, quel que soit le sexe du travailleur.

S’il en était ainsi les ménages « postiers » n’auraient rien à envier aux ménages « scolaires » et les travailleuses isolées ne connaîtraient pas des salaires hors de proportion avec le coût de la vie.

Il est grand temps que les militants de la Fédération postale fassent pour le personnel féminin des Postes les efforts qu’ont su accomplir les militants de l’Enseignement. Ceux-ci ont su comprendre que la femme, traitée en paria dans une corporation, devient la cause d’un abaissement général du statut corporatif. Que le personnel des Postes le comprenne à son tour et que les dames employées prennent conscience que l’heure est venue pour elles de la lutte pour l’égalité des salaires; les institutrices ont ouvert la voie, à elles de ne pas laisser plus longtemps déprécier leur travail. Tous et toutes dans la Fédération postale y gagneront et par répercussion le prolétariat tout entier en profitera par le nouvel essor que recevra cette revendication si éminemment prolétarienne: à travail égal, salaire égal.

Malheureusement beaucoup de travailleurs en sont encore à se sentir humiliés à la pensée que les travailleuses qui besognent à côté d’eux pourraient être payées autant qu’eux. En ne réagissant pas contre ce préjugé d’essence féodale et bourgeoise c’est à eux-mêmes qu’ils font tort, l’exploitation du prolétariat féminin ne fournissant de bénéfices qu’au patronat: patronat capitaliste ou Etat-patron.

Nos camarades postiers feraient preuve non seulement d’esprit de justice, mais encore de simple habileté s’ils exigeaient pour la question du salaire des dames employées la seule solution logique qu’elle comporte: la réalisation de l’égalité de traitement pour le personnel des deux sexes accomplissant le même travail ou un travail équivalent.

MARTHE BIGOT

N°12 – Décembre 1925

pdf externe

  • Le fascisme est-il là ?
  • Parmi nos lettres : Un mot de Moscou – Démocratie tardive – Requête au S.I.R. – Propagande véritable
  • Enquête sur l’Unité syndicale : Réponse de Jean Braman
  • Le sabotage de l’Unité syndicale : Lettre d’Herclet
  • Réorganisation ou désorganisation ?
  • La crise du communisme français
  • Le procès de Tunis
  • La renaissance du syndicalisme : Un appel de la minorité des Métaux – Reformons les C.S.R. – Battus parce qu’inorganisés – Aux employés unitaires – Une exclusion à Nice
  • À travers les livres : Maria, de Lucien Gachon
  • Notes économiques : Crise financière ne signifie pas toujours crise révolutionnaires (Louzon)
  • Faits et documents : Les faits du mois – Le manifeste des socialistes – Le front unique des cheminots – Les élections au Conseil supérieur des P.T.T. – Les louées agricoles de novembre – Le colonel de Jouhaux

La Révolution prolétarienne (Paris. 1925)N°13 complet au format pdf

    • Mussolini et l’Aventin (C Julien)
    • Les impôts, affaire de bourgeois (Louzon)
    • La renaissance du syndicalisme (syndicats d’industrie ou syndicats de métier)
    • Un discours patriotique de M Cachin
    • Quand sonnera l’heure de l’Unité ?
    • Lettre de l’Internationale
    • Le mouvement des métayers landais de 1919-1920
  • La Révolution Prolétarienne N°14 – Février 1926
    • La liquidation du « Putschisme » (le congrès du parti communiste russe) (A Rosmer)
    • Le carnet du sauvage (Tortelier est mort, une gauche dans la CGT) (P Monatte)
    • Que représente Moscou ? (Impérialisme britannique contre impérialisme américain) (Louzon)
    • Le mouvement des métayers landais (suite)
    • L’union sacrée autour de Cachin
    • Quand sonnera l’heure de l’unité (II) ? (Monatte)
    • Lettres de l’Internationale (comme le parti communiste anglais sabote de travail de l’aile gauche)
    • La renaissance du syndicalisme (de l’action syndicale à la collaboration parlementaire)
    • Notes économiques (les progrès de l’empire yankee) (Louzon)
  • La Révolution Prolétarienne N°15 – Mars 1926
    • La fin d’une époque (l’Angleterre au carrefour)
    • Le carnet du sauvage (le suicide de Delagrange) (Monatte)
    • « Trente ans d’art indépendant » de 1884 à 1914
    • La « Nep » aboutira-t-elle au socialisme ou au capitalisme ?
    • Déchets hyperfascistes en Tunisie
    • L’égalité de traitements
    • Lettres de l’Internationale (lettre d’Angleterre, dans le parti communiste allemand – l’exécution de Maslov)
    • La renaissance du syndicalisme (un manifeste aux syndiqués de la CGTU)
    • La crise du parti communiste (lettre aux camarades algériens
    • Notes économiques (y a-t-il eu un renversement de la situation économique en janvier ?
  • La Révolution Prolétarienne N°16 – Avril 1926
    • Quand sonnera l’heure de l’Unité ? (III)
    • Les grands conflits ouvriers : le réveil de Fécamp
    • A propos des souvenirs de Poincaré : le plaidoyer d’un criminel (Rosmer)
    • Le carnet du sauvage (printemps de bataille ?, le suicide de Delagrange, l’élection du 2ème secteur)
    • Où va la Nep : réponse à Iapolski (Louzon)
    • La renaissance du syndicalisme (les statuts des unions régionale – sur la pente du syndicalisme de secte)
    • Notes économiques (la base économique du fascisme) (Louzon)
  • La Révolution Prolétarienne N°17 – Mai 1926
    • Une édition des procès-verbaux de la Commune : quelques leçons de la Commune (Talès)
    • Le carnet du sauvage (l’affaire Ménard, Jouhaux ministre, la solidarité des mineurs)
    • Un nouvel impôt sur le revenu des prolétaires (Louzon)
    • Autour de l’école primaire
    • Une expérience de front union syndical : la ligue du bâtiment parisien
    • Au pays des fleurs
    • La renaissance du syndicalisme (une exclusion dans la CGTU)
    • Notes économiques (le boutiquier français et le paysan russe, la baisse du tchervonetz(?)) (Louzon)
  • La Révolution Prolétarienne N°18 – Juin 1926 au format pdf:rp18
    • L’éléphant trade-unioniste a bougé : la grève générale anglaise est-elle un échec ? (RW Postgate)Carnet de grève
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    • « Notre cher Péguy »
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    • La renaissance du syndicalisme
    • Notes économiques
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    • L’affaire Sacco-Vanzetti
    • Une cause profonde de nos divergences : le bourrage de crânes a-t-il une valeur révolutionnaire ?
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    • A propos des surréalistes et des bolchévisateurs : contre le courant ! (M Martinet)
    • Lettres de l’Internationale (lettre d’Angleterre, esquisse historique du parti communiste anglais, lettre d’Allemagne)
    • La renaissance du syndicalisme (qu’est-ce que veut la ligue syndicaliste
    • Notes économiques (les effets de la grève anglaise)
  • La Révolution Prolétarienne N°20 – Août 1926 au format pdf (extrait plus bas): rp20
    • Qu’annoncent les 11 milliards d’impôts de Poincaré ? : avec la stabilisation, la crise approche
    • Où va la révolution russe ?
    • Dans l’Internationale (lettre d’Angleterre, choses d’Allemagne, lettre de Grèce, lettre des Etats-Unis)
    • La renaissance du syndicalisme (le congrès de la fédération des cheminots)
  • La Révolution Prolétarienne N°21 – Septembre 1926 au format pdf: rp21
    • La colonisation des syndicats : le scandale de la « direction unique » (Monatte)
    • Un moyen d’abattre l’impérialisme français ? La situation de l’Alsace-Lorraine et son mouvement autonomiste
    • L’affaire Lazarévitch
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    • Proudhon et Marx (Edouard Berth)
    • La renaissance du syndicalisme (le congrès de la fédération de l’enseignement
  • La Révolution Prolétarienne N°22 – Octobre 1926
    • Où va la révolution russe ? A la veille de l’orage
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    • La renaissance du syndicalisme (action directe ou action parlementaire ?)
    • Lazarévitch est sorti de prison
    • Notes économiques (le cartel de l’acier)
  • La Révolution Prolétarienne N°23 – Novembre 1926
    • Où va la révolution russe ? La « défaite » de l’opposition (Souvarine)
    • Le carnet du sauvage (l’impôt de grève pour les mineurs anglais, la crise russe, après le lock-out de Dunkerque, une gauche dans le CGT, deux morts : Albert Lévy et Calveyrach)
    • L’interview de Marx au Volksstaat : Marx champion de l’autonomie syndicale
    • Le « testament » de Lénine
    • Que vaut le mot d’ordre de l’échelle mobile ?
    • Proudhon et Marx (III)
    • Notes économiques
  • La Révolution Prolétarienne N°24 – Décembre 1926
    • Le fascisme risquera-t-il al guerre ? Le dogue en cage (Louzon)
    • Lettre d’Angleterre : la défaite des mineurs anglais
    • Le lock-out du port de Dunkerque
    • Un conflit de tendances dans le mouvement unitaire belge
    • Après la « défaite » de l’opposition : les problèmes de la révolution russe (Rosmer)
    • La renaissance du syndicalisme (contre le syndicalisme de secte)
    • Notes économiques

***

Où va la révolution russe?

Article de Boris Souvarine paru dans La Révolution prolétarienne n°20, août 1926.

La crise qui ronge le Parti communiste russe depuis l’absence de Lénine est entrée, il y a plusieurs mois, dans une phase nouvelle – dont le mouvement communiste international ignore tout. C’est pourquoi des faits récents, publiés par les dirigeants du Parti, ont surpris les ouvriers révolutionnaires préoccupés des destinées de la Révolution russe, conscients de l’identité des intérêts de celle-ci et de leur propre avenir.

Une fois de plus, il a fallu que la presse bourgeoise les avertisse d’un nouveau “ tournant ”, annoncé par La Pravda du 10 juillet sous forme d’un immense article intitulé : “ Le danger de droite dans notre Parti. ” Quelques jours après, les agences communiquaient certaines décisions de la dernière session du Comité central bolche­vik. L’article annonçait des mesures répressives contre l’opposition ouvrière et ses principaux représentants, Chliapnikov et Medvediev, les décisions frappaient l’opposition de Leningrad et quelques-uns de ses meneurs, Zinoviev, Lachévitch, Bielenky.

Les commentaires des journaux, sans distinction de nuances, n’étant pas pour éclairer la question, il revient à La Révolution prolétarienne d’aider les révolutionnaires sincères à se former une opinion motivée, scrupuleuse, objective, inspirée de l’intérêt supé­rieur de la révolution.

Le “ danger de droite ”

La Pravda s’est donc avisée, soudainement, de dénoncer une fois de plus un “ danger de droite ”, mais en termes plus violents encore que lors des “ discussions ” antérieures. Elle commence par mettre en cause “ l’opposition de Bakou ”, groupe d’ouvriers communistes exclus du Parti en raison de leurs liens avec “ l’opposition ouvrière » et conseillés par les inspirateurs de celle-ci, Medvediev et Chliapni­kov. Medvediev, dit-elle, “ inspirait idéologiquement tout son travail, entièrement dirigé contre notre Parti et son Comité central ”.

Le point de vue de cette opposition est précisé dans un “ très important document politique ”. C’est une lettre de Medvediev adres­sée à ses camarades de Bakou. “ La lettre est datée de 1924. ”

On se demande, naturellement pourquoi une lettre privée de 1924 est un objet d’alarme, et seulement en 1926. Nous le saurons peut-être plus tard. “ Cependant, à l’heure actuelle, la lettre n’a pas vieilli et a même acquis une fraîcheur politique de choc. ” (Nous ne prenons pas la responsabilité du style.)

La lettre- » brochure » du camarade Medvediev inonde, de façon absolument inattendue, d’une lumière aveuglante la question de la dégénérescence de quelques groupements d’opposition, de leur » croissan­ce » directe en menchevisme. ”

Cette lettre traite des principaux aspects de la politique du Parti. “ Medvediev tombe sur toute la politique du Parti dans son ensemble, creuse jusqu’à ses fondements les plus profonds, qu’il répudie nettement et complètement. ”. Il souligne qu’il exprime des conceptions com­munes à lui et à Chliapnikov. De ces conceptions, dit La Pravda, “ il émane à des centaines de kilomètres à la ronde un menchevisme cent pour cent ”. Et, bien que Chliapnikov soit considéré par tous comme le plus “ à gauche ” des communistes, la lettre “ ne contient pas un atome de gauchisme, formule au contraire, dans une forme cynique dépouillée, des revendications les plus extrême-droitières, triplement menchevistes ”.

On se demande, dans ces conditions, pourquoi les deux “ dégéné­rés ” ont été conservés dans le Parti et comment l’un d’eux, Chliapnikov, a pu être envoyé en 1924 à l’ambassade soviétique de Paris comme suppléant de Krassine. Le “ menchevisme cent pour cent ” serait-il officiellement protégé par les dirigeants du Parti ? C’est à n’y rien comprendre.

Mais cela ne fait que commencer.

La politique économique

Dûment averti dès le début, le commun des lecteurs s’attend à prendre connaissance du document révélateur. Nouvelle surprise : le document n’est pas publié. I1 faudra se contenter d’extraits, sans liens, parfois même tronqués. A défaut de citations intégrales, on aura un commentaire énergiquement péjoratif. C’est ce qu’on appelle une “ large démocratie ouvrière ”…

La politique économique du Parti, aurait écrit Medvediev,

» … assigne à toutes les branches de l’industrie lourde d’État, au fond, le rôle d’annexe, de complément aux petites et même aux infimes entreprises rurales.

» … Quand le Comité central proclame que pour l’industrie d’État ce marché paysan est la limite qu’elle ne peut franchir, que c’est dans ce sens qu’il résoudra toutes les questions industrielles, nous voyons, naturellement, dans une telle politique, une menace à la grande industrie et à l’existence même de la classe ouvrière. ”

Tel est le caractère essentiel de la politique économique du Parti pour la plus prochaine période de notre règne. Il s’y cache, à notre avis, un grand danger pour les intérêts de la classe ouvrière et les destins de l’industrie lourde d’État. ”

Cela n’est pas très clair et l’on ne sait s’il faut l’attribuer à Medvediev lui-même ou à la méthode de citation du journal, qui nous prive du contexte. La suite est plus explicite :

Nous estimons que la petite et infime production, sous la N.E.P., en dépendance du marché étranger, est vouée à sa perte. ”

Toutes les tentatives de la sauver, de l’aider à se maintenir et même à se développer, sont utopiques et réactionnaires. ”

L’issue d’une telle situation de ces masses paysannes ruinées ne peut être qu’une industrie d’État croissante, développée, sur l’arène de laquelle ces masses puissent trouver l’emploi de leurs bras, de leurs forces. ”

A part les masses en question, la partie de la campagne qui reste est la grosse bourgeoisie rurale, qui ne nous est pas moins ennemie que la bourgeoisie de vieille formation. ”

On comprend un peu mieux, mais pas encore très bien. Peut-être est-ce la faute de l’auteur, mais, en ce cas, comment la lui reprocher puisqu’il s’agit d’une lettre privée et non d’un document destiné au public ? Peut-être le texte intégral serait-il édifiant ? On ne peut se prononcer, les tronquages étant évidents, et maladroitement faits, au point de laisser des “ ces ” qui se rapportent à des phrases qu’on n’a pas sous les yeux.

En tout cas, si l’on ne voit, jusqu’à présent, rien de génial dans ce qui est cité, on peut se demander ce qu’il y a de si effrayant ? Il faut, sans doute, la patience d’aller plus loin.

Penser que nous puissions constituer la masse indispensable de capital pour développer l’industrie éteinte au moyen d’impôts serait se bercer d’une vaine illusion. ”

Croire que ce capital puisse être accumulé sou à sou, mais plus lentement, signifie compléter l’illusion précédente d’une illusion d’épigones petit-bourgeois. ”

Alors que faut-il faire ? demande La Pravda. Réponse du docu­ment :

Nous demandons que le Gouvernement fasse des recherches plus énergiques de ces ressources au moyen d’emprunts d’État extérieurs et intérieurs et en admettant des concessions avec des pertes plus grandes, des sacrifices matériels plus grands que ceux acceptés par notre État pour l’obtention de tels crédits. Nous estimons que dans la situation actuelle de l’économie de notre pays… de grands sacrifices matériels au capital international disposé à ranimer nos rayons industriels ruinés, sont le moindre mal, plutôt que la situation dans laquelle nous pouvons nous trouver, lors de prochaines années, en matière d’économie industrielle et rurale, et qui peut s’avérer pour nous désastreuse. ”

Les concessions

Cette fois, c’est net. Medvediev est d’avis de faire plus de concessions au capital étranger, comme “ moindre mal ”. La Pravda, aussitôt de lui imputer une politique de concessions sans aucune limite, de l’accuser de vouloir que la classe ouvrière se mette à genoux devant les messieurs Urquhart.

Un peu de sang-froid… Où est-il question de concessions sans aucune limite ? Nous avons traduit minutieusement le texte, le texte cité par La Pravda elle-même, et n’y avons rien lu qui ressemble à sans aucune limite. Sans aucune limite, c’est de La Pravda, et non de Medvediev. Celui-ci parle simplement en 1924, n’oublions pas la date, de faire plus de concessions, plus de sacrifices que par le passé. Or, qu’a fait le gouvernement soviétique en 1925 ? Exactement ce que demandait Medvediev : les concessions à la Lena Goddfields et à Harriman, commentées ici plusieurs fois par Louzon, et qui repré­sentaient précisément des sacrifices comme l’État soviétique n’en avait jamais consentis jusqu’alors. La Pravda du 12 mai 1925 a publié les déclarations suivantes de Piatakov, négociateur de ces conces­sions : “ Il nous a fallu consentir des concessions très sérieuses et essentielles et je ne peux pas ne pas reconnaître que des conditions du projet de contrat sont pour nous assez pénibles… II nous a fallu faire des concessions telles que nous n’en avions jamais faites jusqu’à présent.

Medvediev a donc préconisé en 1924 ce que le Comité central a fait en 1925. Nous ne discutons pas, pour l’heure, le fond; nous n’étions pas d’accord avec Louzon sur ce point, et ne le sommes pas sur le même point avec Medvediev qui exagérait dans l’autre sens; nous pensons avec Trotski, avec Préobrajenski, qu’à part les conces­sions, il y a d’autres moyens d’accumuler des capitaux pour l’industrie, principalement en vendant des objets manufacturés aux paysans. Mais sans discuter le fond, nous constatons que l’accusation ici portée contre Medvediev n’est pas établie. Il ne s’agit, dans sa lettre, que de mesure, que de degré. On sait que Lénine a changé quatre fois d’avis le même jour, pour ne pas se résoudre à accepter la concession Urquhart. S’il avait changé d’avis seulement trois fois, il aurait signé… Eût-il mérité, pour cela, l’accusation de vouloir que la classe ouvrière se mette à genoux devant les messieurs Urquhart ?

Le lecteur consciencieux appréciera.

L’Internationale communiste

La lettre s’exprime en ces termes, sur la politique internationale du Parti :

Le terrain sur lequel l’l.C. s’alimente, les masses ouvrières européennes, est évidemment sans espoir. Non seulement il ne nous rapproche pas des masses du prolétariat international, mais au contraire, il nous en isole .

Dans tous… les pays d’Europe centrale ayant une importance décisive pour la révolution internationale, cette tactique a conduit à arracher les forces des parcelles communistes de la masse d’en­semble des forces organisées du prolétariat… ce qui a désorganisé tant le mouvement ouvrier en général que sa partie communiste, isolant celle-ci de la masse générale du prolétariat organisé et la privant de la possibilité d’une action permanente sur ces masses, à l’intérieur de leurs rangs. Nous sommes les plus acharnés adversaires de cette politique. ”

Ce point de vue n’est pas nouveau. Il y a, dans le Parti russe, des personnages beaucoup plus haut placés que Medvediev, et nom­breux, qui le partagent. Pour notre part, nous ne l’approuvons pas. Mais il n’y a qu’à discuter sérieusement. Cela vaudrait mieux que de tronquer les textes.

D’après La Pravda, Medvediev considère l’existence des partis communistes comme une tentative d’implanter mécaniquement nos méthodes de travail dans tous les pays occidentaux.

… ces tentatives conduisent littéralement à la désorganisation du mouvement ouvrier de ce pays, à la création de sections » communistes » matériellement impuissantes et à leur entretien au compte de ces ressources des masses ouvrières russes… qu’elles ne peuvent utiliser ( ?) dans les conditions actuelles. ”

En fait, il se crée des ramassis de valets petits-bourgeois qui, pour de l’or russe, se font passer pour le prolétariat et se présentent dans l’I.C. comme les ouvriers les plus révolutionnaires. ”

Il est à constater que La Pravda, tout en attaquant violemment Medvediev, ne dit pas un mot au sujet de “ ramassis de valets ”. Cette expression est très fréquemment employée en Russie, dans toutes les tendances du Part:; y compris celle de la majorité actuelle, pour caractériser depuis deux ans les opérateurs de la “ bolchevisa­tion

Medvediev écrivait encore ce qui suit, à propos du mouvement socialiste :

Notre appréciation des partis socialistes diffère profondément de celle de nos dirigeants. ”

Mais ici La Pravda ne se donne même plus la peine de citer un paragraphe intégral. Elle découpe des membres de phrases pour les intercaler dans son commentaire. Dans quel but ?

La lettre protesterait contre la chasse systématique et la discrédita­tion des unions prolétariennes de classe du prolétariat occidental, contre une semblable discréditation de tout gouvernement socialiste en général, par exemple le gouvernement ouvrier en Angleterre.

Ce dernier est présenté complètement comme un gouvernement de la bourgeoisie. Nous ne pouvons accepter un iota d’une pareille politique et d’une telle tactique.

Elles sont désastreuses pour la cause de la révolution socialiste réelle.

Si Medvediev a vraiment écrit cela, et nous ne pouvons juger d’après un texte haché, nous ne sommes évidemment pas d’accord avec lui sur ce point. Mais pourquoi La Pravda a-t-elle peur de citer loyalement ?

Nous estimons, en raison du véritable état des choses, que des organisations comme l’I.S.R. sont, qu’elles le veuillent ou non, des instruments d’isolement des masses ouvrières russes et des masses ouvrières occidentales des masses décisives de tout le prolétariat. ”

Nous sommes pour que les masses ouvrières communistes restent partie intégrante des masses ouvrières organisées dans les syndicats, les coopératives, les partis socialistes, etc., pour que toutes tentatives de s’organiser, hors de ces masses spécialement des organisations du même ordre soient répudiées de façon décisive comme des aventures désorganisant le mouvement ouvrier. ”

Il est difficile de savoir si Medvediev préconisait de dissoudre les partis communistes. Repoussant un tel point de vue, nous n’en sommes que plus à l’aise pour déclarer qu’aucune discussion sérieuse n’est possible si l’on ne laisse pas s’exprimer les personnes en cause.

En tout cas, la conception qui est, ou a été momentanément, peut-être celle de Medvediev, est sûrement celle de Tomski. C’est un secret de polichinelle. Pourquoi Tomski n’est-il pas accusé de menchevisme ?”

Le sens de l’attaque

La Pravda déclare que ce document a une signification politique profonde. Puis, que le poids spécifique du groupe Chliapnikov-Medve­diev est extrêmement insignifiant. Alors ? Pourquoi cet article de vingt colonnes en feuilleton ? Il paraît que tout cela est très instructif comme développement de la déviation antibolchevique en général.

L’Opposition ouvrière en est arrivée à un menchevisme presque chimiquement pur. Suivent les formules connues, employées en 1923 contre Trotski et Radek, en 1925 contre Zinoviev et Kamenev : danger de droite, anti-léninisme, liquidateurs, etc. Le répertoire n’a pas varié. Il est seulement enrichi de quelques injures qui n’ajoutent rien au prestige des commentateurs.

Finalement, on se trouve devant cet… argument inattendu : Au lieu de Lénine, MacDonald et Noske. Et l’article se termine ainsi :

Et c’est pourquoi tout le Parti peut poser à tous la question : “ Pourquoi, au fond, sont-ils :

Pour le renforcement de l’I.C. ou pour sa liquidation ?

» Pour considérer les P.C. comme des » ramassis de valets petits-­bourgeois » ou comme la force révolutionnaire du mouvement ?

Pour le renforcement de l’I.S.R. OU pour entrer dans Amster­dam ?

Pour le bloc avec les » chiens sanglants » du genre de Noske ou pour la lutte contre eux ?

Pour la construction socialiste, ou pour l’esclavage urquhar­tien ?

Pour le bloc ouvrier-paysan ou pour la subordination au capital international ?

Pour Lénine ou pour MacDonald ?

Tout le Parti repoussera d’une manière décisive les tentatives de trahison menchevique de l’I.C. et de la révolution. Tout le Parti, évidemment (!!) repoussera les receleurs, alliés et protecteurs des tendances mencheviques à l’intérieur du P.C. panrusse léniniste. ”

N’est-ce pas édifiant ? On voit d’ici les communistes russes répondant à l’intelligente question : “ Pour Lénine ou pour MacDo­nald ? ” Pour MacDonald, cela va sans dire…

Mais quel est le sort de ces Medvediev et Chliapnikov, objet d’un si impitoyable réquisitoire ? Sans doute celui de ces mencheviks, de ces alliés de Noske auxquels ils sont assimilés ? Pas le moins du monde. Ces camarades sont toujours traités en camarades et l’on n’a même pas osé les exclure du Parti.

Après cela, celui qui ne comprend pas a décidément la tête dure.

Beaucoup de bruit pour rien, alors ? Non plus. Qu’on relise attentivement les dernières lignes de l’article furibond. II y est question de certains “ receleurs, alliés et protecteurs ” des tendances mencheviques. Pour qui a l’habitude des polémiques de là-bas, le sens était clair. Ce n’est pas contre Medvediev que l’article était dirigé, mais contre ses alliés en opposition, plus importants et dangereux pour les dirigeants actuels, contre Zinoviev et Kamenev et leurs partisans.

La nouvelle opposition

La nouvelle opposition, celle de 1925, dont Zinoviev est le représentant le plus en vue, battue, ne s’est pas avouée vaincue. Refoulée par une sévère répression dans la vie illégale, elle s’est résignée à une activité souterraine.

On sait que le XIV° congrès russe n’avait été précédé d’aucune discussion; au congrès même, l’opposition ne pouvait espérer déplacer une seule voix, les délégués étant triés sur le volet; après le congrès, environ trois mille fonctionnaires de Leningrad, suspects d’opposition, furent révoqués, tous les partisans de la nouvelle opposition déplacés, dispersés; aucune velléité d’expression ne fut tolérée, aucune expli­cation, aucune défense permises; depuis, nulle critique ou discussion n’ont été autorisées. Cependant que Zinoviev et Kamenev étaient l’objet d’un dénigrement soigné. Un beau jour, le Bureau politique s’avisa de la nécessité de répandre une lettre de Lénine (d’octobre 1917) de circulation jusqu’alors interdite, caractérisant sévèrement les deux opposants la veille encore tout-puissants, les traitant de jaunes, de briseurs de grèves, de traîtres à exclure du Parti, etc. Zinoviev et Kamenev ripostèrent en réclamant la publication de la pièce connue sous le nom de “ testament ” (zavechtchanié) de Lénine, c’est-à-dire des suprêmes conseils donnés au Parti par Lénine avant sa mort. Ce bref document, non encore publié, est de ceux où se révèle le mieux le génie de Lénine : les principaux protagonistes de la direction actuelle y sont caractérisés avec une extraordinaire sûreté d’appréciation et la crise présente y est prévue avec une clairvoyance à peine croyable. A qui la faute si Lénine y disait des choses pénibles pour Staline, Zinoviev, Kamenev et Boukharine, et si Trotski et Piatakov, les deux hommes le plus en vue de la gauche du Parti, de l’opposition prolétarienne, étaient les mieux partagés ? Hier encore, c’était un crime de faire allusion à ce document; ceux que Medvediev appelle “ ramassis de valets ” osaient même ici en nier l’existence; maintenant, c’est Zinoviev et Kamenev qui en réclament la publicité. C’est qu’une des dernières volontés de Lénine, exprimée à deux reprises dans ce texte, était d’écarter Staline du Secrétariat du Parti.

Un tel conflit en dit long sur l’atmosphère des sphères dirigeantes et sur les relations entre militants, groupes et tendances. La majorité, non contente de disposer de l’appareil du Parti, de l’État, des syndicats, etc., éprouva le besoin de s’organiser en fraction pour mener la lutte contre toute opposition. Les oppositions de toutes nuances, à leur tour, s’organisèrent clandestinement. Et dans le Parti “ monolithique ”, ce fut, c’est encore aujourd’hui un pullulement de cercles secrets, de groupes conspiratifs, de réunions souterraines. Des documents se colportent sous le manteau. Le régime intérieur du Parti, après avoir produit la stérilité intellectuelle et favorisé les dégénérescences de toutes sortes menace de provoquer la scission organique prévue par Lénine.

Un jour, dans un bois des environs de Moscou, se tint une massovka 1, une réunion de partisans de Zinoviev, organisée par Bielenky et où prit la parole Lachévitch, vice-commissaire du peuple à la Guerre. Il s’y trouva, naturellement, un mouchard. Le prétexte d’une nouvelle répression était trouvé.

L’espionnage, les dénonciations, les investigations policières avaient fourni à la Commission centrale de contrôle du Parti assez de matériaux pour impliquer un bon nombre de notables opposants dans une “ affaire ”. II s’agissait d’intimider le gros de l’opposition en frappant quelques-uns de ses membres marquants. Des serviteurs du pouvoir, dûment excités, se mirent à préconiser des sanctions exemplaires. On entendait réclamer l’exclusion de Zinoviev et de Kamenev du Parti. Certains allaient même plus loin…

Du 14 au 23 juillet, le Comité central et la Commission centrale de contrôle furent réunis en séance plénière pour condamner une fois de plus la nouvelle opposition et prendre des mesures de rigueur contre les moins prudents.

Où conduit le “ monolithisme ”

La session plénière avait à son ordre du jour cinq questions : 1° le Comité syndical anglo-russe; 2° les résultats du renouvellement des soviets; 3° l’affaire Lachévitch; 4° la question du logement; 5° la récolte et la campagne d’approvisionnement.

La première question était, depuis l’échec de la grève générale anglaise (présenté par L’Humanité comme une victoire) l’objet d’un désaccord au Bureau politique. Zinoviev estimait impossible pour les bolcheviks de rester dans le Comité avec des “ traîtres ” et ses adversaires en jugeaient autrement. On le battit facilement de nouveau, avec des majorités automatiques. Là n’est pas l’intérêt, d’ailleurs; il est dans l’analyse et l’appréciation de la situation anglaise, conduisant à telle ou telle conclusion tactique; le Comité anglo-russe est un moyen, non un but, et des divergences ont toujours existé dans nos partis quant aux moyens; en outre, ledit Comité, tel qu’il est, ne compte plus et c’est trop l’honorer que d’en discuter comme s’il existait…; pour de modestes marxistes, le Comité importe moins que son contenu, sa valeur représentative, sa capacité d’action; ce sont là, évidemment, des déviations de droite. Nous n’en persistons pas moins à penser que l’intérêt du mouvement exigeait de faire connaître les thèses de Zinoviev et de les discuter sérieuse­ment. Cela. eût peut-être épargné à l’I.C. bien des sottises dans le genre de celles qu’elle a dites ou faites déjà au sujet de l’Angleterre et qu’elle répétera au renouvellera tant que la critique et la discussion seront interdites. Mais on préfère reprocher à un membre du Bureau politique d’avoir une opinion; c’est moins fatigant que d’étudier le problème.

On ne daigne pas faire connaître aux communs des mortels communistes les discours de Kroupskaïa et de Trotski pourtant non dénués d’intérêt. Par contre, on nous offre intégralement la prose de la résolution contre la nouvelle opposition et les “ explications d’usage ”.

D’autres publieront cette “ littérature ”. Elle est digne d’eux, ils sont dignes d’elle… Ici, le papier est cher et le lecteur a un minimum d’exigences. Au reste, qu’on se rappelle le pathos officiel des accès de crise antérieurs : rien n’a changé, que les noms propres. Mêmes couplets sur l’unité, la discipline, le léninisme et le reste. Les pires procédés, employés par Zinoviev contre nous, maintenant utilisés contre lui…

Comme nouveauté, ceci seulement :

Dans les derniers temps, le Parti se trouve devant toute une série de mesures fractionnelles de la nouvelle opposition, s’exprimant dans : l’organisation de réunions conspiratives illégales; la reproduc­tion et la diffusion, à Moscou et ailleurs, de documents secrets du Parti spécialement choisis pour discréditer la ligne du Parti (certains documents secrets du Bureau politique ont été envoyés à Briansk, Saratov, Vladivostok, Piatigorsk, Omsk, Gomel, Odessa, etc.); l’envoi d’agents dans d’autres organisations du Parti afin de créer des groupes fractionnels clandestins (voyage de G. Bielensky à Odessa pour organiser une fraction illégale, avec correspondance chiffrée, etc.). ”

Il est indispensable de constater que tous les fils de ces menées fractionnelles de l’opposition conduisent à l’appareil de l’Exécutif de l’I.C. à la tête duquel se trouve Zinoviev, membre du Bureau politique.

On doit particulièrement remarquer une réunion fractionnelle illégale, dans un bois prés de Moscou, organisée par un collaborateur de l’Exécutif de l’I.C., Bielenky, comme un acte scissionniste sans précédent dans la vie de notre Parti. Organisée selon toutes les règles de la conspiration (patrouilles, sélection sévère des invités, etc.), elle n’a pas seulement été menée et présidée par un collaborateur de l’Exécutif, mais ce qui est également inouï dans notre parti, un rapport y a été fait par Lachévitch, membre suppléant du C.C., qui a appelé les assistants à s’organiser pour la lutte contre le Parti et le C.C. élu par lui. ”

Suivent, naturellement, les accusations connues : scissionnisme, anti-parti-isme et autres ismes à faire bâiller. II manque, hélas, l’essentiel, et même la seule chose qui compte, à savoir la réponse à la question suivante : Comment se fait-il que le président de l’Inter­nationale communiste, que le vice-commissaire du peuple à la Guerre, que deux bolcheviks à toute épreuve, en soient réduits à se réunir dans les bois, ou ailleurs, sous la protection de patrouilles, etc. ? Voilà l’inexpliqué, voilà l’explicable. Est-ce parce que Zinoviev est un méchant, Lachévitch un désobéissant, Bielenky un polisson ? Mais alors, depuis quand ?

Comment, en un plomb vil, l’or pur s’est-il changé ?

Il y a seulement six mois, il fallait approuver par ordre, admirer par ordre, flagorner par ordre ce même Zinoviev qu’il faut mainte­nant flétrir, toujours par ordre ? Encore quelques mois de « bolche­visation « , de cette sorte et il ne restera plus grand-chose à bolchevi­ser.

Accusations et sanctions

La résolution accuse encore un camarade Mikhaïlov de l’ancien “ groupe ouvrier ” de Miasnikov, d’avoir reproduit des documents secrets avec l’aide de dactylos sans-parti…; un camarade Chougaiev, de l’ancienne “ Opposition ouvrière ”, d’avoir fait de l’agitation antisoviétique parmi les spécialistes… ( ?); un camarade Iatsek, de l’ancien groupe “ Vérité ouvrière ”, d’avoir diffusé des documents, etc.

Parmi tous les péchés dont se trouve chargée la nouvelle opposi­tion (la plupart déjà imputés à l’opposition de 1923, comme le “ pessimisme ”, la sous-estimation du paysan moyen, etc.) on trouve celui de “ protéger et de couvrir ” le groupe de Medvediev (ce qui donne tout son sens à l’article cité plus haut) et enfin le suivant, qui a au moins le mérite de l’inattendu :

La tendance au bloc, à l’échelle internationale, tant avec l’ultra-gauche du type de Korsch qu’avec l’ultra-droite du type Souvarine (!?!?), qui, exclus de l’I.C. mènent une attaque enragée (où ? quand ? comment ?) contre 1a dictature du prolétariat en Russie (! ?! ?) sous le prétexte d’une prétendue dégénérescence koulako­-paysanne de notre parti. ”

De telles élucubrations ne relèvent que du bromure. Cependant, puisque l’occasion nous est offerte de dire deux mots du sort de Zinoviev, nous la saisirons : nous avons attaqué 1a politique et les méthodes de Zinoviev, en sachant ce que cela nous coûterait, quand celui-ci était tout-puissant; nous n’avons rien à en retrancher; quant à piétiner un vaincu, nous laissons cette besogne au “ ramassis de valets ” qui s’est escrimé sur Trotski il y a deux ans, qui se manifeste déjà contre Zinoviev aujourd’hui, et qui s’acharnera demain sur Staline si un nouveau maître commande. Pour ce qui est de l’ultra-droite, on s’y trouve mieux que dans une gauche où Boukharine invite les paysans à s’enrichir et ou Rykov félicite Mussolini de la prospérité fasciste.

La résolution parle encore de tentatives d’engager dans la lutte l’appareil de l’Exécutif de l’I.C. Dans tout cela, il n’y a qu’histoire d’appareils. Les ouvriers, dont on a plein la bouche, y sont bien étrangers. II est fait allusion à une affaire Gouralsky-Vouiovitch, maladroits auxiliaires de Zinoviev qui se sont fait pincer dans l’exercice de leurs manigances, et à des sanctions prises le 12 juin dernier par la Commission de contrôle contre Bielenky, I. S. Tcher­nichev, B. G. Schapiro, M. V. Vassilieva, N. M. Vlassov et K. A. Vol­guina.

Zinoviev est exlu du Bureau politique, c’est-à-dire du seul organisme qui compte, et son élimination officielle de la présidence de l’I.C. n’est plus qu’une question de semaines; Lachévitch est exclu du Comité central et révoqué de ses fonctions de vice-commissaire à la Guerre. De fidèles staliniens reçoivent de l’avancement : un Roudzoutak entre au Bureau politique et les suppléants de celui-ci, portés à huit, seront, dans l’ordre hiérarchique : Pétrovsky, Ouglanov, Ordjonikidzé, Andréiev, Kïrov, Mikoyan, Kaganovitch et Kamenev.

I. Gouralsky, sous le nom de Klein en Allemagne, de Lepetit (et de Lep) en France, a saboté les deux partis de son mieux et s’est livré à des besognes dont la nature défie toute qualification. C’est lui qui, en 1924, se permettait d’assimiler Trotski à Danton, révélant à la fois son ignorance crasse de l’histoire et la laideur de son âme, et qui a constitué en France le “ ramassis de valets ” qui a déshonoré le Parti que nous avions eu tant de mal à fonder. Quart à Vouiovitch, c’est celui qui est venu accomplir, dans les jeunesses, la besogne faite par l’autre dans le Parti, et qui répandait la légende d’une tentative d’insurrection des élèves officiers du Kremlin, organisée par Antonov-Ovséienko pour soutenir Trotski. Et l’on se plaint des racontars de la presse bourgeoise…

Ainsi, les vilains sont punis, les bons récompensés… Mais toutes les questions restent a résoudre.

Le fond du tableau

Cette lutte intestine, dont l’issue aura une répercussion profonde sur les destinées de la Révolution, est favorisée par une situation générale, économique et politique, qu’il ne faut pas perdre de vue si l’on veut se rendre pleinement compte du sens de la crise.

La production industrielle, en voie de restauration depuis la N.E.P., a subi cette année un ralentissement sensible. Elle a même diminué dans certains domaines. Le niveau d’avant-guerre, qui est loin d’être un idéal, n’est pas atteint et ne le sera que l’an prochain, d’après les données conjoncturales officielles. Le capital fondamental s’use, l’outillage a besoin d’être renouvelé, et le budget ne permet pas d’élever les fonds de roulement. Les crédits extérieurs font défaut. L’industrie, dans son ensemble, travaille encore à perte. Les trans­ports eux-mêmes sont déficitaires.

L’agriculture est également près d’atteindre son niveau de pro­duction d’avant-guerre, lequel était médiocre en raison du caractère retardataire de la technique d’exploitation. Mais les profits de l’agriculture vont aux paysans, c’est-à-dire à l’économie individuelle, capitaliste, non à l’Etat soviétique. Les entreprises collectives sont d’importance infinie.

Les coopératives ne peuvent satisfaire les besoins des échanges, malgré la protection officielle, et sont l’objet des plus sévères critiques dans la presse soviétique. Le commerce privé, plus expéri­menté, plus souple, gagne sans cesse du terrain. Cependant, une disette aiguë de marchandises se fait sentir et favorise la spéculation, l’industrie ne pouvant alimenter le marché, non plus que le commissariat du Commerce dont l’appareil est trop lourd, trop lent, trop coûteux. Sous sa forme actuelle, le monopole du commerce extérieur, au lieu, d’entretenir l’indispensable courant d’échanges, le paralyse, au détriment même de l’économie russe; déjà réformé l’an dernier, le monopole devra subir une nouvelle réforme pour que l’application ne discrédite pas le principe.

La monnaie subit une dure épreuve. Les erreurs de l’an dernier, dans l’évaluation de la récolte et l’établissement des plans d’expor­tation et d’importation, ont abouti à l’annulation des commandes à l’étranger. Mais les contrats conclus ferme ont dû être exécutés, les paiements effectués en devises. D’où la baisse de la valeur du tchervonetz. Maintenu artificiellement à un certain cours, grâce au système bancaire et au monopole du commerce extérieur, le tchervonetz a vu sa dépréciation s’inscrire dans une hausse très sensible des prix.

La hausse des prix, c’est-à-dire la diminution du salaire réel des ouvriers, qui ne connaissent pas d’échelle mobile. Déjà, le chômage s’était accru par suite de la réduction de certains programmes industriels, imposée par la crise financière; plus d’un million de chômeurs doivent subsister dans de très pénibles conditions, le budget ne permettant pas de les secourir dans une mesure apprécia­ble. La vodka creuse un trou important dans les budgets ouvriers et les organes officiels s’alarment des ravages de l’ivrognerie. La crise du logement atteint, d’après le texte même de la résolution du C.C. du 23 juillet, un état de choses catastrophiques. La dernière baisse des salaires réels a sérieusement empiré la situation de la classe ouvrière.

C’est ce qui explique les nombreuses grèves des derniers mois. Un rapport officiel en compte 47, rien qu’en mai. La grève d’une partie des usines Poutilof a même abouti à la rédaction d’une “ pétition ”, signée par les communistes également, qui mériterait publication et commentaire.

Une telle situation engendre des mécontentements qui cherchent leur expression, dans le Parti et ailleurs. Rien d’étonnant, donc, si les courants d’opposition se renforcent dans le Parti, si les groupes de résistance se multiplient clandestinement. Rien d’étonnant si le renouvellement des soviets a donné à G. Karpinsky matière à publier, dans La Pravda des 8 et 9 juillet, une analyse et des considérations infirmant l’optimisme d’exportation à l’usage des suiveurs et des fanatiques.

Où va la Révolution russe ?

Comment le Parti se propose-t-il de résoudre ces difficultés ? On peut lire la volumineuse littérature officielle consacrée au sujet : on n’y trouvera pas la réponse à cette question. En revanche, l’histoire la plus récente du Parti montre qu’il est un groupe qui, depuis des années, a prévu bien des choses et préparé des solutions, a prévu l’évolution de la situation et préconisé un programme; ce groupe, c’est celui de Trotski.

Malgré les cliques et les cabales, malgré la coalition des médiocres et l’obstruction des “ ramassis de valets ” (Medvediev dixit), les idées de Trotski se sont imposées avec une sûreté irrésistible. On ne conteste plus maintenant la conception socialiste du plan d’ensemble, la nécessité de renforcer le poids de l’industrie dans l’économie générale, l’idée de la concentration rationnelle de la production. On a remisé au magasin des accessoires le sempiternel “ face aux campagnes ” et l’intempestif “ enrichissez-vous ”. Mais les insulteurs d’hier sont les rabâcheurs d’aujourd’hui : ils récitent des formules de Trotski sans les comprendre mieux que les formules de Lénine précédemment ânonnées. Ils parlent de plan, d’industrialisation, mais ne savent rien faire pour les réaliser. Ils ne voient pas que la condition préalable à tout progrès économique, c’est un régime politique qui le rende possible, et que dans les conditions actuelles, aucun développement des forces productives, aucune amélioration du sort de la majorité laborieuse ne sont concevables sans démocratie ouvrière, sans rétablissement du droit de critique et d’initiative, sans responsabilité individuelle, sans droit, pour la classe ouvrière, d’élection et de rappel de ses représentants, délégués ou fonction­naires.

Ce dont l’Union soviétique a besoin par-dessus tout, c’est du rétablissement de sa constitution. La Constitution soviétique est traitée par la bureaucratie au pouvoir comme un chiffon de papier : il s’agit de la remettre en vigueur. En recouvrant le droit de parole, le prolétariat russe saurait résoudre les problèmes qui le sollicitent. Dans le Parti, il y a une résolution du X° congrès, vieille de cinq ans, sur la démocratie ouvrière; depuis qu’elle a été votée, toute trace de ladite démocratie a disparu; il s’agit de lui donner force et vie.

Dictature du prolétariat, et non dictature du secrétariat; restaura­tion de l’autorité de la loi et abolition de l’arbitraire; démocratie ouvrière et non bureaucratie parasitaire : là seulement est le salut. Ce n’est pas avec des mesures policières qu’on tranche une question de régime, qu’on résout des problèmes de production. Si le récent Comité central avait suivi ceux qui réclamaient l’arrestation des chefs de l’opposition, cela n’eût amélioré en rien la situation tant à l’intérieur du Parti qu’à l’extérieur. Les véritables responsables de l’opposition et des fractions ne sont pas ceux qui les font mais ceux qui les rendent inévitables.

Il y a quelques mois, Trotski publiait sous le titre : Vers le socialisme ou vers le capitalisme ? une série d’articles montrant que les éléments socialistes de l’économie soviétique l’emportent sur les éléments capitalistes mais qu’il faut surveiller leur rythme de développement pour maintenir la prédominance des premiers. Les travaux de Trotski souffrent parfois d’un excès de schématisme et d’une tendance trop optimiste naturelle à tous les révolutionnaires de son envergure; en l’occurrence, son étude prêterait à critique pour cette double raison; rnais il est sûr que les positions économiques de l’État soviétique sont serrées de près par le capitalisme et qu’il n’y a pas beaucoup de fautes à commettre pour les compro­mettre.

C’est de quoi se rend compte un nombre grandissant de commu­nistes russes qui renforcent l’opposition. On parle beaucoup d’un certain bloc Trotski-Zinoviev : en réalité, la chose n’est pas aussi simple. Les conceptions principales de Trotski s’imposent à tous les communistes doués d’esprit critique et tous les opposants se rallient à sa politique ouvrière de démocratisation, à son programme écono­mique d’industrialisation. Si le Parti avait la parole, cette politique, ce programme prévaudraient à coup sûr. Que les adversaires les plus décidés de Trotski aient évolué les premiers, le fait est significatif.

Les questions posées ne sont pas simples. On a trop attendu, pour !es traiter avec le sérieux qu’elles méritent, et elles se compliquent chaque jour. La légalisation des oppositions du Parti poserait le problème des oppositions syndicales et soviétiques. Déjà, Sokolnikov rappelait, à l’avant-dernier Comité central, que l’on ne saurait toujours gouverner par la répression, a évoqué le moment de tolérer d’autres partis. Ossinsky parait partisan de légaliser les menche­viks et socialistes révolutionnaires à l’intérieur pour obliger les communistes à faire trêve à leurs conflits devant l’ennemi. Tout cela mérite discussion… Mais plus on en ajournera l’étude franche et contradictoire, moins le “ tournant ” attendu de tous sera aisé.

Où va la Révolution russe ? Elle peut encore se sauver ou se perdre, selon que le prolétariat subisse la volonté d’une bureaucratie stérile ou qu’il veuille la briser pour imposer la sienne.

P.-S. – Déjà, contre Zinoviev, la Pravda fait état de l’approbation de l’I.C. C’était prévu. Opération rondement menée : mais après ? L’I.C. condamne son président sans discussion, sans qu’il ait pu dire un mot de défense… Cela ne rehaussera pas son prestige.

Elle ne connaît pas la thèse de l’Opposition, soutenue par Trotski, Kroupskaïa, Zinoviev, Kamenev, Piatakov, Mouralov, Evdokimov, Peterson, Bakaiev, Lachévitch, Lizdïne, Soloviev, Avdélev. Elle ignore celle des “ tampons ”, présentée par Smilga, Racovsky, Ossinsky, Koutchmenko, Chklovsky.

Elle ne sait rien. Elle condamne… Comme en 1924.


Note

[1] On appelait ainsi, sous le tsarisme, les assemblées secrètes de révolutionnaires dans les bois.

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