Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes

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(paru dans La Révolution prolétarienne N°789, juin 2015)

Stéphane Charbonnier, dit Charb,  est une des victimes du massacre de Charlie Hebdo en janvier dernier. Il avait 47 ans et était directeur du journal. Deux jours avant la tuerie, il finalisait ce texte qui reprend et argumente les positions d’un journal qui, tout en luttant contre le racisme, tout en défendant les sans-papiers et le droit de vote des étrangers, défendait aussi la liberté d’expression, l’humour, le droit au blasphème, la laïcité et les droits des femmes. On a vu à quel prix. Le livre est mince et court, mais fait un peu figure de testament incontournable.

On connaît la fracture qui divise la gauche depuis l’interdiction du port de signes religieux ostensibles à l’école en 2004, on connaît parfois moins les polémiques autour du mot « islamophobie » qui voudrait entraîner la critique d’une religion (fut-ce au sein d’une critique générale des religions), ou même l’instrumentalisation politique de celle-ci, sur le terrain d’un racisme contre ses supposés religionnaires, l’islam étant censée être la « religion des pauvres ». Il y a une volonté de disqualification de la critique ou du blasphème, qui deviendraient racistes. Charb récapitule avec concision les arguments laïques qui rejettent l’utilisation de ce terme. Cette polémique traverse aussi le mouvement social. Je me souviens par exemple du Congrès de Lille de la FSU en 2010, où une tentative d’introduction du mot « islamophobie » dans les textes de congrès avait été rejetée après des échanges vifs.

Charb explique que ce sont tous les intégristes qui sont à l’affût :

« Toute victoire des musulmans intégristes dans leur lutte contre l’islamophobie est attendue à la fois avec gourmandise et jalousie par les catholiques intégristes. Lorsque, les 7 et 8 février 2007, s’est tenu à Paris le procès que trois associations musulmanes intentaient à Charlie Hebdo pour avoir republié les caricatures danoises, un seul témoin a été cité par les plaignants : un prêtre catholique. Des alliances sont possibles. Les catholiques intégristes, mais aussi d’autres, réputés plus modérés, ruminent depuis 1905 l’adoption de la loi de séparation des Églises et de l’État et rêvent d’une revanche. Ce qu’une jurisprudence accorderait aux musulmans, elle l’accorderait également aux autres croyants. »

Charb reviens aussi sur le décret instaurant un délit d’outrage au drapeau en 2010 contre lequel Charlie Hebdo avait mené campagne : il ne doit pas davantage y avoir de « blasphème antirépublicain ».

Le fait que ce texte soit posthume, dans les circonstances qu’on connaît, le rend particulièrement émouvant.

S.J.

lettrecharb

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