Biographie de C. Delsol

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DELSOL Clément, Emile.

Né à Figeac (Lot) le 11 février 1889, mort le 10 juin 1972. Ouvrier métallurgiste puis dirigeant du syndicat du Gaz de banlieue. Militant communiste, puis socia­liste.

En 1907, à dix-huit ans, Clément Delsol fut licencié pour avoir chômé le Ier Mai. Après avoir fait son tour de France, il vint travailler à Paris. Mouleur sur métaux, il fut, dès avant la Première Guerre mon­diale, militant actif de son syndicat et membre du Parti S.F.I.0. Mobilisé en 1914, il fut placé en 1916 en sursis d’appel comme mouleur dans une usine de guerre. Redevenu militant après sa libération de l’armée, il fut candidat aux élections municipales du 30 novembre 1919 dans le IIe arr. de Paris (quartier du Mail), et obtint 421 voix sur 4 307 inscrits. Partisan de la IIIe internationale, il mena, en 1920, la lutte sur le plan syndical en participant, en octobre, à la consti­tution du Comité central syndicaliste révolutionnaire. Il était devenu, à l’époque, contrôleur du gaz et membre du syndicat général du personnel de banlieue (Société Éclairage, Chauffage, Force Motrice — E.C.F.M. —, qui exploitait une grande usine à Gennevilliers, et distribuait le gaz dans toute la proche banlieue).

D’après Ferdinand Charbit, lors de la scission de 1921, « trois cents de ses camarades voulaient adhérer à la C.G.T.U. et avaient offert à Delsol, qui était mino­ritaire dans son syndicat, de prendre le secrétariat du nouveau. Mais Delsol, non seulement refusa de suivre ces camarades, mais parvint à les dissuader de quitter l’ancien syndicat, réussissant ainsi à maintenir l’unité chez les gaziers, comme Monatte avec contribué à sauver celle des correcteurs ». (La Révolution Proléta­rienne, août 1972). Il semble donc bien que Delsol n’ait pas adhéré à la C.G.T.U. (on n’a d’ailleurs pas trace d’un syndicat C.G.T.U. du Gaz de banlieue).

En janvier 1921, Delsol fut élu secrétaire de la 2e section de la Fédération de la Seine du Parti commu­niste et devint, l’année suivante, membre de la commission fédérale des conflits. Il fut élu à la commission des comptes de ia Fédération de la Seine le 10 septembre 1922. En 1925, il signa la lettre des 250 au comité exécutif de l’Internationale communiste protestant contre le régime autoritaire du Parti et criti­quant sa ligne politique — voir tome 16. Il fit cepen­dant un geste en février 1926, en démissionnant de la rédaction du Bulletin communiste devenu hostile à la direction, mais il refusa de faire au Bureau politique une déclaration de rupture avec l’opposition. Il signa, vers décembre 1926-janvier 1927, un manifeste paru partiellement dans le n° 4 (30 janvier 1927) de La Dis­cussion pour la « démocratie ouvrière dans le Parti » puis démissionna de ses responsabilités. En 1927, il fut exclu alors qu’il était secrétaire de la cellule du 7e rayon de la Région parisienne. Sa cellule aurait voté le 14 décembre 1927 la motion suivante: «La cellule 114 n’ayant jamais décidé l’exclusion de Delsol, main­tient ce camarade à la cellule et lui demande de venir présenter son point de vue à la prochaine conférence de rayon » (Contre le Courant, 30 décembre 1927). Il avait rejoint depuis novembre le journal Contre le Courant fondé par Maurice Paz, dont il devint membre du comité de rédaction. Il écrivit dans ce journal jusqu’à sa disparition en 1929, puis participa à son successeur éphémère Le Libérateur.

Cette évolution politique eut des répercussions sur son engagement syndical. Il défendit dans la C.G.T.U. les thèses de la Ligue syndicaliste animée par P. Monatte puis signa, en novembre 1930, l’appel dit des « vingt-deux » pour la réunification syndicale — voir Bour B. et Chambelland M.

En 1930, il fut élu secrétaire général du syndicat C.G.T. du Gaz de banlieue, succédant à E. Laurent (et devint en même temps gérant du Bulletin du syndicat puis du journal Le gazier de banlieue) ; il occupera ce poste jusqu’en 1939 et marquera profondément la vie de ce syndicat (à sa suite la majorité des adhérents ral­liera Force Ouvrière en 1948). Il était lié à Henri Sel­lier qui, au conseil général de la Seine, était amené à s’occuper de la distribution du gaz et de l’électricité dans les communes. En 1932, lors du XIIe congrès de la Fédération C.G.T. de l’Éclairage, il fut élu au comité fédéral, et réélu au congrès de 1934. Dans cet orga­nisme, il anima l’un des deux courants d’opposition (l’autre étant animé par le communiste Emile Pas-quier) à la ligne proche de Jouhaux défendue par le secrétaire général Charles Biot. Pour ses prises de position jugées réformistes au congrès fédéral de 1932, il fut vigoureusement pris à partie par Marcel Paul, secrétaire de la Fédération C.G.T.U. des Services publics dans La Vie Ouvrière du 14 octobre 1932. Delsol fit partie du Comité provisoire d’organisation de la Conférence nationale contre ia guerre réunie à Saint-Denis les 10-11 août 1935. Il était également militant espérantiste.

Délégué au congrès fédéral d’unité de 1936, il prit position pour l’incompatibilité entre mandats syndi­caux et politiques. Elu au Bureau fédéral comme gérant du journal Éclairage et Force motrice, il fut convenu qu’il n’assisterait pas aux réunions de bureau pour que l’équilibre des tendances ne soit pas rompu (trois ex-C.G.T.U., trois ex-C.G.T.). En 1937, il était membre du Comité intersyndical C.G.T. des ser­vices publics de la région parisienne.
Délégué du XVe congrès fédéral en juin 1937, membre de la commission des résolutions, il prit position contre l’une des décisions importantes de ce congrès : la création, au sein de la Fédération, d’un syndicat de cadres (le Groupement national des Cadres, mis en place fin 1937); il fut alors réélu au >comité fédéral (403 voix sur 561 suffrages exprimés) et au bureau fédéral (à part entière cette fois) avec à nouveau le poste de gérant du journal (qui en juillet 1938 prendra le titre de Force — le nom de Delsol toutefois n’apparaît au bas de l’organe fédéral qu’en janvier 1938, remplaçant celui de Lafon).
En 1938, Delsol se prononça pour les accords de Munich. En novembre 1939, était réuni le comité fédéral, en l’absence des mobilisés, et notamment du secrétaire général Marcel Paul. D’accord avec la majo­rité du bureau confédéral (« il n’y a plus de collaboration possible avec ceux qui n’ont pas voulu ou pas pu condamner» le Pacte germano-soviétique), il estima « urgent de soustraire la Fédération des influences communistes » (P.V. de réunion), et il prit l’initiative d’une motion en ce sens (14 voix pour, 4 contre et 2 abstentions, sur 30 membres du CF. — les mobilisés n’ayant pas été autorisés à voter). Le bureau élu au congrès de Lyon en 1937 fut remplacé par un nou­veau bureau, Delsol devenant secrétaire et Gabriel Borie — voir ce nom — secrétaire général. Même les non-communistes Jacques Alliez et Lucien Barthes — voir ces noms — qui, tout en condamnant le Pacte, voulaient continuer à travailler avec les communistes, furent éliminés de la direction. Delsol et Borie dirigeront durant toute la guerre cette Fédération syndicale « légale » et ils seront qualifiés d’« usurpateurs » et de « scissionnistes » par les communistes. Dans un numéro de Force (série de guerre, mars 1940) que la nouvelle équipe fit reparaître, Delsol écrivit un long article en première page : « le syndicalisme continue » qui commence ainsi : « Le mouvement syndical vient de subir une rude secousse, du fait de la guerre provoquée par l’alliance Hitler-Staline, et de l’attitude scandaleuse de certains militants qui avaient toujours pré­conisé une politique d’opposition à l’hitlérisme, et qui se sont subitement démasqués comme des agents d’un gouvernement qui est lui-même l’allié de Hitler. Nous avons à nous débarrasser de ces agents en conformité avec notre position de l’indépendance du mouvement syndical ». Dans cet article, il réaffirmait son soutien à Munich (« un mauvais accord vaut mieux que la guerre ») et concluait : « La Fédération est maintenant redevenue ce qu’elle était avant le congrès de Lyon : indépendante des partis politiques et du gouvernement. Nous la maintiendrons fermement dans cette voie. »
Grâce à un gros cahier noir qui contient les procès-verbaux des séances de la direction de la Fédération légale et qui est conservé dans les archives de la Fédération C.G.T. de l’énergie, nous apprenons que jusqu’en août 1944, cette Fédération a tenu quatorze commissions executives, quatre comités fédéraux, deux assemblées des syndicats de la zone libre et une conférence nationale. La lecture de ce cahier met en évidence les positions de Clément Delsol durant cette guerre. Il semble avoir eu confiance en René Belin qu’il rencontra à Vichy le 4 février 1941. Fin 1942, Belin fut nommé président et directeur de la caisse nationale de retraites des industries de l’électricité et du gaz et Delsol déclara le 28 décembre que « ce cumul a été rendu nécessaire et ne peut qu’être favorable au bon fonctionnement de notre organisme » (P.V. p. 159). Son attitude vis-à-vis de la Charte du Travail est caractéristique : le 8 novembre 1941 Delsol déclara que « la Charte du Travail qui vient d’être promulguée est fort différente du projet de Belin. Cette loi est une camisole de force que l’on veut passer aux travailleurs » ; cependant il fut vice-président de la commission chargée de préparer l’application de la Charte dans l’électricité et le gaz. Il faut attendre fin 1943 pour qu’à l’issue de la conférence nationale des 18 et 19 décembre, il soit décidé que la Fédération de l’éclairage devait se retirer de tous les organismes de la Charte. Delsol sera alors violemment pris à partie
par le journal pétainiste l’Atelier, l’article de Georges Dharnes (Dumoulin) accusant Delsol « d’attendre et de louvoyer à travers les ondulations des événements» (27 mai 1944).
L’attitude de Delsol concernant la réunification de la Fédération fut également contradictoire. Après les accords du Perreux, en avril 1943, le Bureau confédéral réunifié demanda aux Fédérations de faire à leur tour leur unité. La Fédération dite « illégale » de l’éclairage (tendance Frachon) était dirigée depuis 1942 par Fernand Gambier — voir ce nom. Par la copie de cinq lettres que Gambier a adressées au B.C. entre janvier et juillet 1944, nous suivons les pourparlers d’unité (Delsol est désigné dans ces lettres par le chiffre 13). Gambier proposera que le secrétariat soit reconstitué ainsi : trois postes à la tendance Frachon, un poste à la tendance Jouhaux (« deux auraient pu être consentis s’il y avait eu volonté d’unité de leur part » — lettre de la direction de la Fédération illégale (signée Gambier) au B.C. 28 juillet 1944. Delsol refusa, et malgré les interventions de Saillant et Nedelec (de Marseille), la réunification ne se fit qu’à la libération de Paris.
En août 1944, les Fédérations d’industries réintégrèrent leurs locaux du 213, rue Lafayette. Les dirigeants illégaux de l’Éclairage qui se tenaient aux bords du bâtiment durant les combats, chassèrent des bureaux Clément Delsol et ses amis. Mais Saillant et Frachon ayant ordonné que l’unité se fasse, un bureau unitaire fut mis en place le 1er septembre : Fernand Gambier (tendance Frachon) devint secrétaire général, Delsol secrétaire permanent avec Lucien Barthes (tendance Frachon) et Jean-Baptiste Tomas (tendance Jouhaux). Au retour de déportation, Marcel Paul redevint secré­taire général, Delsol restant l’un des secrétaires permanents.
Après la nationalisation de l’électricité et du gaz, en 1946, à laquelle il contribua, Delsol fut de février 1947 à fin 1949 vice-président du conseil central des œuvres sociales (Marcel Paul étant président), orga­nisme chargé des questions sociales du personnel d’E.D.F.-G.D.F. Fin 1947, Delsol fut le principal fondateur de Force Ouvrière à E.D.F.-G.D.F. Il devint secrétaire général de la Fédération F.O. de l’industrie de l’énergie électrique et gazière, puis, en 1952, prési­dent. Il était également à l’époque membre de la commission exécutive de Force Ouvrière (élu à la C.A. au congrès constitutif d’avril 1948). Il quitta ses responsabilités syndicales en 1954, au moment de sa retraite. Il appela à voter « non » au référendum sur la constitution de la Ve République en 1958. En 1962, Delsol devint président d’honneur du groupement parisien des retraités Force Ouvrière d’E.D.F.-G.D.F.
Il avait collaboré régulièrement à la revue La Révo­lution Prolétarienne depuis sa création.

SOURCES : Arch. J. Maitron. – I.R.M., bobine 149. – Contre le courant, 1927-1929. – Éclairage et Force motrice, octobre-novembre 1930 et 1935-1938. – Force, 1938-1940. – L’Humanité, 24 novembre et 1″ décembre 1919. – Le Cri du Peuple, 1» juillet 1931. – La Voix du Peuple, mars 1936. – La Révolution Prolétarienne, octobre 1952 et juillet-août 1972. – Arch. Fédération C.G.T. de l’Énergie, Efforts et résul­tats du syndicat général du personnel du gaz de banlieue (plaquette du syndicat, 124 p., 1939, préface de Delsol. – Papiers Fernand Gambier. – R. Gaudy, Les Porteurs d’Énergie, Et la lumière fut nationalisée (Éd. sociales, 1978). – Notes de J.-M. Brabant.

J. Maitron, R. Gaudy

Une Réponse to “Biographie de C. Delsol”

  1. La vie et la mort du Comité des 22 (Monatte, 1931) « La Bataille socialiste Says:

    […] pas d’organisation, mais des militants plus ou moins isolés, plus ou moins représentatifs. Delsol, le secrétaire du Gaz de banlieue, et Hagnauer, le secrétaire adjoint de la section de la Seine […]

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