Les Jeannette

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Note de lecture parue dans La R.P. N°802 (septembre 2018)

Franck Merouze, Les Jeannette, Éditions Cahiers du temps, novembre 2017 (208 p.)

La biscuiterie Jeannette, dernière usine dans Caen même, employant 37 salarié-e-s, fut mise en liquidation judiciaire en décembre 2013. F. Merouze, secrétaire de l’U.L. C.G.T. de Caen, raconte ici leur lutte : l’occupation, d’abord pour empêcher la vente aux enchères, puis la relance de la production avec vente sur le marché et aux portes de l’usine, le soutien massif des habitants, etc. L’objectif est clairement de repousser les échéances en cherchant un repreneur : « nous démontrons aux repreneurs potentiels que l’outil de travail peut fonctionner, que les Jeannette ont acquis un savoir-faire incontestable et qu’elles font preuve d’une motivation incroyable ». L’absence d’intersyndicale et le fort soutien d’une union locale située à quelques mètres de l’usine pourraient suggérer une lutte quasiment « sous tutelle » CGT malgré les A.G. décisionnelles; la narration pourrait même un peu agacer quand Franck Merouze reconnaît que les ouvrières le surnomment « le patron » ou utilise des tournures de phrases qui, dans quelques excès de sincérité ou élans de volontarisme, pourraient parfois le faire passer à tort comme un petit peu crâneur. Mais cette impression est à relativiser par la prise en considération de la taille très petite de l’entreprise ou de la mobilisation humaine et financière du milieu militant caennais, toutes tendances confondues. Dans une agglomération lourdement frappée par la désindustrialisation (fermetures de la SMN en 1993 et de Moulinex en 2001, plan social chez Philips en 2008) et située plus largement dans une Normandie qui perd chaque année 4000 emplois industriels (source INSEE), la lutte des Jeannette était ressentie comme emblématique, presque héroïque, suscitant une très large solidarité. Le spectre du chômage rôde, à Caen comme ailleurs. Françoise, ouvrière, déclare ainsi à une journaliste : «  Tant que je suis ici dans l’occupation, je ne suis pas sans emploi, madame, je continue d’être quelqu’un, je lutte ».

Certains moments sont savoureux, comme quand, pendant une vente aux portes de l’usine, une ouvrière dit : « Franck, il y a les flics devant la porte, c’est sûr, ils viennent nous déloger » alors qu’il s’agissait d’un policier venu faire, lui aussi, ses achats. Toutes les monographies de luttes ouvrières sont utiles, et lorsqu’elles sont comme ici de première main, elles ne sont plus seulement un témoignage mais sont des outils de formation et des supports de réflexion.

S.J.jeannette

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