Biographie de J.-P. Finidori

septembre 29, 2007 by lucien

FINIDORI Jean-Paul.
Né le 2 mars 1890 à Figari (Corse), fils d’un laboureur. Comptable, en 1922 employé de la municipalité de Tunis. Membre de la C.G.T.U. et de la Fédération de Tunisie du P.C. (S.F.I.C). La Fédération communiste de Tunisie était issue du ralliement à la IIIe Internationale de la majorité de l’ancienne Fédération socialiste et de syndicalistes. A la différence des Fédérations communistes d’Algérie, la Fédération de Tunisie exprima aussitôt son adhésion au mot d’ordre d’indépendance des colonies, s’employa à l’arabisation du Parti, prit en compte la question nationale comme en témoignent les articles du jeune lycéen puis étudiant Maurice Raimbault , dans le journal devenu l’organe communiste qu’était L’Avenir social. C’est pour avoir lancé une presse communiste en langue arabe et soutenu la cause nationale tunisienne que Robert Louzon fut emprisonné, condamné et expulsé de Tunisie en août 1922.
C’est Jean-Paul Finidori qui apparaissait comme son second et, parce que Français, qui lui succéda comme gérant de L’Avenir social; il assura aussi le secrétariat de la Fédération communiste. Son activité militante s’exerça non seulement en tant que responsable communiste, ce qui lui valut déjà d’être révoqué de son emploi municipal et il dut alors travailler comme employé comptable chez un représentant de commerce, mais Jean-Paul Finidori se trouva également amené à soutenir les mouvements de grèves dans des entreprises proches de Bizerte en août et septembre 1924 comme celles de Tunis en août et septembre également et de sa banlieue sud en janvier 1925 et plus encore à prendre part à la naissance et au développement d’un syndicalisme tunisien : Confédération générale des Travailleurs tunisiens (C.G.T.T.) animée par les communistes et dirigée par Mohamed Ali, secrétaire général.

Ce soutien au premier syndicalisme tunisien et sa responsabilité de gérant de L’Avenir social valurent à J.-P. Finidori plusieurs condamnations : un an de prison pour écrits outrageant le Résident général, deux ans pour provocation de militaires à la désobéissance, deux ans et demi pour atteinte au pouvoir de la République française en Tunisie. Mais les condamna­tions s’accumulèrent pour mettre fin à son action en Tunisie ; arrêté avec les syndicalistes tunisiens en février 1925 pour complot contre la sûreté intérieure de l’État, il fut jugé à Tunis en novembre 1925 et condamné à dix ans de bannissement. Le procureur de la République disait dans son réquisitoire : « le plus coupable, c’est Finidori, le traître français dont le but était le massacre de ses compatriotes ».
A la suite de son bannissement et après sa rupture avec le P.C. Finidori vint à Paris sous un faux nom, se prononça pour l’indépendance du syndicalisme (cf. Le Cri du Peuple) et rejoignit Robert Louzon et l’équipe de La Révolution Prolétarienne; il appartint au « noyau » de cette revue, y collabora, publiant notamment en 1938 une étude sur la Tunisie, après la répression du mouvement national du 9 avril 1938. Il avait appartenu en juillet 1935 au comité provisoire d’organisation de la Conférence nationale de Saint-Denis contre la guerre, qui siégea les 10 et 11 août.
Admis au syndicat des correcteurs le 15 mars 1935, J.-P. Finidori appartint au comité syndical de 1946 à 1948 puis de 1952 à 1955. Il fut trésorier du syndicat de 1952 à 1954 et trésorier adjoint en 1955. Retraité, il se retira à Tunis où il vit toujours en 1986.

ŒUVRE: Batailles ouvrières, la C.S.T. tunisienne et les impérialistes français des années 20. textes-documents de R. Louzon, 1981, 56 pages.

SOURCES: L’Internationale, 24 mai 1922. - La Révolution Prolétarienne, articles sur le procès de Tunis. - Le Cri du Peuple, 1930-1931. -Thèse Liauzy, op. cit. - Y. Blondeau, Le Syndicat des correcteurs, op. cit. - Notes de J.-P. Finidori, juillet 1980.

R. Gallissot

Extrait du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier Maitron (4° partie, tome 28, 1986)

Biographie de C. Delsol

septembre 18, 2007 by lucien

DELSOL Clément, Emile.

Né à Figeac (Lot) le 11 février 1889, mort le 10 juin 1972. Ouvrier métallurgiste puis dirigeant du syndicat du Gaz de banlieue. Militant communiste, puis socia­liste.

En 1907, à dix-huit ans, Clément Delsol fut licencié pour avoir chômé le Ier Mai. Après avoir fait son tour de France, il vint travailler à Paris. Mouleur sur métaux, il fut, dès avant la Première Guerre mon­diale, militant actif de son syndicat et membre du Parti S.F.I.0. Mobilisé en 1914, il fut placé en 1916 en sursis d’appel comme mouleur dans une usine de guerre. Redevenu militant après sa libération de l’armée, il fut candidat aux élections municipales du 30 novembre 1919 dans le IIe arr. de Paris (quartier du Mail), et obtint 421 voix sur 4 307 inscrits. Partisan de la IIIe internationale, il mena, en 1920, la lutte sur le plan syndical en participant, en octobre, à la consti­tution du Comité central syndicaliste révolutionnaire. Il était devenu, à l’époque, contrôleur du gaz et membre du syndicat général du personnel de banlieue (Société Éclairage, Chauffage, Force Motrice — E.C.F.M. —, qui exploitait une grande usine à Gennevilliers, et distribuait le gaz dans toute la proche banlieue).

D’après Ferdinand Charbit, lors de la scission de 1921, « trois cents de ses camarades voulaient adhérer à la C.G.T.U. et avaient offert à Delsol, qui était mino­ritaire dans son syndicat, de prendre le secrétariat du nouveau. Mais Delsol, non seulement refusa de suivre ces camarades, mais parvint à les dissuader de quitter l’ancien syndicat, réussissant ainsi à maintenir l’unité chez les gaziers, comme Monatte avec contribué à sauver celle des correcteurs ». (La Révolution Proléta­rienne, août 1972). Il semble donc bien que Delsol n’ait pas adhéré à la C.G.T.U. (on n’a d’ailleurs pas trace d’un syndicat C.G.T.U. du Gaz de banlieue).

En janvier 1921, Delsol fut élu secrétaire de la 2e section de la Fédération de la Seine du Parti commu­niste et devint, l’année suivante, membre de la commission fédérale des conflits. Il fut élu à la commission des comptes de ia Fédération de la Seine le 10 septembre 1922. En 1925, il signa la lettre des 250 au comité exécutif de l’Internationale communiste protestant contre le régime autoritaire du Parti et criti­quant sa ligne politique — voir tome 16. Il fit cepen­dant un geste en février 1926, en démissionnant de la rédaction du Bulletin communiste devenu hostile à la direction, mais il refusa de faire au Bureau politique une déclaration de rupture avec l’opposition. Il signa, vers décembre 1926-janvier 1927, un manifeste paru partiellement dans le n° 4 (30 janvier 1927) de La Dis­cussion pour la « démocratie ouvrière dans le Parti » puis démissionna de ses responsabilités. En 1927, il fut exclu alors qu’il était secrétaire de la cellule du 7e rayon de la Région parisienne. Sa cellule aurait voté le 14 décembre 1927 la motion suivante: «La cellule 114 n’ayant jamais décidé l’exclusion de Delsol, main­tient ce camarade à la cellule et lui demande de venir présenter son point de vue à la prochaine conférence de rayon » (Contre le Courant, 30 décembre 1927). Il avait rejoint depuis novembre le journal Contre le Courant fondé par Maurice Paz, dont il devint membre du comité de rédaction. Il écrivit dans ce journal jusqu’à sa disparition en 1929, puis participa à son successeur éphémère Le Libérateur.

Cette évolution politique eut des répercussions sur son engagement syndical. Il défendit dans la C.G.T.U. les thèses de la Ligue syndicaliste animée par P. Monatte puis signa, en novembre 1930, l’appel dit des « vingt-deux » pour la réunification syndicale — voir Bour B. et Chambelland M.

En 1930, il fut élu secrétaire général du syndicat C.G.T. du Gaz de banlieue, succédant à E. Laurent (et devint en même temps gérant du Bulletin du syndicat puis du journal Le gazier de banlieue) ; il occupera ce poste jusqu’en 1939 et marquera profondément la vie de ce syndicat (à sa suite la majorité des adhérents ral­liera Force Ouvrière en 1948). Il était lié à Henri Sel­lier qui, au conseil général de la Seine, était amené à s’occuper de la distribution du gaz et de l’électricité dans les communes. En 1932, lors du XIIe congrès de la Fédération C.G.T. de l’Éclairage, il fut élu au comité fédéral, et réélu au congrès de 1934. Dans cet orga­nisme, il anima l’un des deux courants d’opposition (l’autre étant animé par le communiste Emile Pas-quier) à la ligne proche de Jouhaux défendue par le secrétaire général Charles Biot. Pour ses prises de position jugées réformistes au congrès fédéral de 1932, il fut vigoureusement pris à partie par Marcel Paul, secrétaire de la Fédération C.G.T.U. des Services publics dans La Vie Ouvrière du 14 octobre 1932. Delsol fit partie du Comité provisoire d’organisation de la Conférence nationale contre ia guerre réunie à Saint-Denis les 10-11 août 1935. Il était également militant espérantiste.

Délégué au congrès fédéral d’unité de 1936, il prit position pour l’incompatibilité entre mandats syndi­caux et politiques. Elu au Bureau fédéral comme gérant du journal Éclairage et Force motrice, il fut convenu qu’il n’assisterait pas aux réunions de bureau pour que l’équilibre des tendances ne soit pas rompu (trois ex-C.G.T.U., trois ex-C.G.T.). En 1937, il était membre du Comité intersyndical C.G.T. des ser­vices publics de la région parisienne.
Délégué du XVe congrès fédéral en juin 1937, membre de la commission des résolutions, il prit position contre l’une des décisions importantes de ce congrès : la création, au sein de la Fédération, d’un syndicat de cadres (le Groupement national des Cadres, mis en place fin 1937); il fut alors réélu au >comité fédéral (403 voix sur 561 suffrages exprimés) et au bureau fédéral (à part entière cette fois) avec à nouveau le poste de gérant du journal (qui en juillet 1938 prendra le titre de Force — le nom de Delsol toutefois n’apparaît au bas de l’organe fédéral qu’en janvier 1938, remplaçant celui de Lafon).
En 1938, Delsol se prononça pour les accords de Munich. En novembre 1939, était réuni le comité fédéral, en l’absence des mobilisés, et notamment du secrétaire général Marcel Paul. D’accord avec la majo­rité du bureau confédéral (« il n’y a plus de collaboration possible avec ceux qui n’ont pas voulu ou pas pu condamner» le Pacte germano-soviétique), il estima « urgent de soustraire la Fédération des influences communistes » (P.V. de réunion), et il prit l’initiative d’une motion en ce sens (14 voix pour, 4 contre et 2 abstentions, sur 30 membres du CF. — les mobilisés n’ayant pas été autorisés à voter). Le bureau élu au congrès de Lyon en 1937 fut remplacé par un nou­veau bureau, Delsol devenant secrétaire et Gabriel Borie — voir ce nom — secrétaire général. Même les non-communistes Jacques Alliez et Lucien Barthes — voir ces noms — qui, tout en condamnant le Pacte, voulaient continuer à travailler avec les communistes, furent éliminés de la direction. Delsol et Borie dirigeront durant toute la guerre cette Fédération syndicale « légale » et ils seront qualifiés d’« usurpateurs » et de « scissionnistes » par les communistes. Dans un numéro de Force (série de guerre, mars 1940) que la nouvelle équipe fit reparaître, Delsol écrivit un long article en première page : « le syndicalisme continue » qui commence ainsi : « Le mouvement syndical vient de subir une rude secousse, du fait de la guerre provoquée par l’alliance Hitler-Staline, et de l’attitude scandaleuse de certains militants qui avaient toujours pré­conisé une politique d’opposition à l’hitlérisme, et qui se sont subitement démasqués comme des agents d’un gouvernement qui est lui-même l’allié de Hitler. Nous avons à nous débarrasser de ces agents en conformité avec notre position de l’indépendance du mouvement syndical ». Dans cet article, il réaffirmait son soutien à Munich (« un mauvais accord vaut mieux que la guerre ») et concluait : « La Fédération est maintenant redevenue ce qu’elle était avant le congrès de Lyon : indépendante des partis politiques et du gouvernement. Nous la maintiendrons fermement dans cette voie. »
Grâce à un gros cahier noir qui contient les procès-verbaux des séances de la direction de la Fédération légale et qui est conservé dans les archives de la Fédération C.G.T. de l’énergie, nous apprenons que jusqu’en août 1944, cette Fédération a tenu quatorze commissions executives, quatre comités fédéraux, deux assemblées des syndicats de la zone libre et une conférence nationale. La lecture de ce cahier met en évidence les positions de Clément Delsol durant cette guerre. Il semble avoir eu confiance en René Belin qu’il rencontra à Vichy le 4 février 1941. Fin 1942, Belin fut nommé président et directeur de la caisse nationale de retraites des industries de l’électricité et du gaz et Delsol déclara le 28 décembre que « ce cumul a été rendu nécessaire et ne peut qu’être favorable au bon fonctionnement de notre organisme » (P.V. p. 159). Son attitude vis-à-vis de la Charte du Travail est caractéristique : le 8 novembre 1941 Delsol déclara que « la Charte du Travail qui vient d’être promulguée est fort différente du projet de Belin. Cette loi est une camisole de force que l’on veut passer aux travailleurs » ; cependant il fut vice-président de la commission chargée de préparer l’application de la Charte dans l’électricité et le gaz. Il faut attendre fin 1943 pour qu’à l’issue de la conférence nationale des 18 et 19 décembre, il soit décidé que la Fédération de l’éclairage devait se retirer de tous les organismes de la Charte. Delsol sera alors violemment pris à partie
par le journal pétainiste l’Atelier, l’article de Georges Dharnes (Dumoulin) accusant Delsol « d’attendre et de louvoyer à travers les ondulations des événements» (27 mai 1944).
L’attitude de Delsol concernant la réunification de la Fédération fut également contradictoire. Après les accords du Perreux, en avril 1943, le Bureau confédéral réunifié demanda aux Fédérations de faire à leur tour leur unité. La Fédération dite « illégale » de l’éclairage (tendance Frachon) était dirigée depuis 1942 par Fernand Gambier — voir ce nom. Par la copie de cinq lettres que Gambier a adressées au B.C. entre janvier et juillet 1944, nous suivons les pourparlers d’unité (Delsol est désigné dans ces lettres par le chiffre 13). Gambier proposera que le secrétariat soit reconstitué ainsi : trois postes à la tendance Frachon, un poste à la tendance Jouhaux (« deux auraient pu être consentis s’il y avait eu volonté d’unité de leur part » — lettre de la direction de la Fédération illégale (signée Gambier) au B.C. 28 juillet 1944. Delsol refusa, et malgré les interventions de Saillant et Nedelec (de Marseille), la réunification ne se fit qu’à la libération de Paris.
En août 1944, les Fédérations d’industries réintégrèrent leurs locaux du 213, rue Lafayette. Les dirigeants illégaux de l’Éclairage qui se tenaient aux bords du bâtiment durant les combats, chassèrent des bureaux Clément Delsol et ses amis. Mais Saillant et Frachon ayant ordonné que l’unité se fasse, un bureau unitaire fut mis en place le 1er septembre : Fernand Gambier (tendance Frachon) devint secrétaire général, Delsol secrétaire permanent avec Lucien Barthes (tendance Frachon) et Jean-Baptiste Tomas (tendance Jouhaux). Au retour de déportation, Marcel Paul redevint secré­taire général, Delsol restant l’un des secrétaires permanents.
Après la nationalisation de l’électricité et du gaz, en 1946, à laquelle il contribua, Delsol fut de février 1947 à fin 1949 vice-président du conseil central des œuvres sociales (Marcel Paul étant président), orga­nisme chargé des questions sociales du personnel d’E.D.F.-G.D.F. Fin 1947, Delsol fut le principal fondateur de Force Ouvrière à E.D.F.-G.D.F. Il devint secrétaire général de la Fédération F.O. de l’industrie de l’énergie électrique et gazière, puis, en 1952, prési­dent. Il était également à l’époque membre de la commission exécutive de Force Ouvrière (élu à la C.A. au congrès constitutif d’avril 1948). Il quitta ses responsabilités syndicales en 1954, au moment de sa retraite. Il appela à voter « non » au référendum sur la constitution de la Ve République en 1958. En 1962, Delsol devint président d’honneur du groupement parisien des retraités Force Ouvrière d’E.D.F.-G.D.F.
Il avait collaboré régulièrement à la revue La Révo­lution Prolétarienne depuis sa création.

SOURCES : Arch. J. Maitron. - I.R.M., bobine 149. - Contre le courant, 1927-1929. - Éclairage et Force motrice, octobre-novembre 1930 et 1935-1938. - Force, 1938-1940. - L’Humanité, 24 novembre et 1″ décembre 1919. - Le Cri du Peuple, 1» juillet 1931. - La Voix du Peuple, mars 1936. - La Révolution Prolétarienne, octobre 1952 et juillet-août 1972. - Arch. Fédération C.G.T. de l’Énergie, Efforts et résul­tats du syndicat général du personnel du gaz de banlieue (plaquette du syndicat, 124 p., 1939, préface de Delsol. - Papiers Fernand Gambier. - R. Gaudy, Les Porteurs d’Énergie, Et la lumière fut nationalisée (Éd. sociales, 1978). - Notes de J.-M. Brabant.

J. Maitron, R. Gaudy

Avertissement

mai 29, 2007 by monatte

Bienvenue sur le nouveau site de la revue La Révolution prolétarienne. Ce site reste en construction, sur la base d’un déménagement des fichiers de notre dossier hébergé jusqu’ici sur le site Ensemble.

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Souvenirs sur la V.O. (1959)

mai 29, 2007 by lucien

Les derniers articles de Monatte racontent son travail de 1909 à la première guerre mondiale: monatte59.pdf

Réponse à Romain Rolland

mai 26, 2007 by lucien

Pour lire ce texte de Marcel Martinet paru dans la RP n°195 du 25 janvier 1936, allez sur le site des éditions Agone et ouvrez le pdf de la revue Agone n°31-32 à la page 272.

Parution : 16/09/2004
ISBN : 2-7489-0027-8
304 pages
15 x 21 cm
22.00 Euros

L’histoire est mon combat, par Pierre Vidal-Naquet

mai 1, 2007 by lucien

LIVRES

L’Histoire est mon combat

par Pierre VIDAL-NAQUET

Entretien avec D. BOUREL et H. Monsacré

Editions Albin-Michel, coll. Itinéraires du savoir

Note de lecture de Jean Moreau dans le n° 756 de mars 2007

Mort en 2006, Pierre Vidal-Naquet, dans ces ultimes entretiens, montre combien sa vie fut celle d’un homme et d’un citoyen toujours en chemin. Si celui-ci - selon son expression - “a pris d’innombrables détours”, il témoigne aussi de l’honneur d’exister. Historien, philosophe, philologue, militant républicain, il ne transigea jamais avec le devoir de vérité et de justice.

Depuis ses combats contre la torture et la raison d’Etat lors de la guerre d’Algérie, puis contre le négationnisme pratiqué par les “assassins de la mémoire”, enfin pour les immigrés, ce livre relate l’itinéraire d’un homme dont la simplicité égalait le courage, la connaissance et le sens de l’amitié. Le hasard voulut de que l’eusse au téléphone quelques semaines avant son décès: abonné de longue date à la RP, avec une profonde conviction, il réaffirmait l’importance de la lutte pour la justice sociale, la nécessité de ne pas accepter l’intolérable. Enfin, il aimait la poésie, attitude qui construit et embellit le destin des Justes.

Actualité de la Révolution prolétarienne

avril 7, 2007 by lucien

Les mots de révolution ou de prolétariat provoquent le ricanement du cynique et le sourire condescendant de celui qui est revenu de tout, mais aussi leur content de haine et de mépris. Car le feu couve sous la cendre, et la question sociale en suspens n’en finit pas de troubler le sommeil des gestionnaires, quoiqu’ils en disent. Quant aux courants critiques et libertaires du mouvement ouvrier, l’amnésie règne encore. Pourtant, si l’on se penche sur les origines du Parti Communiste Français, on y découvrira les tendances syndicalistes révolutionnaires étouffées par les scories de la social-démocratie et la prétendue “bolchevisation”. Et ce retour au source sera nécessairement profitable. Car l’extrême urgence de dessiner à grands traits un projet de transformation sociale adapté à notre temps ne saurait nous dispenser de réfuter les mensonges déconcertants qui obscurcissent l’histoire tragique de l’émancipation ouvrière au XXème siècle.

Alors que la quasi-totalité des dirigeants syndicalistes français se rallient à « l’union sacrée », une poignée de militants fidèles à l’internationalisme prolétarien résistent à la marée patriotique et saluent avec espoir la conférence de Zimmerwald qui tente de réveiller l’esprit de solidarité par delà des frontières pour s’opposer à la boucherie impérialiste. En 1917, ils prennent fait et cause pour la révolution d’octobre qui semble réaliser l’idéal pour lequel ils ont toujours combattu. Et malgré leurs divergences avec les bolcheviks et les nouvelles inquiétantes qui commencent à circuler concernant la répression des opposants, les atteintes aux libertés ouvrières et la liquidation des formes originales de la démocratie soviétique, ils gardent leur confiance dans certains des dirigeants de l’Internationale et adhèrent au jeune Parti Communiste Français où ils prennent rapidement des responsabilités. Rosmer entre au Bureau politique, Monatte, Chambelland, et quelques autres, se retrouvent au comité directeur et à la rédaction de l’Humanité. Mais cette collaboration sera de courte durée. L’évolution de l’Internationale Communiste après la mort de Lenine aggrave la crise interne et les luttes de fraction, la domination d’un clan aux ordres des nouveaux maîtres de Moscou rend tout débat impossible. Objets de critiques incessantes, les syndicalistes révolutionnaires démissionnent en 1924 de toutes leurs fonctions, dénonçant l’arrivisme, l’électoralisme et les méthodes autocratiques de l’équipe en place, l’obéissance aveugle aux mots d’ordre et la « mentalité de chambrée » qui s’installe dans l’organisation. Et progressivement, exclus ou démissionnaires, tous vont quitter le Parti.

Le premier numéro de « La Révolution Prolétarienne » paraît en janvier 1925. Revue de combat, avant tout fidèle à la charte d’Amiens, c’est à bien des égards la continuation de la « Vie Ouvrière » fondée par Monatte en 1909 [1]. Refusant la voie réformiste comme la subordination au Parti, elle procède à l’examen de tous les problèmes pratiques et théoriques qui se posent au mouvement ouvrier, et publie des articles de fond où la question du communisme tient la plus grande place, ainsi que des études très documentées sur la vie syndicale, les grèves, la situation économique et industrielle. Stigmatisant l’impérialisme français en Indochine, à Madagascar et en Afrique du Nord, la “RP” est très tôt attentive à la condition des peuples colonisés comme à la naissance des mouvements d’émancipation, et elle contribue d’une manière décisive à la prise de conscience des problèmes coloniaux par le mouvement syndical. Mais on y trouve également de nombreuses enquêtes et des témoignages sur l’URSS et les pays de l’Est. Véritable centre de résistance à la mainmise stalinienne sur le mouvement ouvrier, elle dénonce sans relâche les conditions de vie des prolétaires dans les contrées du socialisme réel, la persécution des trotskistes et des anciens camarades de Lenine, la liquidation des cadres du mouvement communiste international dans les cachots de la GPU, les assassinats et les déportations.

La “RP” reparaît au lendemain de la libération. Mais Monatte, Rosmer et Chambelland s’en éloignent au début des années 50, très critiques vis à vis de l’orientation atlantiste prise par certains rédacteurs, et la revue ne réussira pas à retrouver l’influence qui était la sienne entre les deux guerres. Elle continue à paraître aujourd’hui, malgré les difficultés financières. Luttant inlassablement contre le refoulement de l’histoire et de l’analyse critique, elle n’a pas renoncé à la grande espérance portée par le mouvement ouvrier.

François Lonchampt, 2002

“La révolution Prolétarienne”, siège social : 26 rue des Rosiers, 75004 PARIS, abonnement par chèque bancaire ou postal de 23 euros.


[1] Sur la vie de ce militant exemplaire, on consultera avec bonheur l’excellent livre que lui a consacré Colette Chambelland, Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, aux éditions de l’Atelier, 1999.

La violence

avril 7, 2007 by lucien

LIVRES

La violence

Par Véronique LE GOAZIOU

Coll. “Idées reçues”, Ed. Le Cavalier Bleu, 31 rue de Belfond - 75009 Paris (128 pages, 8,90 euros)

Philosophe, sociologue et ethnologue, Véronique Le Goaziou invite ses lecteurs à garder les yeux ouverts, loin des fantasmes, des rumeurs, des représentations fallacieuses imposées par des medias ou idéologies à la mode. D’où la passionnantes problématique de la démarche. L’auteur part des idées reçues pour les soumettre au libre examen des faits, enrichi par l’exercice d’une connaissance sûre. Ainsi: laviolence résulte-t-elle de notre seule part animale? Sévit-elle surtout parmi les milieux les plus défavorisés? S’accroît-elle de nos jours? etc.

La sociologue explique notamment que la violence, “longtemps a été l’autre: le paysan des villages, le sauvage des contrées lointaines, le libertin, le cruel, le fou, l’errant, le pauvre, à chaque fois celui qui incarnait la figure contraire…“. On le constate encore aujourd’hui avec la figure du sauvageon des cités sensibles. Mais invoquant Hanna Arendt, elle rappelle combien la banalité du mal est en nous et comment il fait distinguer ses diverses manifestations: incivilité, délits, crimes… ainsi que les sources des indicateurs de déliquance et de criminalité. Quels que soient son origine et le lieu du monde où il habite, l’homme est toujours en cours de civilisation et, comme le souligne Norbert Elias dansz La Dynamique de l’Occident, “L’écot que chacun paie à une société à un moment donné, est aussi fonction de ce qu’elle procure à chacun de ses membres…

Jean MOREAU

(n° 755)

Interview de Colette Chambelland (1999)

avril 6, 2007 by lucien

INTERVIEW DE COLETTE CHAMBELLAND

pour Maitron.org

à l’occasion de la parution de son livre Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, paru aux Editions de l’Atelier en septembre 1999

Colette Chambelland a déja dirigé un ouvrage sur Le Musée social en son temps, publié aux Presses de l’école normale, Paris, 1998, 402 p. Pour le site Maitron, elle évoque le profil de Pierre Monatte, militant d’action directe.

Le Maitron.org : Vous allez publier en septembre prochain une biographie de Pierre Monatte. Est-ce le premier ouvrage qui lui est consacré ?

Colette Chambelland : C’est le premier en tant que biographie, mais il y avait déjà eu des publications de choix de textes et d’archives puisque avec Jean Maitron nous avions édité en 1968 des extraits de ses archives qui étaient considérables. J’ai publié des textes de Monatte sous le titre de La lutte syndicale chez François Maspéro.

LM : Pierre Monatte est à la fois connu et peu connu, il y a un intérêt réel autour du personnage et en même temps ce n’était pas un syndicaliste qui occupait des fonctions de premier plan.

CC : Non, il a toujours refusé toutes les responsabilités d’organisation. Il avait horreur du monde des permanents. Il n’a donc jamais été permanent dans aucune structure. Sa seule fonction a été sa participation à la Commission des bourses de la CGT pendant quelques années, de 1903 à 1914. Mais ce qui l’a le plus fait connaître, c’est la fondation de La Vie ouvrière sous forme de revue en 1909 et de La Révolution prolétarienne en 1925. La Vie ouvrière paraît encore comme revue de la CGT, mais sous d’autres formes et sous un autre titre, L’Hebdo. Quant à La Révolution prolétarienne, c’était plus une œuvre collective par rapport à La Vie ouvrière, qui était plutôt une création individuelle.

LM : Pouvez-vous caractériser ces revues ? Pourquoi sont-elles restées dans la mémoire et quel a été leur intérêt ?

CC : D’abord parce que le monde des revues était important, surtout pour la période avant 1914. Parce que c’était un milieu libre et on pouvait s’exprimer plus que dans un journal. Monatte aimait souvent rappeler une phrase de Pouget en disant ” le quotidien, le journal, c’est le pain, on l’achète tous les jours ; la revue ou l’hebdo c’est la brioche, on ne l’achète que de temps en temps, c’est une matière plus riche “. Les revues, malgré leur faible tirage ont eu un impact, tout comme la Nouvelle revue française qui avait d’ailleurs à ses débuts des tirages très limités. De plus, l’intérêt réside dans la conception de ces revues, en particulier La Vie ouvrière et après en 1925 La Révolution prolétarienne : ces revues devaient aider à former une action et des militants en les informant sans langue de bois, sans dogmatisme avec une ouverture aussi bien sur des problèmes internationaux que culturels. Il n’y a pas ce côté figé d’une revue militante. C’est très important. C’est pour ça que ces revues ont laissé des traces et qu’on les lit encore car on y trouve énormément d’informations sur le mouvement entre autres. Beaucoup de gens ont écrit dans La Vie ouvrière ou dans La Révolution prolétarienne comme Robert Debré qui est devenu après un très grand pédiatre, Bourguiba, ou les militants anticolonialistes. L’ouverture et le refus d’être simplement l’organe et l’expression d’un parti ou d’un syndicat quels qu’ils soient, est une autre caractéristique de ces revues. Elle s’applique aussi à la vie de Monatte et de ses amis.

LM : Alors pourquoi une biographie et non pas une étude de ces revues ?

CC : Je pense d’abord que la biographie est intéressante car elle permet de resituer l’homme lui-même avec ses caractéristiques, sa vie, et aussi, dans le cas de Monatte, on peut exploiter des archives personnelles et publiques absolument considérables. C’était quelqu’un qui gardait tout, en désordre peut-être, depuis ses cahiers de collège de Brioude. En plus il a tenu un journal personnel de 1928 au matin de sa mort en 1960. Ce sont des documents originaux. On peut saisir l’homme lui-même et pas seulement le militant. Dans la biographie, j’ai voulu lutter contre la vision stéréotypée du militant ouvrier. Il n’était pas ouvrier mais peu importe, il a toujours été pion et correcteur de presse jusqu’à sa mort. C’était surtout un homme de culture et un grand lecteur. Il gardait ses cahiers de lecture et lisait tout avec la même passion. Il a fréquenté aussi beaucoup de milieux intellectuels, à la fin de sa vie, Albert Camus était très proche de lui. Il y a des choses qui m’ont paru intéressantes de relever, par exemple, pendant l’Occupation, il faisait des corrections d’ouvrages pour Gallimard et Grasset par des relations personnelles. C’est lui qui a corrigé L’être et le néant et il a eu des contacts avec Sartre, qui se sont poursuivis après. Ils se sont séparés par la suite en désaccord sur les problèmes du communisme.

LM : Justement quel est le rapport de Monatte à la vie politique, au syndicalisme ? Comment se situe-t-il ?

CC : Il se situe comme un marginal. C’est le côté ni réformiste, ni stalinien. Il a été syndicaliste d’action directe avant 1914. Il s’est opposé très tôt aux déclarations de guerre de 1914, au courant d’Union sacrée qui a submergé le mouvement ouvrier, le liant aux instances gouvernementales. Il a été envoyé sur le front, en première ligne à Verdun, mobilisé après avoir démissionné du comité confédéral de la CGT. Ce n’était pas un pur hasard. En 1917, il a été soulevé d’enthousiasme par le déclenchement de la révolution russe, parce que d’abord il avait connu Trotsky dans les années 1914-1915, et puis il pensait que c’était un souffle révolutionnaire qui allait laver le mouvement ouvrier de la social-démocratie ministérialiste et réformiste. Il est rentré avec beaucoup d’hésitations au parti communiste tardivement, en 1923. Il était rentré comme rédacteur à l’Humanité après avoir fait reparaître La Vie ouvrière sous forme d’hebdo. Il a quitté le PC très tôt en 1924 pour protester contre des méthodes qu’il considérait déjà comme totalitaires, et il s’est opposé très violemment avec ses amis à ce que devenait la révolution en Union soviétique. Ils ont joué un rôle important dans les oppositions de gauche à Staline, sans être inféodés à tel ou tel groupe politique. C’est un problème de l’entre-deux-guerres car on connaît mal le mouvement syndical de cette époque là, c’est donc assez complexe. Par le biais de la biographie, je pense qu’on peut arriver à faire comprendre que tous n’étaient pas dans un courant dominant ni avant 1914, ni après. C’est l’intérêt d’étudier des hommes, comme Monatte, qui veulent garder leur liberté d’esprit. Alors évidemment, le problème de ces gens là, c’est qu’ils sont d’une certaine façon, les vaincus de l’histoire. Mais qui est vaincu qui ne l’est pas, c’est un autre problème, quand on voit la chute du communisme… Il reste, après la biographie, un problème : pourquoi alors que tout le monde dans les années 1930, 1945 pouvait connaître la vérité sur l’Union soviétique, cette vérité n’est-elle pas passée ? Ça reste une grande interrogation. Monatte en parlait dans sa presse, dans les articles. Et pourquoi les intellectuels français, Malraux dans les années 1930, Sartre après, se sont déshonorés en soutenant ce qu’ils auraient dû connaître et ce qu’ils avaient tous les moyens de connaître. C’est aussi vrai pour le colonialisme, dans La Révolution prolétarienne, il y a eu les premiers articles dès 1928 pour défendre l’indépendance, l’Algérie. C’est là qu’est apparu pour la première fois le terme de Vietnam pour l’Indochine. Peut-être qu’on a tort d’avoir raison trop tôt.

LM : D’où vient votre intérêt pour Pierre Monatte ?

CC : C’est un peu compliqué. C’est à la fois un intérêt historique et presque une histoire relativement personnelle, parce que mon père était militant. Pierre Monatte l’a fait venir pour prendre le secrétariat de rédaction de La Vie ouvrière en 1922, quand mon père avait 21 ans. Il a fait partie de l’équipe de fondation de La Révolution prolétarienne. C’est un milieu dans lequel j’ai toujours vécu. Mais c’est en plus un problème historique. Je suis historienne, donc pourquoi ne pas mêler l’approche personnelle et historique. Quand j’étais étudiante en histoire, c’était la période du stalinisme triomphant, tout le monde était communiste. Moi j’étais le monstre qui n’était pas dans la ligne, surtout quand on n’était pas de droite. Donc je trouve qu’il faut perpétuer une certaine idée du mouvement et des choses.

LM : Pensez-vous qu’aujourd’hui des syndicalistes ou des gens qui réfléchissent sur l’évolution de la société peuvent trouver dans la vie de Monatte ou dans ses textes, des éléments de construction de pensées politiques ?

CC : Oui, je pense. Monatte était quelqu’un de très attentif à l’évolution de la société. Il n’était pas du tout quelqu’un de figé sur des certitudes passées. Il a étudié de très près jusqu’à sa mort, les modifications de la classe ouvrière. Ce côté sociologique de la classe ouvrière l’a toujours passionné. Il pensait qu’en devenant permanent à vie, on perdait le contact avec la vie courante des gens. Il appelait ça ” les fuyards de l’atelier “, ces gens qui restent dans une organisation parce que c’est leur gagne-pain. Je lis bien à travers les biographies à quel point c’est vrai pour certaines personnes. Je crois qu’il n’aurait pas aimé être cité en exemple, il ne se pensait pas exemplaire. Il ne voulait pas être la statue du commandeur qui avait toujours raison et qui surveillait les autres. Je pense que c’est une leçon, à la fois de montrer comment le mouvement ouvrier, pour avoir de bons militants, doit avoir des militants qui soient de bons techniciens tout en restant proches de la base, des gens qu’ils défendent, et qui aient aussi une conception d’une culture humaniste. Monatte aimait bien reprendre l’expression de Pelloutier en disant ” il fait être les amants passionnés de la culture de soi-même mais faire une société d’hommes fiers et libres “. Il ne faut pas le voir comme une leçon ni comme un exemple, mais comme une façon de militer, peut-être pas très courante. Mais quand on voit certains échecs du mouvement ouvrier, ce n’était peut-être pas mieux d’avoir d’autres options.

LM : Il y a eu des échecs mais aussi des réussites du mouvement ouvrier auxquelles Monatte a pris sa part…

CC : Il a pris sa part car il était tout à fait partisan des réformes, tout en étant syndicaliste révolutionnaire. C’est pourquoi je préfère le terme de syndicalisme d’action directe. Il n’avait pas ce côté ouvriériste de ceux qui disent qu’il faut maintenir les gens dans la misère pour qu’ils se révoltent et fassent la révolution. Il pensait qu’il faut aussi lutter pour l’amélioration des conditions de vie et comprendre les changements des aspirations des gens, les changements dans leur façon de vivre. C’est très important. Il pensait en plus qu’il fallait être au service des gens qu’on voulait représenter et non pas les dominer.

Paris, le 29 juillet 1999
©
Association des Amis du Maitron 2003

biographie de J. Duperray

avril 6, 2007 by lucien

Hommage à Jean Duperray

article repris de http://www.forez-info.com/encyclo_article.php?newsid=2297

Jean Duperray raconté par Félix Franc, maire de Lorette qui mit en ordre les documents de son ami. Cette courte biographie communiquée par le cinéaste André Picon permettra à beaucoup d’entre nous de faire connaissance avec ce syndicaliste et écrivain local.

 

” Jean Duperray est né à Coutouvre (Loire) le 9 avril 1910. Fils d’un instituteur et d’une couturière, il vécut son enfance et son adolescence au village de Bussières et dans les vallées industrielles du Gier et de Saint-Etienne. Il n’oubliera jamais ses origines. Il fit ses études au Lycée Claude Fauriel puis à l’école primaire normale de Montbrison, promotion 28-31. Lecteur acharné et sous l’influence d’Albert Dolmazon, militant communiste, il découvrit la littérature révolutionnaire avec Proudhon, Barbusse, Romain Roland etc. Déjà il adhère à l’Union Générale des Etudiants. Au cours d’un voyage de sa promotion en 1931, dans l’Allemagne pré-hitlérienne, il a conscience de ce ce qui peut se passer outre-Rhin. Il effectue son service militaire à Clermont-ferrand de 1931 à 1932.

Nommé instituteur à La Talaudière, autre milieu ouvrier et surtout mineur, il s’abonne à La Révolution prolétarienne , revue fondée par Pierre Monatte, journal syndicaliste et révolutionnaire défendant la Charte d’Amiens et l’indépendance syndicale. Duperray adhère à l’union départementale de la CGT et, au troisième congrès confédéral y défend les thèses anarcho-syndicalistes. Il épouse en 1937 Charlotte Girardon dont il aura un fils, Max, en 1942. Il est sanctionné pour avoir fait grève en 1938. Il participe à tous les combats de la classe ouvrière. Sa rencontre avec la philosophe Simone Weil, de 1933 à 1936 le marque profondément et il aura avec elle une correspondance de grande valeur. Il écrira par la suite ” Quand Simone Weil passa chez nous “.

Mobilisé en 1939, il participe à la bataille des Flandres, embarque à Dunkerque, revient à Cherbourg au bout de 48H, est dirigé vers le sud de la France où il est démobilisé. En 1942, il entre dans la Résistance avec le groupe lyonnais de L’Insurgé. Pour lui, le combat est clair, il s’agit de combattre le nazisme, non le peuple allemand. Il est en 1942 ce qu’il a toujours été, révolutionnaire, internationaliste et antifasciste. Pour lui c’est la lutte des classes qui se poursuit sous une autre forme. Il regrette et il l’écrira que ” tous les journaux clandestins ou presque semblent axés sur le patriotisme le plus élémentaire sans aucune des préoccupations ouvrières. ” Duperray écrit dans le journal clandestin L’insurgé. Avec Renée Cellier, Jacqueline Talon, il participe à la diffusion du journal et de tracts. Il prend contact avec Jean Giry de l’Armée Secrète. Il fréquente, rue de la Bourse, le café Talon qui, courageusement sert de boîte aux lettres et reçoit les journaux à distribuer. Duperray refuse toute équivoque et toute participation aux organismes ou stages du régime de Vichy. Il fait partie d’un petit groupe d’enseignants qui, avec lui et Jean Giry, reconstituera dès la Libération le syndicat national enseignant.

La section de la Loire du syndicat national des instituteurs (S.N.I.) et de la fédération de l’éducation nationale (F.E.N.) retrouvent leur place à la CGT. A la scission de janvier 1948, Jean Duperray, fidèle aux décisions du bureau national, applique la motion Vanissel-Valière et plaide pour l’autonomie de la F.E.N. Pendant des années, il sera secrétaire-adjoint du S.N.I. et chargé des affaires sociales au S.N.I. et à la F.E.N. Duperray accomplit un énorme travail. Il écrit dans la Révolution prolétarienne, correspond avec Robert Lauzon, Albert Camus, Louis Lecoin. Il écrit 500 lettres à Marcel Alain de 1953 à 1969. Il correspond avec Pierre Boujut, éditeur de La Tour de feu. Il combat Franco et participe, avec Renée Cellier et Félix Franc, à un grand rassemblement avec les anarchistes et Espagnols à Lyon, au cours duquel intervient Fédérico Montierri, ex-ministre du Front populaire espagnol. Il se bat pour la défense de l’école laïque, contre la peine de mort, la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. Et dans le même temps il écrit cinq romans dont Dora, Providence et Harengs frits au sang (grand prix de l’humour noir). Il écrit une quinzaine de nouvelles dont Le nu aux fleurs, Rires clairs d’enfants, Madour de Hurlerror, La chambre aux deux portraits, etc. Il écrit quantité de poèmes, lus ou chantés au Cercle des lettres. Orateur, il prend la parole aux meetings, fait de nombreuses conférences, construit des films, apporte des témoignages. Ami du peintre stéphanois Bobichon, il avait une remarquable culture artistique. Il a lu 4280 livres par lui-même comptés. Il était à l’avant-garde du mouvement littéraire et artistique. Son exceptionnelle intelligence, la rapidité de ses pensées, rendaient parfois son style ésotérique, difficile pour le grand public.

Duperray croqué dans La Tour de feu par son ami Pierre Zellmeyer

En 1965, il prit sa retraite comme directeur d’école à Saint-Etienne. Il avait eu pour élève, et il l’admirait, le chanteur Bernard Lavilliers. La fin de sa vie fut terriblement attristée. Déjà cardiaque, il devint peu à peu aveugle et s’éteignit en 1993. Il repose à Balbigny dans la Loire. Ses archives, nombreuses et riches, sont aux archives municipales de Saint-Etienne. Il a profondément marqué son époque. Il fut la conscience syndicale et prolétarienne de certains d’entre nous. ”

Félix Franc.

Quelques repères:

_ Pierre Monatte (1881-1960) : originaire de Haute-Loire, Monatte crée en 1909 la revue syndicaliste, La Vie ouvrière . Puis il réunit les tenants de l’internationalisme pendant la Première guerre mondiale, les syndicalistes communistes en 1919. Dès 1924, il refuse le stalinisme comme le réformisme et fonde avec ses camarades Alfred Rosmer, Robert Louzon, Maurice Chambelland, Ferdinand Charbi, La Révolution Prolétarienne “.

_ Charte d’Amiens : La ” Charte d’Amiens ” est adoptée en 1906 par la Confédération Générale du Travail (CGT) lors de son IXe congrès confédéral. Cette déclaration solennelle réaffirme l’indépendance du mouvement syndical vis-à-vis des partis politiques et marque la prééminence du syndicalisme révolutionnaire. Elle reste un texte de référence, cité dans les débats syndicaux.

_ Simone Weil (1909-1943) : philosophe dont l’œuvre révêle le mysticisme chrétien et son ardente recherche de justice sociale. Son œuvre la plus célèbre est ” La pesanteur et la Grâce “ (1947).

_ Le roman Des harengs frits au sang est inspiré d’une affaire criminelle qui eut lieu à Bussières.

_ A propos de Bobichon, nous n’avons pas grand chose à vous mettre sous la dent sinon que l’église de la Nativité à Saint-Etienne possède plusieurs de ses vitraux et peintures.

_ Louis Lecoin (1888-1971) : militant pacifiste et libertaire, fondateur et rédacteur de deux périodiques, Défense de l’homme, et Liberté. Il est à l’origine de la fondation de l’Union pacifiste de France. Son engagement le mena à passer 14 années en prison.

_ Robert Louzon (1882-1976) : syndicaliste révolutionnaire, combattant dans les rangs républicains en Espagne, interné en Algérie en 1941, cofondateur de La Révolution prolétarienne etc.

_ Pierre Boujut (1914-1992) : poète, animateur de revue (La Tour de Feu), marchand de fer, protestant hérétique, pacifiste et libertaire mais encarté successivement à la SFIO (il renvoie sa carte au moment de la guerre d’Algérie) puis au PS, dès sa fondation par François Mitterrand.