Biographie d’Urbain Thévenon (1901-1973)

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Né le 6 août 1901 à Saint-Nizier-de-Fornas (Loire) ; mort le 10 avril 1973 à Saint-Etienne (Loire). Instituteur, militant syndicaliste révolutionnaire de la Loire. Urbain Thévenon naquit dans une famille de serruriers, issue elle-même d’une vieille famille de tisserands. Dès, milieu dans lequel s’était épanouie la tradition anarchiste. Une donation lui permit d’obtenir une bourse et il put fréquenter l’école primaire supérieure, filière vers l’Ecole normale de Montbrison où il acheva ses études (1917-1920). Syndiqué comme beaucoup de ses camarades de promotion, il lisait le Populaire du Centre et le journal pacifiste la Vague. Il accueillit avec enthousiasme la Révolution russe : Une brèche était ouverte dans le camp ennemi. Pourquoi ne pas l’élargir et ne pas répondre à l’appel de l’avant-garde qui avait forgé le chemin. Mais cette adhésion était ambiguë. A travers la Révolution russe, Thévenon, comme beaucoup d’autres syndicalistes révolutionnaires, projetait ses propres désirs : C’était d’autant plus tentant que la Révolution russe avait repris les idées fondamentales du socialisme ouvrier de la Ire Internationale et de la CGT naissante. Ne se réclamait-elle pas de la Commune de Paris dont elle reprenait les buts avec les Soviets ? L’équivoque ne fut pas très longue : elle ne résistera pas à la lutte que se livrèrent communistes et syndicalistes révolutionnaires au sein de la CGTU. Thévenon adhéra au Comité syndicaliste révolutionnaire puis fut en 1922 membre du conseil d’administration de la Bourse du Travail de Firminy, en même temps que du conseil du syndicat de l’enseignement. Des syndicalistes révolutionnaires quittèrent peu à peu la CGTU et, en 1926, certains fondèrent la CGT-S.R. Thévenon avait alors perdu ses illusions sur la Révolution russe : Les Soviets se virent dépossédés par un pouvoir central qui s’était arrogé le droit exclusif de parler et d’agir au nom du prolétariat. Le parti se substituait à la classe en attendant qu’un homme se substitue au parti. En 1926, il fut de ceux qui fondèrent la Ligue syndicaliste qui devint par la suite le Comité pour l’indépendance du syndicalisme et qui regroupa des syndicats minoritaires (voir Maurice Chambelland). La liaison momentanée avec le comité de Lyon permit aux militants stéphanois de s’exprimer dans les colonnes de l’hebdomadaire l’Effort. En 1927, Thévenon devint secrétaire adjoint de la Bourse du Travail de Saint- Etienne (où confédérés et autonomes étaient majoritaires, bien que cela fût contesté par les unitaires). Il contribua à y développer un cercle d’études, organisa des conférences, et un centre de documentation, où il apporta ses qualités de pédagogue et d’organisateur méthodique (H. Destour). Il forma un noyau local de militants liés à la Révolution prolétarienne dont il fut dès lors un collaborateur régulier. Il devint la cible des attaques du PC qui, en décembre 1929, le dépeignait ainsi : Thévenon est un ennemi farouche de la CGTU et des syndicats unitaires. Il contribua autant que ses moyens le lui permettaient à entraîner le syndicat unitaire de l’enseignement dans l’autonomie. Les heurts ne furent pas seulement verbaux et plusieurs réunions furent le lieu d’incidents ou, à tout le moins, de vives tensions. Mais le renfort d’Arnaud et de la majorité du syndicat des mineurs apporta au mouvement une force nouvelle : Les mineurs de Pierre Arnaud n’avaient pas peur et ils étaient craints à juste raison. En 1930, il devint secrétaire adjoint de l’Union locale confédérée puis de l’Union départementale en 1933, chargé plus spécialement des questions d’éducation syndicale. Thévenon fonda alors à Saint- Etienne et à Firminy des collèges du travail dont le but était l’éducation syndicale des militants. En 1934, après la signature du pacte d’unité d’action, il participa à un meeting électoral au Chambon-Feugerolles où il dénon a la politique du gouvernement d’union nationale dirigée contre tous les ouvriers en commençant par les fonctionnaires et termina par un appel à l’unité syndicale. Mais, pour Thévenon, celle-ci ne pouvait se faire que sur la base de l’indépendance du syndicalisme d’où sa proposition au congrès d’unification du 19 janvier 1935 de décréter l’incompatibilité des mandats politiques et syndicaux car il craignait que des luttes intestines étrangères au syndicat soient introduites. Il participa aux côtés des militants de la Révolution prolétarienne, Gilbert Serret, Michel Collinet, Simone Weil, etc, à la conférence Contre la guerre et l’Union sacrée , organisée les 10-11 août 1935 à Saint-Denis par les majoritaires du rayon de Saint-Denis. Nommé membre de la commission exécutive de l’UD unifiée, il consacra ses efforts à regrouper les ex-confédérés et les autonomes, car à peine l’unité fut-elle réalisée que le secrétariat de l’UD organisa la conquête des syndicats . Cette minorité, conduite par Thévenon, trouva son expression à partir de 1937 dans la Voix syndicaliste dont la diffusion atteignit de 5 à 8 000 exemplaires, malgré les difficultés pour présenter le journal à la sortie des puits. Le premier numéro du journal, paru en février 1937, témoignait du maintien de la tradition pacifiste et syndicaliste-révolutionnaire : Nous nous dresserons avec force contre toute cette campagne chauvine, contre l’idéologie militariste, contre toute préparation morale des esprits à la guerre. Nous répudions le mot Nation qui suppose qu’on peut défendre à la fois les intérêts des exploiteurs et des exploités […] Prolétaires, nous n’avons pas de patrie. Devenu en 1938 secrétaire du SNI pour la Loire, poste qu’il conserva jusqu’en 1940, Thévenon impulsa le Centre syndical d’action contre la guerre dont le syndicat des instituteurs constituait la cheville ouvrière ; le 30 septembre 1938, Thévenon pour le SNI et Blanc pour la Fédération des oeuvres laïques publièrent un communiqué : Nous ne voulons pas la guerrenous demandons que le message de raison du président Roosevelt soit entendu. La grève du 30 novembre 1938 contre les décrets-lois de Daladier, suivie par 380 instituteurs (le quart de l’effectif départemental) opposa munichois et antimunichois. Elle fut l’occasion d’une polémique entre les minoritaires et l’U.D. Les minoritaires reprochèrent à l’UD d’avoir lancé la grève sur le thème : Les décrets-lois sont la conséquence des accords de Munich , thème impopulaire dans le syndicat des instituteurs qui est attaché à la paix et a toujours lutté pour les négociations entre nations ; les communistes leur reprochrent en conséquence d’avoir saboté le mouvement. Au nom du SNI, Thévenon envoya à Daladier une missive l’engageant fermement à ne pas précipiter notre pays dans la guerre, mais à essayer au contraire d’arrêter le conflit germano-polonais par la continuation des pourparlers. En cas d’impossibilité, vous engage à ne pas généraliser ce conflit. C’est vous qui, par votre vote, sauverez ou perdrez des milliers d’êtres humains (1er septembre 1939). Après la signature du Pacte germano-soviétique, Thévenon prit la tête de la campagne pour l’exclusion des communistes de l’UD ainsi qu’en témoigne le communiqué paru dans la Tribune républicaine du 22 septembre 1939 : Les staliniens qui dirigent notre UD, en approuvant et en voulant justifier le pacte Hitler-Staline ont apporté la preuve qu’ils sont, non pas au service de la classe ouvrière mais au service du dictateur Staline… ils n’ont donc plus leur place à la direction de l’U.D. Après l’exclusion des communistes, Thévenon devint secrétaire de la nouvelle U.D. Entre 1940 et 1942, il fut déplacé en Ardèche, à Vagnas, et écrivit alors quelques articles dans le journal Au Travail qui lui seront reprochés par la suite, ainsi que sa collaboration, de retour dans la Loire, à l’école des cadres de Terrenoire où il assura un cours de formation syndicale en même temps qu’il créait un centre d’études d’esprit syndicaliste révolutionnaire. Il se défendit contre ces critiques, arguant de ses rapports avec la Résistance. Mis à la retraite à la Libération, défendu par Duperray, il fut réintégré en 1949 après un conseil extraordinaire du SNI. Il milita par la suite à l’UD-FO où il s’occupa d’éducation syndicale. Féru d’histoire, il occupa sa retraite à la direction de deux chantiers de fouilles archéologiques, et à l’étude du mouvement ouvrier auquel il avait consacré sa vie.

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 4 M 127. — La Tribune républicaine, 1938-1939. — Le Cri du peuple, 1926-1939. — La Révolution prolétarienne, février et avril 1927, 15 février 1929, mai 1973. — La Voix syndicaliste, février 1937, 25 mai 1938. — Papiers Thévenon. — Au Travail, 21 juillet 1941. — J. Duperray, Mémorial de l’Insurgé, Lyon, 1968. — H. Destour, Les syndicalistes révolutionnaires dans le département de la Loire, MM, op. cit. J. Lorcin et G. Raffaëlli

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