N° 397 – Les grèves de Saint-Nazaire

Les mouvements de Saint-Nazaire méritent plus qu’un écho, plus qu’un article, une véritable monographie.
En attendant, nous pouvons peut-être, de loin, retenir quelques éléments :
1) c’est dans les chantiers navals en pleine activité que l’action s’est déclenchée – c’est-à-dire là où elle peut être immédiatement rentable.
Nous échappons une fois de plus, grâce à la clairvoyance ouvrière, aux mirages de la revendication générale, uniforme, présentée aux pouvoirs publics, aux sordides débats sur le « minimum vital » ;
2) il semble que les occupations et les bagarres prouvent la spontanéité du mouvement et la participation massive des inorganisés. Mais aux dernières nouvelles, les syndicats – heureusement préparés à l’action directe et à l’unité d’action – paraissent avoir repris le contrôle de la lutte ;
3) quoique la situation des salariés les plus défavorisés soit passée au premier plan, on ne doit pas oublier que l’origine du conflit fut une dispute sur les normes de travail et les bonis à la production. C’est là peut-être qu’on trouverait les éléments d’une politique ouvrière interprofessionnelle.
On peut compenser provisoirement l’insuffisance du « salaire contractuel » par les heures supplémentaires et les primes à la production. Mais ce « provisoire » prépare des lendemains d’autant plus douloureux qu’il favorise la division ouvrière et les manœuvres patronales.
On risque gros en subordonnant la revendication à l’augmentation de la production, même de la productivité. Les deux phénomènes doivent se traduire par la majoration du salaire horaire et la diminution de la journée de travail. Faut-il répéter qu’en fin de compte c’est bien la lutte pour la stricte application des quarante heures (première étape avant un nouvel allègement de la semaine de travail) et la lutte pour la revalorisation du salaire horaire qui déterminent l’augmentation de la productivité
par le progrès technique ?

ROGER HAGNAUER
La Révolution prolétarienne, n° 397, juillet-août 1955

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