Libres de le dire

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Note de lecture parue dans le N°772 en mars 2011:

Libres de le dire

de Taslima Nasreen et Caroline Fourest (Flammarion, 2010).

Difficile de dire si ce livre dégage le même délice de clarté à qui ne serait pas familier des questions de laïcité, questions de plus en plus complexes et à risques, n’étant pas pour ma part un lecteur innocent ou neutre puisque je m’efforce de travailler sur ces questions en simple militant depuis des années, notamment en milieu syndical. Il s’agit d’une longue conversation à deux voix, celles de Taslima Nasreen, militante et écrivain bengali vivant exilée en Europe, et de la journaliste Caroline Fourest.
Toutes les complexités du combat laïque contre le retour du religieux, du communautarisme, du combat contre les non-dits du relativisme culturel et contre l’islam politique, y compris les instrumentalisations possibles d’extrême-droite, sont abordées de façon franche et vivante, dans un dialogue qui constitue en lui-même un enjeu très intéressant: il ne s’agit pas seulement de deux femmes mais de deux vécus, de deux mises en perspectives, de deux féminismes, tant celui de Taslima Nasreen est celui de nombreuses femmes du Moyen-Orient et d’Asie qui paient très cher leur athéisme militant, à commencer par l’exil. Taslima, femme du Bengladesh victime d’une fatwa et d’abord réfugiée au Bengale occidental, en Inde, a été expulsée de ce premier exil dans un pays dont elle partageait encore la langue, et ce par un gouvernement du Bengale occidental communiste, mais avec un parti communiste indien prêt à tout pour chasser les voix de sa minorité musulmane.
Caroline Fourest présente de façon toujours limpide les nuances du paysage laïque en France, des nombreuses et difficiles questions qui s’y sont posées ces dernières années. En face, Taslima fait parfois un peu effet bulldozer, avec une franchise teintée de douleur, comme quand elle demande si dans les pays dont la grande majorité n’est pas éduquée il ne faudrait pas établir des dictatures laïques pour y libérer les femmes. C’est évidemment un des enjeux attendus des révolutions arabes en cours que nous attendons tous: la démocratie sera t-elle ou pas un levier progressiste ?
Il faut être confiant dans le genre humain si l’on veut son émancipation: « L’obscurantisme reculera ».

S.J.

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